À la veille d’un vote attendu au Conseil de sécurité, les États-Unis tentent de transformer le cadre politique du dossier saharien. Le plan marocain d’autonomie demeure au centre des négociations, tandis que l’avenir de la mission des Nations unies, la consultation des populations et les garanties d’un éventuel règlement font l’objet d’intenses discussions. Derrière les modifications successives du projet de résolution se dessine une question plus profonde : l’ONU peut-elle faire évoluer les institutions d’un conflit avant que les parties ne se soient accordées sur sa solution ?
Maroc–États-Unis–Algérie–Nations unies | Souveraineté, autonomie, diplomatie multilatérale et architecture de sécurité — projet de résolution en négociation, aucune décision définitive adoptée au 29 octobre 2026
À New York, la bataille diplomatique autour du Sahara se joue désormais sur quelques mots. Ils figurent dans des projets de résolution, passent d'une version à l'autre, disparaissent parfois pour réapparaître sous une formulation différente. Certains concernent la souveraineté. D'autres l'autodétermination. D'autres encore le nom, les effectifs et la mission d'une opération des Nations unies présente dans le désert depuis trente-cinq ans.
Ces modifications peuvent sembler techniques. Elles ne le sont pas.
Car derrière les formulations négociées au Conseil de sécurité se pose une question que le dossier saharien a longtemps permis de différer : si l'autonomie sous souveraineté marocaine devient le point de départ privilégié d'un règlement politique, que doit devenir le dispositif international conçu à une époque où l'organisation d'un référendum constituait l'objectif opérationnel central ?
C'est toute la portée des négociations engagées en octobre 2026 autour du renouvellement de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental, la MINURSO.
Le mandat actuel expire le 31 octobre. Les États-Unis, qui conduisent la rédaction du projet de résolution, ont présenté plusieurs versions successives d'un texte allant sensiblement au-delà d'une simple prolongation administrative. La première envisageait une transformation rapide de la mission et une réduction importante de sa présence militaire. Les versions suivantes ont atténué certaines de ces dispositions, tout en conservant l'ambition de réorienter le processus politique autour du plan marocain d'autonomie.
Au 29 octobre, le texte définitif n'a pas été adopté. Les informations concernant les dernières versions proviennent principalement de reproductions et de comptes rendus journalistiques de documents diplomatiques non encore publiés officiellement par le Conseil.
Mais les modifications successives sont déjà révélatrices.
L'enjeu n'est plus uniquement de savoir si la MINURSO sera reconduite. Il est de déterminer quelle fonction les Nations unies entendent lui donner dans un processus politique dont les paramètres ont profondément évolué.
Une mission créée pour une solution qui n'a jamais été appliquée
La contradiction remonte à 1991.
Cette année-là, le Maroc et le Front Polisario acceptent un cessez-le-feu sous l'égide des Nations unies. La MINURSO est créée pour accompagner un plan de règlement prévoyant une consultation sur l'avenir du territoire.
Le référendum n'a jamais été organisé.
Les désaccords sur l'identification du corps électoral, les modalités du scrutin et les conditions politiques de son déroulement ont progressivement paralysé le mécanisme. Les initiatives successives de médiation n'ont pas permis de surmonter les divergences fondamentales entre Rabat et le Polisario.
La mission, en revanche, a survécu à l'échec du dispositif pour lequel elle avait été créée.
Son activité s'est progressivement concentrée sur l'observation militaire, la surveillance des développements sur le terrain, la prévention des incidents et le maintien de canaux de communication entre les parties.
Depuis la reprise des hostilités en novembre 2020, après la crise de Guerguerat, cette fonction de stabilisation est devenue encore plus importante.
Le conflit n'a pas retrouvé l'intensité des grandes opérations militaires des années 1970 et 1980, mais le cessez-le-feu n'est plus effectif. Des tirs sont régulièrement signalés à proximité du mur de défense marocain, tandis que des frappes aériennes et des incidents armés continuent d'alimenter les tensions.
La MINURSO opère ainsi dans une situation paradoxale : elle conserve le nom d'une mission référendaire, tout en remplissant principalement des fonctions de prévention des conflits et d'observation sécuritaire.
Cette contradiction n'était pas nouvelle.
Ce qui change en octobre 2026, c'est qu'elle entre directement dans la négociation sur le mandat de la mission.
Le tournant décisif de la résolution 2797
Pour comprendre pourquoi cette transformation est envisagée maintenant, il faut revenir au 31 octobre 2025.
Le Conseil de sécurité adopte alors la résolution 2797, qui prolonge le mandat de la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2026.
Mais l'essentiel du texte ne concerne pas seulement la présence onusienne.
Pour la première fois avec cette netteté, le Conseil demande que les négociations conduites sous l'autorité du Secrétaire général et de son envoyé personnel prennent pour base la proposition marocaine d'autonomie.
La résolution considère également qu'une autonomie véritable pourrait constituer l'une des issues les plus réalisables au différend.
Cette évolution représente une avancée diplomatique majeure pour Rabat.
Depuis 2007, le Maroc défend une formule reposant sur le maintien de sa souveraineté et l'attribution de compétences politiques, administratives et économiques importantes aux institutions d'une région autonome.
L'initiative ne prévoit pas la création d'un État indépendant. Elle propose une organisation territoriale particulière à l'intérieur du Royaume, avec des institutions propres et des compétences réservées à l'État central.
Pendant longtemps, ce plan a bénéficié d'un soutien diplomatique croissant sans devenir explicitement le cadre central de la négociation onusienne.
La résolution 2797 modifie cet équilibre.
Elle ne reconnaît pas juridiquement la souveraineté marocaine sur le Sahara. Elle ne supprime pas le principe d'autodétermination. Elle ne transforme pas le plan marocain en accord accepté par toutes les parties.
Mais elle lui confère une centralité politique nouvelle.
Le changement est essentiel : le Conseil ne demande plus simplement aux parties de rechercher une solution politique abstraite. Il leur demande de négocier en prenant pour base une proposition institutionnelle identifiée.
Dans le même temps, la résolution sollicite une revue stratégique de l'avenir de la MINURSO.
Les deux dispositions sont liées.
Le Conseil a modifié le point de départ des négociations politiques tout en ouvrant la possibilité de réexaminer l'instrument international chargé de stabiliser le conflit.
Octobre 2026 est le premier grand test de cette nouvelle articulation.
Washington tente d'accélérer le changement
La première version du projet américain, datée du 20 octobre et rapportée par plusieurs médias ayant eu accès au document, traduisait une volonté de rupture.
Le texte envisageait de faire de l'autonomie sous souveraineté marocaine la seule solution viable au conflit.
Il prévoyait également une réorganisation profonde de la MINURSO.
Selon les dispositions reproduites, le mandat de maintien de la paix aurait pris fin au printemps 2027. Une mission politique spéciale aurait ensuite pris le relais, tandis qu'une réduction substantielle des effectifs en uniforme aurait été engagée selon un calendrier contraignant.
Le projet envisageait aussi de modifier le nom de la mission en supprimant la référence au référendum.
L'ensemble constituait une transformation institutionnelle considérable.
La logique était claire : adapter rapidement la présence des Nations unies à une trajectoire politique privilégiant l'autonomie, plutôt que maintenir indéfiniment une structure historiquement associée à un référendum jamais organisé.
Mais cette architecture présentait une difficulté fondamentale.
La MINURSO n'est pas seulement le vestige d'un processus diplomatique ancien. Elle constitue également un mécanisme de surveillance et de prévention dans un environnement où les hostilités ont repris.
La réduire rapidement, avant l'établissement d'un accord politique et de nouvelles garanties sécuritaires, pouvait créer un décalage dangereux entre l'ambition diplomatique et la réalité militaire.
Une mission peut changer de nom par décision du Conseil.
Elle ne peut pas, par ce seul changement, faire disparaître les risques qu'elle contribue à contenir.
C'est l'une des tensions qui ont émergé dans les discussions entre membres du Conseil.
Du 20 au 26 octobre : la recherche d'un compromis
La deuxième version américaine, diffusée le 26 octobre et examinée notamment par Agenzia Nova, a sensiblement modifié les dispositions initiales.
La première correction porte sur la formulation politique.
L'autonomie sous souveraineté marocaine n'y est plus décrite comme la seule solution viable, mais comme la solution la plus viable.
La différence entre ces deux expressions est déterminante.
La première tend à exclure les autres issues. La seconde établit une préférence politique forte sans transformer cette préférence en résultat juridiquement imposé.
Le texte réintroduit également explicitement le principe d'autodétermination dans les dispositions opérationnelles consacrées au règlement.
Pour Rabat, le point essentiel demeure toutefois préservé : le projet marocain d'autonomie reste présenté, dans cette version, comme l'unique base des négociations.
Cette formulation irait même plus loin que la résolution 2797, qui avait retenu le plan marocain comme base sans employer cette exclusivité.
La deuxième correction concerne la MINURSO.
Les échéances imposant une réduction de moitié des effectifs et la disparition programmée de la composante de maintien de la paix sont abandonnées.
La mission serait prolongée jusqu'au 31 octobre 2027, tandis que les propositions de restructuration seraient renvoyées à une nouvelle évaluation.
Le changement de nom en MINUSO resterait envisagé, mais la transformation opérationnelle deviendrait progressive et dépendante de décisions ultérieures.
Cette révision traduit un arbitrage diplomatique.
Washington conserve l'objectif de réorientation politique, tout en renonçant à imposer immédiatement une transformation sécuritaire dont les conséquences n'étaient pas entièrement maîtrisées.
C'est une distinction fondamentale entre annoncer une nouvelle doctrine et construire les conditions de son application.
Le 28 octobre : la question de la consultation revient au centre
Une nouvelle évolution a été rapportée le 28 octobre par Agenzia Nova, qui affirme avoir consulté une version plus avancée du projet américain.
Selon cette présentation, le texte continuerait de privilégier la proposition marocaine d'autonomie, tout en développant davantage la question de la consultation des populations concernées.
Les modalités évoquées incluraient les habitants du territoire, les réfugiés des camps de Tindouf et les communautés sahraouies établies à l'étranger.
Le Secrétaire général pourrait être chargé de présenter différentes options permettant de recueillir leurs positions sur un éventuel règlement.
Le projet envisagerait également une évolution du mandat et de la dénomination de la MINURSO, ainsi qu'une revue de sa configuration future.
Ces dispositions doivent être considérées avec prudence.
Le document final n'a pas été authentifié par une publication officielle du Conseil de sécurité au moment de cette rédaction. Les formulations exactes, leur statut procédural et leur maintien éventuel jusqu'au vote demeurent donc à confirmer.
Il serait notamment prématuré d'affirmer que le Conseil a décidé de supprimer toute perspective référendaire, d'organiser une consultation particulière ou de transformer immédiatement la mission.
Mais le sujet soulevé par ces informations est essentiel.
Une solution fondée sur l'autonomie ne résout pas, à elle seule, la question de la légitimité du consentement.
Il reste à déterminer qui serait consulté, selon quelle procédure, sur quel texte, avec quelles garanties et sous quelle supervision.
Ce problème pourrait devenir l'un des plus complexes du processus.
L'autonomie ne se résume pas à une formule diplomatique
Le succès diplomatique du plan marocain ouvre une phase plus exigeante.
Tant que l'autonomie était présentée comme une solution générale, les discussions pouvaient se concentrer sur ses principes : souveraineté marocaine, institutions régionales, partage des compétences et garanties constitutionnelles.
Mais lorsqu'un projet d'autonomie devient le cadre central d'une négociation internationale, les questions institutionnelles deviennent inévitables.
Quelle serait l'étendue réelle du pouvoir législatif régional ?
Quel serait le statut de l'exécutif autonome ?
Quelles compétences seraient réservées à Rabat ?
Comment seraient organisés les rapports entre la justice régionale et les juridictions nationales ?
Quel régime fiscal permettrait à la région de disposer de ressources propres ?
Quelle autorité exercerait les compétences de police locale ?
Comment les garanties d'autonomie seraient-elles inscrites dans la Constitution marocaine ?
Quelles protections seraient prévues contre une réduction unilatérale de ces compétences ?
Comment seraient organisées la représentation politique, la participation des populations déplacées et la réintégration des personnes ayant vécu pendant des décennies dans les camps de Tindouf ?
Ces interrogations ne sont pas des objections de principe à l'autonomie.
Elles sont les conditions de sa traduction institutionnelle.
Il existe dans le monde de nombreuses formes d'autonomie territoriale. Certaines confèrent de larges compétences législatives et budgétaires. D'autres restent étroitement dépendantes de l'État central. Leur stabilité repose sur des arrangements constitutionnels, des mécanismes de financement et des garanties politiques très différents.
Le Sahara pose une difficulté supplémentaire : le statut envisagé devrait contribuer à résoudre un conflit international ancien, et non simplement organiser une décentralisation administrative.
Il devrait donc répondre simultanément aux exigences de souveraineté défendues par Rabat, aux préoccupations de représentation des populations et aux conditions politiques d'un règlement négocié.
Plus le plan marocain progresse diplomatiquement, plus la question de son contenu concret devient centrale.
Le Maroc dispose d'un avantage, mais pas d'un accord
La position marocaine est aujourd'hui sensiblement plus favorable qu'elle ne l'était au début des années 2000.
Le Royaume administre la majeure partie du territoire, les principales villes et la façade atlantique.
Il y développe des infrastructures routières, portuaires, énergétiques et urbaines qui renforcent son intégration économique au reste du pays.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine en décembre 2020. La France a affirmé en 2024 que le présent et l'avenir du Sahara occidental s'inscrivaient dans le cadre de cette souveraineté. L'Espagne considère depuis 2022 le plan d'autonomie comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste d'un règlement. Le Royaume-Uni a lui aussi renforcé son soutien à une solution fondée sur l'autonomie au sein de l'État marocain.
Ces positions ne sont pas toutes juridiquement équivalentes.
Mais elles convergent vers une préférence diplomatique de plus en plus affirmée.
La résolution 2797 a donné à cette dynamique une expression institutionnelle au Conseil de sécurité.
Il serait pourtant inexact d'en conclure que le conflit est réglé.
Le Front Polisario continue de défendre l'indépendance et le droit à l'autodétermination. L'Algérie demeure son principal soutien extérieur. Le Sahara occidental reste inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Aucun accord final n'a été signé entre les parties.
La distinction entre avantage diplomatique et règlement politique demeure donc essentielle.
Le Maroc a obtenu une transformation importante des paramètres de la négociation.
Il n'a pas encore obtenu l'acceptation universelle d'une solution définitive.
Et c'est précisément dans cet espace entre dynamique favorable et accord inexistant que se joue la négociation d'octobre. 
L'Algérie et le Polisario face à une négociation transformée
La progression de l'autonomie dans le langage du Conseil de sécurité place le Polisario et l'Algérie devant une difficulté stratégique.
Le Polisario revendique un processus d'autodétermination permettant de choisir l'indépendance. Il considère qu'une négociation limitée à l'autonomie sous souveraineté marocaine prédéterminerait le résultat.
L'Algérie soutient cette position tout en affirmant ne pas être partie au conflit au même titre que le Maroc et le Polisario.
Dans les faits, elle demeure indispensable au processus.
Elle accueille les camps de Tindouf, soutient politiquement le Polisario et participe aux consultations diplomatiques organisées sous l'égide de l'ONU.
Les discussions tenues en 2026 à Madrid et Washington, réunissant le Maroc, le Polisario, l'Algérie et la Mauritanie, ont montré qu'un cadre de dialogue à quatre pouvait être réactivé.
Mais le retour autour d'une table ne signifie pas que les divergences aient été surmontées.
La question centrale reste celle du résultat possible.
Pour Rabat, l'autonomie doit s'exercer dans le cadre de la souveraineté marocaine.
Pour le Polisario, une solution acceptable doit préserver la possibilité d'un choix indépendant sur le statut du territoire.
L'Algérie refuse que le principe d'autodétermination soit réduit à la ratification d'une solution préétablie.
Le Conseil de sécurité tente désormais de rapprocher ces positions à partir d'une base favorable au plan marocain.
Il s'agit d'un changement du rapport diplomatique, non de la disparition des désaccords.
La difficulté est d'autant plus importante que la question saharienne structure depuis des décennies la rivalité entre le Maroc et l'Algérie.
La fermeture de leur frontière terrestre, la rupture des relations diplomatiques et la concurrence stratégique au Maghreb donnent au conflit une dimension régionale qui dépasse le statut du territoire.
Un règlement durable devra donc être suffisamment solide pour ne pas dépendre uniquement d'un rapport de force diplomatique temporaire.
Le problème des réfugiés et du consentement
Parmi les questions susceptibles de prendre davantage d'importance figure celle des populations réfugiées dans les camps de Tindouf.
Les projets américains rapportés en octobre évoquent notamment un rôle accru du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dans leur enregistrement et dans la préparation d'éventuelles solutions durables.
Cette question est politiquement sensible.
L'enregistrement des réfugiés relève d'abord de préoccupations humanitaires : identification, protection, accès à l'assistance et connaissance des besoins des populations.
Il ne constitue pas automatiquement la définition d'un corps électoral.
Les deux démarches doivent être distinguées.
Une éventuelle consultation sur un statut d'autonomie poserait des questions supplémentaires : participation des habitants du territoire, des réfugiés, des personnes déplacées et éventuellement des membres de la diaspora ; critères d'éligibilité ; garanties de liberté d'expression ; supervision du processus ; portée juridique du résultat.
L'histoire du référendum non organisé rappelle à quel point ces questions peuvent devenir difficiles.
Le dossier saharien a déjà connu l'échec d'un processus politique largement paralysé par l'identification des personnes habilitées à participer au scrutin.
Il serait donc risqué de supposer qu'une consultation portant sur l'autonomie échapperait automatiquement aux mêmes difficultés.
La différence résiderait dans son objet, ses modalités et le degré d'accord préalable entre les parties.
C'est pourquoi les références à une consultation des populations, si elles sont maintenues dans la résolution finale, devront être examinées avec une attention particulière.
Elles pourraient constituer un élément important de légitimation d'un règlement.
Elles pourraient aussi devenir un nouveau point de blocage si leur portée n'était pas suffisamment définie.
Le Conseil de sécurité face à ses propres divisions
Les négociations d'octobre ne se déroulent pas dans un Conseil politiquement homogène.
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni soutiennent désormais, à des degrés différents, une solution centrée sur l'autonomie marocaine.
La Russie et la Chine conservent une approche plus prudente, attachée au cadre onusien et à la recherche d'un règlement accepté par les parties.
Lors du vote de la résolution 2797, la Russie, la Chine et le Pakistan s'étaient abstenus. L'Algérie n'avait pas participé au vote.
Le texte avait été adopté, mais sans unanimité.
Cette configuration explique une partie des ajustements apportés au projet américain.
Une formulation trop exclusive sur l'autonomie peut susciter des réserves.
Une transformation trop rapide de la MINURSO peut soulever des objections opérationnelles.
Une réduction du rôle de l'autodétermination peut compliquer la recherche d'un compromis.
À l'inverse, un texte trop proche des formulations antérieures pourrait apparaître insuffisant pour les États souhaitant accélérer le règlement.
Washington doit donc arbitrer entre deux objectifs : faire progresser le cadre politique favorable à l'autonomie et réunir une majorité suffisamment solide pour adopter une résolution crédible.
Le résultat ne dépendra pas uniquement de l'ambition du premier projet.
Il dépendra de ce que les membres du Conseil accepteront finalement d'inscrire dans le texte.
C'est une caractéristique fondamentale de la diplomatie multilatérale : le document le plus révélateur n'est pas toujours le plus ambitieux, mais celui qui survit à la négociation.
Transformer la MINURSO avant la paix ?
Le débat sur la mission des Nations unies est peut-être le plus révélateur de cette séquence.
La MINURSO remplit aujourd'hui plusieurs fonctions qui dépassent son intitulé historique.
Elle surveille les activités militaires, contribue à prévenir l'escalade, documente certains incidents et soutient la présence internationale dans une zone où les communications entre les parties demeurent limitées.
Ces fonctions restent utiles précisément parce que le conflit n'est pas réglé.
Supprimer la référence au référendum dans son nom pourrait traduire une évolution de la doctrine politique du Conseil.
Mais réduire ses capacités opérationnelles avant un accord sécuritaire pourrait affaiblir l'un des rares mécanismes internationaux de prévention des incidents.
La distinction entre mandat politique et présence militaire devient donc essentielle.
Une mission peut être appelée à accompagner un règlement sans cesser immédiatement de surveiller un conflit.
Inversement, le maintien intégral de ses structures actuelles pourrait devenir difficile à justifier si un accord politique transformait profondément les relations entre les parties.
Il existe ainsi plusieurs trajectoires institutionnelles possibles.
Le Conseil peut reconduire la mission sans modification majeure, en attendant des progrès politiques.
Il peut conserver ses capacités opérationnelles tout en modifiant certaines priorités.
Il peut demander au Secrétaire général de préparer une transformation progressive.
Ou il peut décider, ultérieurement, de créer une mission politique adaptée à la mise en œuvre d'un accord.
La question décisive n'est donc pas simplement de savoir si la MINURSO disparaîtra.
Elle est de déterminer à quel moment une architecture de stabilisation peut être remplacée par une architecture de mise en œuvre de la paix.
Et, surtout, sur quelles garanties.
L'enjeu économique d'un règlement
Derrière les discussions juridiques et institutionnelles se trouve une autre dimension, moins visible mais déterminante : l'économie du territoire et son insertion régionale.
Depuis plusieurs années, le Maroc investit dans les infrastructures des provinces du Sud.
Le développement de Dakhla, les projets portuaires, les réseaux routiers, les capacités énergétiques et les connexions vers la Mauritanie s'inscrivent dans une stratégie dépassant largement la seule administration territoriale.
Le Sahara constitue un espace de liaison potentiel entre l'économie marocaine, la façade atlantique et les marchés d'Afrique occidentale.
Le projet Dakhla Atlantique illustre cette ambition.
Il ne s'agit pas simplement de construire un port supplémentaire, mais de créer un point d'articulation logistique entre le Maroc et les économies situées plus au sud.
Cette orientation s'inscrit dans une transformation plus large de la géographie économique africaine, où les corridors de transport, l'accès aux ports et les infrastructures énergétiques deviennent des instruments majeurs de puissance régionale.
Mais l'incertitude juridique internationale continue de peser sur certains investissements et échanges.
Les décisions rendues par la Cour de justice de l'Union européenne en octobre 2024 ont rappelé les contraintes juridiques applicables aux accords entre l'Union et le Maroc lorsqu'ils concernent le Sahara occidental.
Une évolution diplomatique favorable ne fait pas automatiquement disparaître ces contraintes.
Un règlement reconnu et juridiquement stabilisé pourrait donc avoir des conséquences économiques importantes.
Il modifierait potentiellement les conditions d'investissement, les garanties contractuelles, les régimes commerciaux et les perspectives de financement international.
À l'inverse, un texte diplomatique ambitieux mais dépourvu d'accord politique effectif laisserait subsister une partie des incertitudes actuelles.
La question économique renforce ainsi l'importance du règlement institutionnel.
Pour transformer un avantage territorial en stabilité durable, il ne suffit pas de développer les infrastructures. Il faut également stabiliser les règles qui permettront à ces infrastructures de fonctionner dans un environnement international prévisible.
Ce que le vote peut réellement changer
À l'approche du 31 octobre, plusieurs dimensions devront être distinguées dans la résolution finalement adoptée.
La première concerne la place du plan marocain.
Le Conseil maintiendra-t-il la formulation de 2797, selon laquelle la proposition d'autonomie constitue la base des négociations ? Introduira-t-il une formulation plus exclusive ? Ou retiendra-t-il un compromis préservant davantage de latitude aux parties ?
La deuxième concerne l'autodétermination.
Le texte continuera-t-il d'y faire explicitement référence ? Précisera-t-il les modalités d'une consultation ? Ou renverra-t-il ces questions à des négociations ultérieures ?
La troisième concerne la MINURSO.
Sera-t-elle simplement reconduite ? Changera-t-elle de nom ? Son mandat sera-t-il modifié ? Le Conseil demandera-t-il une nouvelle revue stratégique ? Une restructuration sera-t-elle programmée ou seulement envisagée ?
La quatrième concerne le calendrier.
Des échéances précises peuvent donner une impulsion politique. Mais elles peuvent également devenir irréalistes lorsqu'elles précèdent un accord entre les parties.
La cinquième concerne les garanties.
Un processus d'autonomie ne peut être apprécié uniquement à partir de la répartition théorique des compétences. Sa crédibilité dépend aussi de la protection des institutions, des droits politiques, des mécanismes de règlement des différends et des conditions de participation des populations.
Enfin, il faudra examiner la position des membres du Conseil.
Une résolution adoptée largement, mais après des concessions substantielles, n'aurait pas la même portée qu'un texte plus ambitieux suscitant de fortes divisions.
Ces éléments permettront de mesurer la portée réelle de la décision.
Une nouvelle résolution pourrait représenter une étape importante sans constituer un règlement définitif.
Elle pourrait aussi consacrer une transformation du cadre diplomatique sans modifier immédiatement la situation juridique ou militaire sur le terrain.
L'essentiel sera de ne pas confondre les différentes étapes.
Le temps diplomatique rejoint-il le temps du terrain ?
Depuis un demi-siècle, deux dynamiques ont progressé à des rythmes différents.
Sur le terrain, le Maroc a consolidé son administration de la majeure partie du Sahara, développé les infrastructures et renforcé l'intégration économique des territoires qu'il contrôle.
Dans les enceintes internationales, le règlement politique est resté longtemps bloqué autour des conditions de l'autodétermination et de l'absence d'accord entre les parties.
Cette divergence a produit un système durable mais instable : une réalité territoriale largement consolidée, sans règlement politique universellement accepté.
La résolution 2797 a commencé à réduire cet écart en donnant une place centrale au plan marocain d'autonomie.
Les projets américains d'octobre 2026 tentent désormais de franchir une étape supplémentaire.
Ils cherchent à faire évoluer non seulement les termes de la négociation, mais aussi les instruments institutionnels destinés à accompagner son résultat.
Cette ambition explique à la fois l'importance du moment et la difficulté des discussions.
Pour Rabat, l'enjeu consiste à convertir une dynamique diplomatique favorable en cadre de règlement durable.
Pour le Polisario, il s'agit de préserver une capacité effective à peser sur le statut final du territoire et sur les modalités d'autodétermination.
Pour l'Algérie, le dossier demeure indissociable des équilibres régionaux et de sa position sur la décolonisation.
Pour les États-Unis, il s'agit de transformer une orientation stratégique en avancée multilatérale.
Pour les Nations unies, enfin, la difficulté est plus institutionnelle : accompagner une évolution politique sans prétendre qu'un accord existe déjà là où les parties demeurent profondément divisées.
C'est pourquoi la décision attendue ne peut être réduite à une victoire ou à une défaite diplomatique immédiate.
Elle doit être appréciée à l'aune d'une question plus exigeante : rapproche-t-elle effectivement les parties d'un règlement applicable, ou se contente-t-elle de modifier le langage et les structures d'un conflit qui demeure ?
Une décision importante, mais pas encore la fin du dossier
Au 29 octobre 2026, le Sahara reste administré dans sa majeure partie par le Maroc. Le Front Polisario maintient ses revendications et ses positions à l'est du mur de défense. L'Algérie demeure engagée dans le dossier. La MINURSO poursuit ses activités sous le mandat fixé par la résolution 2797. Aucun accord définitif n'a été conclu.
Le changement le plus significatif réside dans la manière dont les grandes puissances et le Conseil de sécurité envisagent désormais les étapes d'un règlement.
Pendant des décennies, la présence onusienne a symbolisé la persistance d'un processus inachevé.
Elle pourrait progressivement devenir l'un des instruments d'une transition politique, si un accord suffisamment solide était obtenu.
Mais cette transformation ne peut être décrétée par anticipation.
Une autonomie crédible suppose des institutions définies. Une consultation légitime suppose des modalités acceptables. Une paix durable suppose des garanties sécuritaires. Une restructuration de la présence internationale suppose que les fonctions de stabilisation actuellement assurées par la MINURSO puissent être préservées ou remplacées.
Le projet américain cherche à rapprocher ces différentes dimensions.
Ses révisions successives montrent qu'elles ne peuvent pas être réglées par une seule affirmation politique.
Le Maroc dispose aujourd'hui d'un avantage diplomatique considérable. Le plan d'autonomie qu'il défend depuis 2007 occupe désormais une place centrale dans les discussions du Conseil de sécurité.
Mais le passage d'une orientation diplomatique à un ordre institutionnel stable constitue une étape autrement plus complexe.
C'est cette étape qui commence à apparaître dans les textes négociés à New York.
Le véritable enjeu d'octobre 2026 n'est donc pas seulement l'avenir d'une mission créée en 1991.
Il est de savoir si les Nations unies sont prêtes à engager la transformation du dispositif international entourant le Sahara, tout en conservant les garanties nécessaires à un règlement encore à construire.
Pendant trente-cinq ans, la MINURSO a incarné une solution qui n'avait pas abouti.
La question est désormais de savoir si elle peut devenir l'instrument d'une solution qui n'a pas encore été conclue.
Et c'est peut-être dans cette différence, davantage que dans les déclarations de souveraineté ou les changements de dénomination, que se jouera la véritable portée de la prochaine décision du Conseil de sécurité.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


