L’Europe cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance envers les infrastructures numériques étrangères. L’accord préliminaire conclu entre l’allemand Schwarz Digits et le français Bull marque une nouvelle étape dans cette ambition. En associant des capacités de cloud, une expertise en supercalcul et des services d’intelligence artificielle placés sous juridiction européenne, les deux entreprises esquissent une infrastructure industrielle commune. Mais derrière cette coopération franco-allemande apparaît une interrogation plus profonde : l’Europe peut-elle réellement maîtriser l’intelligence artificielle sans contrôler l’ensemble des technologies qui la rendent possible ?
Une alliance au cœur de la nouvelle économie du calcul
L’intelligence artificielle a progressivement déplacé le centre de gravité de l’industrie numérique. Pendant longtemps, la compétition technologique s’est principalement organisée autour des logiciels, des plateformes et de la circulation des données. Elle repose désormais sur une infrastructure matérielle considérable, composée de centres de données, de processeurs spécialisés, de réseaux à très haut débit, de systèmes de refroidissement et de capacités énergétiques capables de soutenir des calculs intensifs.
Cette transformation donne une importance stratégique nouvelle aux entreprises qui conçoivent, construisent et exploitent ces infrastructures.
C’est dans ce contexte que Schwarz Digits, division numérique du groupe allemand Schwarz, et Bull, entreprise française spécialisée dans le calcul haute performance, ont conclu un accord préliminaire visant à développer des services de calcul et d’intelligence artificielle opérant sous juridiction européenne.
Le rapprochement associe deux compétences complémentaires. Schwarz Digits dispose d'une expérience dans l'exploitation d'infrastructures numériques et de services cloud, notamment à travers sa plateforme STACKIT. Bull apporte une expertise historique dans les supercalculateurs, les architectures de calcul intensif et les systèmes destinés aux organisations scientifiques, industrielles et institutionnelles.
L'objectif est de rapprocher ces capacités afin de proposer une infrastructure capable de répondre aux besoins croissants des entreprises et des administrations européennes en matière d'intelligence artificielle.
L'accord demeure néanmoins préliminaire. Il ne doit pas être confondu avec la mise en service d'une nouvelle infrastructure, ni avec un engagement financier définitif. Son importance réside d'abord dans la logique industrielle qu'il révèle : la construction de capacités européennes de calcul commence à s'organiser autour de coopérations entre acteurs disposant de compétences différentes mais interdépendantes.
Deux entreprises, deux trajectoires industrielles
Le rapprochement entre Schwarz Digits et Bull illustre une caractéristique particulière de l'économie numérique européenne. Contrairement aux États-Unis, où plusieurs grandes entreprises ont progressivement intégré les infrastructures cloud, les plateformes logicielles et les services d'intelligence artificielle, l'Europe dispose de compétences importantes mais dispersées entre différents groupes industriels.
Schwarz Digits appartient à un environnement économique singulier. Le groupe Schwarz, connu notamment pour ses enseignes Lidl et Kaufland, a développé ses propres capacités numériques afin de répondre aux besoins opérationnels d'un vaste ensemble commercial et logistique.
Cette expérience a progressivement contribué à l'émergence d'une activité technologique tournée vers des clients extérieurs. Avec STACKIT, Schwarz Digits cherche à proposer des services cloud mettant particulièrement en avant la protection des données, la localisation des infrastructures et la maîtrise des conditions d'exploitation.
Cette trajectoire distingue l'entreprise de nombreux acteurs numériques issus directement de l'industrie logicielle. Son développement repose sur des besoins industriels et commerciaux concrets, avant de s'étendre vers le marché des infrastructures numériques.
Bull représente une autre tradition.
L'entreprise française s'inscrit dans une histoire industrielle liée à l'informatique européenne, aux grands systèmes et au calcul scientifique. Son expertise dans le calcul haute performance repose sur la conception et l'intégration de systèmes complexes, capables de mobiliser des milliers de processeurs pour des applications scientifiques, industrielles ou stratégiques.
Le calcul haute performance et l'intelligence artificielle ne constituent pas des marchés identiques. Le premier privilégie historiquement les simulations scientifiques et les opérations numériques intensives, tandis que la seconde mobilise notamment des architectures adaptées à l'entraînement et à l'inférence des modèles.
Les deux univers convergent cependant à mesure que les infrastructures de calcul deviennent plus puissantes, plus spécialisées et plus coûteuses.
L'association de Schwarz Digits et de Bull pourrait ainsi contribuer à rapprocher l'exploitation commerciale des infrastructures cloud et l'ingénierie des systèmes de calcul intensif.
Cette complémentarité constitue le principal intérêt industriel du partenariat.
La souveraineté numérique change de nature
Pendant une grande partie des années 2010, le débat européen sur la souveraineté numérique s'est concentré sur la protection des données personnelles, la fiscalité des plateformes, la concurrence et la régulation des grandes entreprises technologiques.
Ces questions demeurent importantes, mais l'essor de l'intelligence artificielle a modifié les termes du problème.
La capacité à développer des modèles avancés dépend désormais de l'accès à des ressources matérielles considérables. Les entreprises doivent disposer de processeurs spécialisés, de capacités de stockage, de réseaux performants et d'une alimentation électrique suffisamment stable pour soutenir des opérations de calcul continues.
La question n'est donc plus seulement de savoir où les données sont conservées, mais qui possède les infrastructures nécessaires à leur traitement, qui en contrôle les logiciels et qui décide de l'allocation des capacités disponibles.
Cette évolution transforme le calcul en ressource stratégique.
Une entreprise européenne peut développer un modèle d'intelligence artificielle tout en dépendant d'un fournisseur étranger pour son entraînement, son hébergement ou son exploitation. Une administration peut imposer des règles strictes de protection des données sans disposer d'une véritable autonomie sur les technologies utilisées.
La souveraineté juridique et la souveraineté industrielle ne se confondent donc pas.
L'accord Schwarz Digits–Bull intervient précisément à cette intersection. Il cherche à associer des infrastructures exploitées dans un cadre européen à des compétences industrielles présentes sur le continent.
Cette orientation pourrait intéresser particulièrement les administrations publiques, les établissements de recherche, les opérateurs d'infrastructures critiques et les entreprises manipulant des données sensibles.
Elle répond également à une demande croissante de prévisibilité juridique dans un environnement international où les technologies numériques deviennent des instruments de puissance économique et politique.
Mais la localisation européenne d'une infrastructure ne suffit pas, à elle seule, à garantir son indépendance.
Le paradoxe des infrastructures souveraines
La principale difficulté de la stratégie européenne tient à la structure mondiale de l'industrie technologique.
Les infrastructures d'intelligence artificielle reposent sur des chaînes de valeur profondément internationalisées. Les processeurs graphiques les plus utilisés pour les calculs avancés sont largement associés à des entreprises américaines, tandis que leur fabrication dépend notamment de capacités industrielles situées en Asie.
Les équipements de réseau, les mémoires spécialisées, les composants électroniques et les logiciels nécessaires à l'exploitation de ces systèmes proviennent également de fournisseurs répartis entre plusieurs régions du monde.
L'Europe possède des positions industrielles importantes dans certains segments de cette chaîne, notamment les équipements nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs, l'électronique de puissance, les systèmes industriels et plusieurs domaines du calcul scientifique.
Elle ne maîtrise cependant pas l'ensemble des technologies indispensables aux infrastructures les plus avancées.
Une plateforme cloud exploitée par une entreprise européenne peut ainsi dépendre de processeurs étrangers. Un supercalculateur conçu et assemblé en Europe peut intégrer des composants produits hors du continent. Une infrastructure placée sous juridiction européenne peut utiliser des logiciels ou des technologies dont l'évolution reste déterminée par des fournisseurs extérieurs.
Cette situation ne rend pas inutile la construction d'infrastructures souveraines. Elle impose simplement de distinguer plusieurs niveaux d'autonomie.
Le premier concerne la juridiction applicable aux données et aux services. Le deuxième porte sur le contrôle opérationnel des infrastructures. Le troisième dépend de la maîtrise des logiciels, des composants et des capacités industrielles nécessaires à leur fonctionnement.
Le quatrième, plus difficile encore, concerne la possibilité de remplacer ou de faire évoluer ces technologies sans dépendre de décisions prises à l'extérieur.
L'accord Schwarz Digits–Bull peut contribuer aux deux premiers niveaux et renforcer certaines compétences du troisième. Il ne saurait, à lui seul, résoudre l'ensemble des dépendances européennes.
La souveraineté technologique apparaît ainsi moins comme un état définitif que comme une capacité progressive à réduire les vulnérabilités les plus critiques.
Face aux géants américains, la question de l'échelle
Le partenariat franco-allemand intervient dans un marché dominé par des entreprises disposant de ressources financières et technologiques considérables.
Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud bénéficient d'infrastructures mondiales, d'écosystèmes logiciels étendus et d'une clientèle internationale leur permettant de répartir les coûts de leurs investissements sur des volumes d'activité très importants.
Leur avantage ne repose pas uniquement sur la puissance de calcul disponible. Il résulte également de l'intégration entre les centres de données, les services logiciels, les outils de développement, les systèmes de sécurité et les applications utilisées quotidiennement par les entreprises.
Cette intégration crée des économies d'échelle et des effets de dépendance.
Pour les clients, changer de fournisseur ne signifie pas simplement déplacer des données vers un autre centre de calcul. Il peut être nécessaire de modifier les applications, de réorganiser les architectures logicielles, de former les équipes et de reconstruire certaines fonctions opérationnelles.
Les fournisseurs européens doivent donc répondre à une double exigence : proposer des garanties de souveraineté crédibles tout en offrant des performances, des prix et une qualité de service compétitifs.
La nationalité européenne d'un fournisseur peut constituer un avantage pour certains marchés sensibles. Elle ne garantit pas son adoption par l'ensemble des entreprises.
Cette distinction est essentielle.
Une infrastructure souveraine qui ne parvient pas à attirer suffisamment de clients risque de rester dépendante de financements publics ou de marchés institutionnels limités. À l'inverse, une infrastructure capable de servir durablement des entreprises industrielles, des établissements scientifiques et des organisations commerciales peut développer une base économique plus solide.
L'enjeu pour Schwarz Digits et Bull sera donc de transformer leur complémentarité industrielle en une offre commercialement viable.
Cela suppose non seulement des capacités de calcul, mais également des services adaptés aux besoins des utilisateurs, une tarification compétitive et une continuité opérationnelle comparable à celle des principaux fournisseurs internationaux.
L'énergie, dimension silencieuse de la souveraineté
La construction d'infrastructures européennes d'intelligence artificielle soulève une autre question, moins visible dans les annonces industrielles : celle de l'énergie.
Les centres de données destinés aux calculs intensifs mobilisent des quantités importantes d'électricité. Leur fonctionnement exige également des systèmes de refroidissement, des connexions réseau fiables et des équipements capables de maintenir une disponibilité élevée.
À mesure que la demande de calcul augmente, les décisions d'implantation dépendent davantage des conditions énergétiques locales.
Le prix de l'électricité, la disponibilité des raccordements, la stabilité des réseaux et les contraintes environnementales deviennent des paramètres essentiels de compétitivité.
Cette évolution crée une relation nouvelle entre politique numérique et politique énergétique.
L'Europe peut disposer d'entreprises compétentes dans la conception et l'exploitation d'infrastructures de calcul, mais rencontrer des difficultés à les développer si les capacités électriques disponibles sont insuffisantes ou trop coûteuses.
La question énergétique est particulièrement importante dans un environnement industriel où les investissements doivent être amortis sur plusieurs années, alors que les générations de processeurs et les architectures informatiques évoluent rapidement.
Le calcul intensif impose donc une discipline économique particulière : investir suffisamment tôt pour répondre à la demande, sans immobiliser des capitaux excessifs dans des équipements susceptibles d'être dépassés.
Cette contrainte rapproche l'intelligence artificielle des grandes industries d'infrastructure.
Comme dans l'énergie, les télécommunications ou les transports, la compétitivité dépend de la combinaison entre investissements initiaux, coûts d'exploitation, utilisation des capacités et durée de vie des équipements.
La souveraineté numérique européenne ne pourra donc pas être construite indépendamment de ses choix énergétiques et industriels.
Une coopération franco-allemande dans un paysage européen fragmenté
Le caractère franco-allemand du partenariat possède également une dimension politique et institutionnelle.
La France et l'Allemagne occupent des positions centrales dans l'économie européenne, mais leurs traditions industrielles et leurs approches de la politique technologique ne sont pas identiques.
La France dispose d'une expérience importante dans les grands programmes scientifiques, les infrastructures publiques de recherche et les secteurs industriels stratégiques. L'Allemagne bénéficie d'un tissu industriel particulièrement dense, associant grandes entreprises, groupes familiaux et entreprises spécialisées.
Le rapprochement entre Schwarz Digits et Bull pourrait permettre de mobiliser ces deux environnements autour d'un besoin commun : disposer de capacités européennes de calcul adaptées aux transformations industrielles provoquées par l'intelligence artificielle.
Il intervient également dans un contexte où l'Union européenne cherche à renforcer ses infrastructures numériques à travers plusieurs initiatives.
Le programme EuroHPC soutient le développement de capacités européennes de calcul haute performance. Les initiatives consacrées aux AI Factories et aux futures infrastructures de calcul pour l'intelligence artificielle cherchent à faciliter l'accès des chercheurs, des entreprises et des acteurs industriels aux ressources nécessaires au développement de nouveaux modèles et applications.
Ces dispositifs témoignent d'une évolution de la politique européenne.
La régulation du marché numérique ne constitue plus son unique instrument. L'investissement dans les capacités matérielles, la recherche et les infrastructures devient progressivement une composante centrale de la stratégie technologique.
Toutefois, les programmes publics et les partenariats privés ne répondent pas exactement aux mêmes objectifs.
Les premiers peuvent soutenir la recherche, favoriser l'accès aux infrastructures et réduire certaines défaillances de marché. Les seconds doivent construire des offres capables de satisfaire durablement des clients et de financer leur développement.
La réussite européenne dépendra de l'articulation entre ces deux logiques.
Une multiplication de projets nationaux insuffisamment coordonnés pourrait disperser les investissements et limiter les économies d'échelle. À l'inverse, une coopération industrielle élargie pourrait favoriser l'émergence de capacités communes, accessibles à plusieurs marchés européens.
Le partenariat Schwarz Digits–Bull constitue, dans cette perspective, une expérience dont la portée dépassera ses deux signataires si elle parvient à s'inscrire dans un écosystème industriel plus large.
La maîtrise du calcul comme instrument de puissance
L'importance stratégique des infrastructures d'intelligence artificielle dépasse désormais le secteur technologique.
Les capacités de calcul interviennent dans la recherche pharmaceutique, la conception de nouveaux matériaux, la simulation industrielle, la modélisation climatique, l'ingénierie énergétique et de nombreuses applications de sécurité.
Elles contribuent également au développement des systèmes d'automatisation, des outils de conception assistée et des technologies utilisées dans les chaînes de production.
Leur disponibilité influence donc directement la capacité d'innovation des économies.
Un pays ou un ensemble régional qui dépend durablement d'infrastructures extérieures peut conserver des compétences scientifiques et industrielles importantes tout en rencontrant des limitations dans leur exploitation.
Cette dépendance peut prendre plusieurs formes : augmentation des coûts d'accès, restrictions commerciales, limitations contractuelles, contraintes réglementaires ou difficultés d'approvisionnement.
Elle peut également devenir plus sensible dans les périodes de tensions géopolitiques.
Les restrictions américaines sur l'exportation de certaines technologies avancées illustrent la manière dont les semi-conducteurs et les équipements de calcul sont devenus des instruments de politique stratégique.
Dans cet environnement, la maîtrise des infrastructures numériques ne représente plus seulement un objectif de compétitivité économique. Elle participe à la capacité des États et des entreprises à préserver leur liberté de décision.
Pour l'Europe, le défi consiste néanmoins à éviter une confusion entre autonomie stratégique et fermeture technologique.
L'industrie européenne demeure profondément intégrée aux échanges internationaux. Ses entreprises ont besoin d'accéder aux meilleures technologies disponibles, de coopérer avec des partenaires étrangers et de participer aux chaînes mondiales d'innovation.
La recherche d'une autonomie absolue serait difficilement compatible avec cette réalité.
L'objectif le plus réaliste consiste plutôt à développer des capacités propres dans les segments critiques, à diversifier les fournisseurs et à conserver la possibilité de faire fonctionner les infrastructures essentielles dans des conditions de crise.
Cette approche repose davantage sur la résilience et la maîtrise des dépendances que sur l'autarcie technologique.
De l'annonce industrielle à la capacité opérationnelle
La portée réelle de l'accord Schwarz Digits–Bull dépendra des étapes qui suivront sa signature.
Un partenariat préliminaire peut ouvrir la voie à des développements importants, mais il ne constitue pas encore une infrastructure opérationnelle.
Plusieurs éléments permettront d'évaluer sa progression : la définition d'une offre commune, les investissements effectivement engagés, les capacités de calcul déployées, les conditions de gouvernance, les garanties juridiques proposées aux clients et les premiers contrats commerciaux.
La nature des technologies utilisées sera également déterminante.
Une infrastructure européenne ne se définit pas uniquement par la localisation de ses centres de données. Sa crédibilité dépendra de la maîtrise de ses opérations, de la transparence de ses dépendances techniques et de sa capacité à maintenir les services dans des circonstances exceptionnelles.
Les choix d'architecture auront donc une importance particulière.
L'interopérabilité avec les environnements existants, la portabilité des applications et la limitation des dépendances logicielles pourraient constituer des avantages concurrentiels pour des clients souhaitant éviter un enfermement durable auprès d'un fournisseur unique.
Le partenariat devra également démontrer sa capacité à évoluer au rythme des transformations technologiques.
Les infrastructures d'intelligence artificielle connaissent des cycles d'innovation rapides. Les besoins en calcul, en mémoire et en communication entre processeurs évoluent avec les architectures des modèles et les nouvelles méthodes d'entraînement.
Une offre compétitive aujourd'hui peut perdre rapidement de sa pertinence si les investissements de renouvellement ne suivent pas.
La solidité financière des opérateurs, leur capacité à anticiper les besoins et la profondeur de leur clientèle seront donc aussi importantes que leurs compétences techniques initiales.
L'Europe face à sa propre équation industrielle
L'accord entre Schwarz Digits et Bull traduit une évolution significative de la réflexion européenne sur l'intelligence artificielle.
Pendant longtemps, la souveraineté numérique a été principalement abordée à travers les règles applicables aux données, la protection des utilisateurs et l'encadrement des grandes plateformes.
Ces dimensions restent indispensables, mais elles ne suffisent plus.
L'intelligence artificielle repose sur une économie matérielle dont les exigences industrielles et financières deviennent considérables. Elle nécessite des infrastructures physiques, des équipements spécialisés, de l'énergie, des compétences techniques et des investissements continus.
La maîtrise de ces ressources détermine progressivement la capacité des économies à développer leurs propres technologies et à préserver leur autonomie de décision.
En rapprochant les compétences allemandes dans l'exploitation d'infrastructures numériques et l'expertise française dans le calcul haute performance, Schwarz Digits et Bull proposent une réponse industrielle à cette transformation.
Le partenariat ne résout pas les dépendances européennes envers les semi-conducteurs, les logiciels et les chaînes d'approvisionnement internationales. Il ne garantit pas davantage l'émergence d'un concurrent capable de rivaliser immédiatement avec les grandes plateformes mondiales.
Il montre cependant qu'une partie de la réponse européenne peut venir de l'intégration de compétences déjà présentes sur le continent.
La véritable question sera celle du passage à l'échelle.
L'Europe possède des entreprises industrielles, des centres de recherche, des infrastructures scientifiques et un marché suffisamment vaste pour soutenir le développement de capacités numériques importantes. Mais ces ressources demeurent réparties entre des organisations, des pays et des stratégies qui ne convergent pas toujours.
Le défi consiste à transformer cette diversité en puissance industrielle collective.
L'accord Schwarz Digits–Bull pourrait contribuer à ce mouvement, à condition de dépasser le stade de la coopération annoncée pour devenir une infrastructure réellement utilisée, économiquement viable et technologiquement évolutive.
Car la souveraineté européenne ne se construira pas uniquement en affirmant le droit de contrôler les données. Elle dépendra de la capacité à maîtriser les systèmes qui les traitent.
Et dans l'économie de l'intelligence artificielle, cette distinction pourrait devenir l'une des plus importantes de la prochaine décennie.
Sources principales
Schwarz Digits — Documentation institutionnelle Présentation des activités numériques du groupe Schwarz, de STACKIT et des orientations stratégiques en matière de cloud et de souveraineté numérique.
Bull — Documentation institutionnelle Expertise industrielle dans le calcul haute performance, les supercalculateurs et les infrastructures informatiques complexes.
Commission européenne — EuroHPC Joint Undertaking Programmes européens de calcul haute performance, développement des supercalculateurs et initiatives consacrées aux AI Factories.
Commission européenne — Stratégie européenne pour l'intelligence artificielle Orientations relatives aux infrastructures de calcul, à l'accès aux ressources technologiques et au renforcement des capacités européennes.
Agence internationale de l'énergie — Energy and AI (2025) Analyse des besoins énergétiques des centres de données et des conséquences du développement de l'intelligence artificielle sur les systèmes électriques.
OCDE — Travaux sur les infrastructures de calcul pour l'intelligence artificielle Analyse des besoins en ressources informatiques, des contraintes d'accès et des implications économiques du développement de l'intelligence artificielle.
Note éditoriale : l'accord Schwarz Digits–Bull est présenté comme préliminaire. Les développements industriels et commerciaux évoqués constituent des perspectives, et non des réalisations déjà confirmées. La documentation primaire de l'annonce doit être vérifiée avant publication définitive.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


