À la tribune des Nations unies, Javier Milei n’a pas changé de registre. Le 23 septembre 2026, devant une organisation dont il contestait précisément la trajectoire, le président argentin a dénoncé une institution devenue, selon lui, bureaucratique, intrusive et incapable de remplir correctement les fonctions pour lesquelles elle avait été créée. Il a accusé l’ONU d’avoir « regardé ailleurs » sur la question des Malouines, réaffirmé la revendication argentine sur l’archipel, rejeté l’idée d’une gouvernance internationale trop contraignante de l’intelligence artificielle et défendu une conception du monde fondée sur la souveraineté, la liberté économique et la limitation du pouvoir institutionnel.
Le discours pouvait sembler être une nouvelle manifestation du style Milei : frontal, excessif pour ses adversaires, cohérent pour ses partisans, construit pour transformer une tribune diplomatique en scène idéologique. Mais il disait surtout quelque chose de plus profond. Près de trois ans après son arrivée à la Casa Rosada, Javier Milei ne se contente plus de dénoncer un système. Il gouverne. Et l’Argentine est devenue le laboratoire dans lequel ses idées sont confrontées à ce que toutes les doctrines rencontrent lorsqu’elles accèdent au pouvoir : les institutions, les intérêts constitués, les contraintes économiques et la société elle-même.
C’est ce qui rend désormais Milei plus intéressant que le personnage qui avait surgi dans la politique argentine une tronçonneuse à la main.
Car derrière le spectacle se trouve une expérience politique et économique suffisamment avancée pour commencer à être observée dans ses contradictions. L’inflation a considérablement reculé. Les comptes publics ont été redressés. Des réglementations ont disparu. Une partie du contrôle des changes a été démantelée. L’économie a renoué avec la croissance après le choc initial. La pauvreté, après avoir brutalement augmenté, a reculé. Mais les réserves extérieures restent fragiles, l’investissement demeure inégal, l’emploi ne progresse pas partout au même rythme et une partie de l’économie réelle continue de supporter le coût d’un ajustement dont les bénéfices macroéconomiques sont désormais visibles sans être encore uniformément distribués.
Milei avait promis une rupture. La rupture a eu lieu.
La question qui commence maintenant est beaucoup plus difficile : peut-elle devenir un système durable ?
L’homme avant le président
Rien, ou presque, dans la trajectoire institutionnelle de Javier Milei ne ressemblait à celle d’un président argentin traditionnel.
Économiste de formation, longtemps extérieur aux grandes structures partisanes, consultant, enseignant puis économiste d’entreprise, il s’est d’abord imposé dans l’espace public par les médias. Ses interventions télévisées ont construit un personnage avant de construire un mouvement : cheveux indisciplinés, vocabulaire explosif, attaques contre la « caste », défense passionnée du marché et dénonciation presque obsessionnelle de l’inflation comme conséquence d’un désordre monétaire produit par l’État.
Sa célébrité précède donc son appareil politique.
Lorsqu’il devient député en 2021, Milei n’entre pas au Congrès après une longue carrière territoriale. Il arrive avec une audience. Deux ans plus tard, cette audience devient une coalition électorale et, en décembre 2023, un pouvoir présidentiel.
Cette vitesse est essentielle pour comprendre ce qui suit. Milei n’a pas été progressivement socialisé par l’appareil d’État avant d’en prendre la direction. Il est arrivé au sommet avec une doctrine construite en grande partie contre cet appareil.
Il se revendique du libertarianisme et, plus précisément sur le plan intellectuel, de l’anarcho-capitalisme. Dans cette conception, l’État n’est pas spontanément considéré comme l’instrument capable de corriger les imperfections du marché. Il constitue lui-même une source potentielle de distorsions, de rentes, de contraintes et de captation politique.
Appliquée à l’Argentine, cette grille de lecture prend une dimension particulière.
Pendant des décennies, le pays a accumulé déficits budgétaires, inflation, contrôles de capitaux, subventions, régimes de change multiples, restructurations de dette et interventions publiques destinées à corriger les effets des interventions précédentes. L’État argentin n’était plus seulement un fournisseur de services publics ou un redistributeur de revenus. Il était devenu un acteur central dans la formation des prix, l’accès aux devises, l’énergie, les transports, les importations, le crédit et une partie considérable des arbitrages économiques quotidiens.
Pour Milei, ces crises n’étaient pas des accidents successifs. Elles formaient un système.
C’est probablement la clé permettant de comprendre son action depuis 2023. Là où ses prédécesseurs cherchaient généralement à stabiliser l’économie tout en préservant l’architecture générale de l’État argentin, Milei considère cette architecture comme une partie du problème.
Le déficit avant tout
Lorsqu’il entre à la Casa Rosada le 10 décembre 2023, l’Argentine est au bord d’un nouveau décrochage macroéconomique. L’inflation annuelle dépasse 200 %, les réserves sont extrêmement faibles, le déficit budgétaire reste important et la crédibilité du peso profondément détériorée.
Milei choisit alors une stratégie dont la brutalité est assumée : il ne cherche pas d’abord à restaurer progressivement la croissance avant d’assainir les comptes publics. Il inverse l’ordre.
Le déficit doit disparaître.
Le gouvernement réduit les dépenses, suspend une grande partie des travaux publics financés par l’État fédéral, diminue les transferts, réduit les subventions, restructure l’administration et laisse les prix relatifs brutalement comprimés pendant les années précédentes se réajuster. Le peso est fortement dévalué au début du mandat. La consommation chute. L’activité se contracte.
L’économie argentine recule de 1,3 % en 2024.
Mais quelque chose d’inhabituel se produit simultanément : les comptes publics basculent dans le vert. Le secteur public national enregistre cette année-là un excédent primaire équivalant à 1,8 % du PIB et un excédent financier d’environ 0,3 %. En 2025, l’excédent primaire atteint encore 1,4 % du PIB et l’excédent financier 0,2 %.
Deux années consécutives d’excédent financier : une rupture spectaculaire pour une économie où le déficit semblait depuis longtemps être devenu une composante permanente du système politique.
Cette priorité révèle le cœur de la doctrine Milei.
L’équilibre budgétaire n’est pas simplement considéré comme un objectif comptable. Il est présenté comme la condition permettant de supprimer la nécessité du financement monétaire du Trésor, donc de casser l’un des mécanismes historiques de production de l’inflation argentine.
Le raisonnement est circulaire, mais dans le sens inverse de celui qui avait longtemps prévalu : si l’État ne dépense pas durablement davantage qu’il ne prélève, il n’a plus besoin de transformer la banque centrale en source permanente de financement ; si la création monétaire cesse de financer le déficit, la monnaie peut progressivement retrouver une fonction d’ancrage ; si l’inflation recule, les décisions économiques peuvent recommencer à se projeter au-delà de quelques semaines.
C’est là que la tronçonneuse cesse d’être seulement un symbole électoral.
Elle devient une politique monétaire indirecte.
La bataille de l’inflation
Le résultat le plus visible apparaît dans les prix.
À la fin de 2023, l’Argentine évoluait dans une dynamique où l’inflation menaçait de devenir incontrôlable. Le mois de décembre 2023 avait enregistré une hausse des prix de 25,5 % en un seul mois.
En août 2026, l’INDEC mesure une inflation mensuelle de 1,7 %.
Le contraste est considérable.
Il ne signifie pas que le problème argentin de l’inflation a disparu. Une inflation mensuelle proche de 2 % resterait élevée dans la plupart des économies développées et le FMI projetait encore au printemps une inflation d’environ 25 % en glissement annuel à la fin de 2026. Mais l’ordre de grandeur a changé. Le risque immédiat d’une dynamique hyperinflationniste qui dominait le début du mandat s’est éloigné.
Cette désinflation constitue probablement le résultat macroéconomique le plus important du gouvernement Milei, parce qu’elle touche au cœur du dysfonctionnement argentin.
L’inflation n’était pas seulement une statistique élevée. Elle déformait l’ensemble de l’économie. Les prix devenaient des informations de moins en moins fiables. Les contrats se raccourcissaient. L’épargne cherchait refuge dans le dollar. Les entreprises consacraient une partie de leur énergie à gérer le change plutôt qu’à investir. Les ménages apprenaient à dépenser rapidement une monnaie dont la valeur se dégradait.
Réduire l’inflation revient donc à restaurer quelque chose de plus fondamental qu’un indicateur : la possibilité du temps économique.
Mais cette stabilisation a eu un prix.
Le choc de 2024 a frappé les revenus, la consommation et l’activité. La pauvreté a fortement augmenté pendant les premiers mois du programme. Pour des millions d’Argentins, la stabilisation macroéconomique n’a pas d’abord pris la forme d’une courbe descendant sur un graphique, mais d’une perte de pouvoir d’achat.
C’est précisément ce qui rend la trajectoire suivante importante.
Le retour après le choc
À mesure que l’inflation ralentissait et que l’économie sortait de la récession, une partie de la détérioration sociale initiale s’est inversée.
Selon l’INDEC, 28,2 % des habitants des 31 principales agglomérations urbaines vivaient sous le seuil de pauvreté au second semestre 2025. L’indigence concernait 6,3 % de la population observée.
Ces niveaux restent considérables. Mais ils sont très inférieurs au pic atteint pendant la phase initiale de l’ajustement.
L’économie elle-même a rebondi. Après la contraction de 2024, le PIB réel a progressé de 4,4 % en 2025. Le FMI anticipait au printemps 2026 une croissance d’environ 3,5 % cette année.
L’Argentine n’est donc plus simplement dans une phase de contraction destinée à corriger ses déséquilibres. Une deuxième étape a commencé : celle dans laquelle la stabilisation doit produire de l’investissement, de la productivité et finalement une amélioration durable du revenu.
Et c’est précisément là que l’expérience devient plus incertaine.
Car la reprise est profondément asymétrique.
L’énergie, les mines et l’agriculture occupent une place importante dans la croissance et les exportations. Vaca Muerta transforme progressivement la contrainte énergétique argentine en avantage extérieur. Le lithium et d’autres ressources minières attirent des capitaux. L’agriculture conserve sa capacité historique à générer des devises.
Mais les secteurs plus intensifs en main-d’œuvre n’avancent pas nécessairement au même rythme. Le FMI relevait au printemps que la construction et l’industrie manufacturière restaient en retrait par rapport aux secteurs primaires et financiers. Le chômage avait atteint environ 7,5 % à la fin de 2025, tandis que l’informalité progressait et que la croissance des salaires réels ralentissait.
C’est l’une des limites essentielles du récit du redressement.
Une économie peut être stabilisée avant d’être transformée.
Et les deux processus ne doivent pas être confondus.
Le laboratoire de la déréglementation
La deuxième dimension de l’expérience Milei est moins immédiatement visible que l’inflation, mais potentiellement plus importante à long terme.
Le gouvernement ne cherche pas uniquement à réduire le déficit. Il veut modifier la relation entre l’État et l’économie.
Depuis décembre 2023, l’administration a entrepris un vaste processus de déréglementation : simplification de procédures, suppression ou modification de réglementations, libéralisation progressive des échanges, réforme de certains marchés et réduction de structures administratives.
L’objectif doctrinal est clair : diminuer le nombre de décisions économiques nécessitant une autorisation politique ou administrative.
Cette stratégie repose sur une hypothèse fondamentale. Le problème de l’Argentine ne serait pas seulement qu’elle dépense trop, mais qu’elle organise trop. L’accumulation de réglementations aurait progressivement transformé l’économie en système de permissions, créant des rentes pour ceux capables de naviguer entre les règles tout en augmentant les coûts pour les nouveaux entrants.
La déréglementation cherche donc à déplacer le centre de gravité de la décision.
De l’administration vers l’entreprise.
Du ministre vers le prix.
De l’autorisation vers le contrat.
La véritable mesure du succès de cette politique ne sera pourtant pas le nombre de normes supprimées. Elle sera la quantité de capital productif que l’Argentine parviendra à attirer et à conserver.
Le pays dispose d’atouts considérables : énergie, agriculture, minerais, capital humain, proximité culturelle avec l’Occident et potentiel dans les technologies numériques. Mais il possède également une longue histoire de changements de règles, de contrôles de capitaux, de défauts, de nationalisations, de restructurations et de retournements politiques.
Un investisseur n’évalue donc pas uniquement les règles argentines de 2026.
Il essaie d’anticiper celles de 2030.
Et c’est ici que l’expérience Milei rencontre son problème le plus profond.
La confiance ne se décrète pas
Un gouvernement peut équilibrer un budget en quelques mois. Il peut supprimer une réglementation en quelques jours. Il peut modifier un régime de change.
Il lui faut beaucoup plus longtemps pour fabriquer de la crédibilité institutionnelle.
L’Argentine continue notamment de présenter une vulnérabilité extérieure importante. Le FMI soulignait encore en mai 2026 que la position extérieure du pays demeurait fragile et que la couverture des réserves restait insuffisante. Malgré les achats de devises réalisés par la banque centrale depuis le début de l’année, les réserves internationales nettes demeuraient alors négatives.
Ce point est fondamental.
L’Argentine a déjà connu des périodes de croissance, des programmes de stabilisation et des retours de capitaux. Son problème historique n’a pas seulement été de produire une amélioration. Il a été de la rendre irréversible.
Chaque crise laisse derrière elle une mémoire.
Les Argentins conservent des dollars parce qu’ils se souviennent des dévaluations. Les investisseurs demandent une prime parce qu’ils se souviennent des défauts. Les entreprises anticipent les changements réglementaires parce qu’elles en ont déjà vécu plusieurs.
La défiance devient ainsi elle-même une institution informelle.
Et aucune tronçonneuse ne peut la supprimer.
Le paradoxe de la banque centrale
C’est peut-être pour cette raison que l’évolution récente de Milei est particulièrement intéressante.
Le candidat de 2023 avait fait de la fermeture de la Banque centrale de la République argentine l’un des symboles de sa campagne. La dollarisation était présentée comme le moyen ultime d’empêcher le pouvoir politique de détruire la monnaie.
Trois ans plus tard, la banque centrale existe toujours.
Plus intéressant encore : Milei cherche désormais à renforcer certaines protections institutionnelles autour d’elle.
En juillet 2026, il a présenté une réforme de sa charte destinée notamment à interdire le financement direct ou indirect du Trésor et à modifier les conditions de nomination et de révocation de ses dirigeants afin de réduire l’influence politique sur l’institution.
Le paradoxe est remarquable.
L’homme arrivé au pouvoir en promettant de supprimer une institution cherche désormais à construire des règles destinées à empêcher ses successeurs d’en abuser.
Il serait facile d’y voir une contradiction idéologique.
On peut également y voir une évolution plus profonde.
Gouverner oblige Milei à passer d’une doctrine de suppression des institutions à une doctrine de limitation des institutions.
La différence est considérable.
Un État minimal reste un État. Une monnaie stable exige des règles. Un marché fonctionne grâce à des contrats dont l’exécution dépend d’institutions. L’investissement à long terme suppose que certaines décisions ne puissent pas être arbitrairement renversées.
L’expérience argentine pourrait ainsi conduire Milei vers un endroit qu’il n’avait peut-être pas imaginé lorsqu’il apparaissait sur les plateaux de télévision : non plus simplement réduire l’État, mais déterminer quelles institutions doivent survivre et quelles contraintes doivent leur être imposées pour qu’elles ne puissent plus devenir les instruments du cycle politique.
La tronçonneuse construit alors des serrures.
Et c’est probablement beaucoup plus important que la tronçonneuse elle-même.
Le pouvoir transforme la doctrine
Cette évolution ne signifie pas que Milei soit devenu un président conventionnel.
Son langage reste extraordinairement conflictuel. Sa relation avec ses adversaires politiques, les médias, certaines organisations internationales et une partie de la classe intellectuelle demeure structurée par l’affrontement. Son alignement international, notamment avec les États-Unis, est beaucoup plus explicite que la prudence traditionnellement recherchée par certaines diplomaties latino-américaines.
Son discours du 23 septembre à New York l’a encore montré.
Mais quelque chose a changé depuis 2023.
À l’époque, Milei pouvait mesurer la cohérence d’une proposition à sa conformité avec une doctrine.
En 2026, il doit également mesurer ses conséquences.
La réalité a déjà imposé plusieurs compromis. La dollarisation n’a pas eu lieu. La banque centrale n’a pas disparu. L’État argentin existe toujours. Les politiques sociales n’ont pas été abolies. Le gouvernement négocie avec le FMI, le Congrès, les gouverneurs provinciaux, les investisseurs et les partenaires commerciaux.
Cela ne signifie pas nécessairement l’abandon du projet.
Cela signifie son passage de la théorie au pouvoir.
Et c’est généralement à cet endroit que commencent les expériences politiques réellement intéressantes.
Car un programme radical peut connaître deux destins. Il peut progressivement se normaliser jusqu’à devenir une variante du système qu’il voulait remplacer. Ou il peut transformer suffisamment les institutions pour déplacer durablement le centre de gravité du système.
Il est encore trop tôt pour savoir lequel attend le mileísmo.
Après Milei
Le test décisif de Javier Milei ne sera probablement pas l’inflation de septembre 2026.
Ce ne sera même pas le résultat budgétaire de cette année.
Ce sera ce qui restera lorsque Milei ne sera plus président.
Si l’équilibre budgétaire dépend uniquement de sa détermination personnelle, il pourra disparaître avec lui. Si la déréglementation dépend uniquement de décrets, elle pourra être inversée. Si la stabilité monétaire repose uniquement sur la confiance accordée à une équipe économique, elle restera vulnérable au prochain changement politique.
Une transformation structurelle commence précisément lorsque les règles cessent de dépendre de ceux qui les ont créées.
C’est pourquoi le projet visant à protéger davantage la banque centrale du financement politique du déficit est plus révélateur que sa dimension technique. De même, l’inscription de l’équilibre financier dans le budget 2026, les réformes fiscales, les changements du marché du travail et la tentative de reconstruire l’accès aux capitaux comptent davantage à long terme que les proclamations idéologiques.
Milei doit désormais résoudre le paradoxe de tous les réformateurs radicaux : utiliser suffisamment le pouvoir pour limiter durablement le pouvoir.
Et l’Argentine constitue un terrain particulièrement difficile pour cette expérience, précisément parce que son histoire économique est faite de règles remplacées par d’autres règles, de stabilisations suivies de crises et de promesses de rupture progressivement absorbées par les contraintes du système.
Le laboratoire argentin
C’est aussi ce qui explique pourquoi l’expérience dépasse désormais les frontières du pays.
Milei est observé à l’étranger non seulement parce que son personnage fascine ou irrite, mais parce qu’il tente quelque chose devenu rare dans les démocraties contemporaines : appliquer à grande échelle un programme explicitement construit autour de la réduction du périmètre économique de l’État.
Ses résultats seront donc interprétés bien au-delà de Buenos Aires.
Ses partisans verront dans la baisse de l’inflation, le retour des excédents et la reprise de la croissance la confirmation qu’une thérapie de choc peut sortir une économie d’un équilibre dysfonctionnel.
Ses adversaires souligneront le coût initial de l’ajustement, les difficultés persistantes de certains secteurs, la précarité de l’emploi, la dépendance aux matières premières, les fragilités extérieures et les conséquences sociales d’un État plus réduit.
Les deux lectures peuvent trouver des faits pour les alimenter.
Mais aucune ne suffit encore.
Parce que l’expérience n’est pas terminée.
Milei a déjà démontré qu’un gouvernement argentin pouvait réduire rapidement son déficit et ralentir spectaculairement une dynamique inflationniste qui paraissait presque structurelle. Il n’a pas encore démontré qu’un tel ajustement pouvait produire une décennie d’investissement, de productivité, de hausse durable des salaires et de stabilité monétaire.
C’est la frontière qui sépare une stabilisation réussie d’un changement de régime économique.
Elle ne se franchit pas en trois ans.
Les limites
À New York, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Milei a finalement reproduit à l’échelle internationale le raisonnement qui l’avait porté au pouvoir en Argentine.
Une institution naît pour remplir une fonction. Puis elle grandit. Elle accumule des compétences, des procédures, des intérêts, des bureaucraties. Elle finit parfois par considérer sa propre permanence comme une finalité. Et lorsqu’elle cesse d’être contrainte par les limites qui justifiaient son existence, elle risque de devenir elle-même une source de dysfonctionnement.
C’est ainsi que Milei décrit l’ONU.
C’est aussi ainsi qu’il décrit depuis des années l’État argentin.
La cohérence intellectuelle est réelle. Mais gouverner lui a fait découvrir l’autre moitié du problème.
Toutes les limites ne consistent pas à supprimer.
Certaines doivent être construites.
Une règle budgétaire est une limite. L’indépendance d’une banque centrale est une limite. Un contrat que le prochain gouvernement ne peut pas facilement défaire est une limite. Une administration qui ne peut pas financer indéfiniment ses dépenses par création monétaire est une limite.
L’expérience Milei entre donc dans une phase différente.
La première consistait à arrêter une mécanique. La seconde consiste à empêcher qu’elle redémarre. Et c’est peut-être seulement maintenant que commence la partie la plus difficile de sa révolution.
Sources principales
- Fonds monétaire international — Argentine : consultations de 2026 au titre de l’article IV et deuxième revue dans le cadre du mécanisme élargi de crédit
- Fonds monétaire international — Deuxième revue du programme de l’Argentine et consultations de 2026 au titre de l’article IV
- INDEC — Indice des prix à la consommation
- INDEC — Pauvreté et extrême pauvreté
- Banque mondiale — Situation économique de l’Argentine
- Reuters — Milei présente un projet visant à protéger la banque centrale des pressions politiques
- Reuters — Milei s’adresse à l’ONU sur fond de tensions autour des Malouines/Falkland
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


