Face aux risques de confrontation militaire, aux rivalités stratégiques et aux incertitudes entourant les garanties de sécurité extérieures, les États du Moyen-Orient multiplient les initiatives diplomatiques. De l'Arabie saoudite à l'Iran, en passant par la Turquie, le Pakistan, Oman et le Qatar, une nouvelle logique de consultation se dessine. Son ambition dépasse la simple gestion des crises : il s'agit de déterminer si les puissances régionales peuvent progressivement organiser elles-mêmes les conditions de leur sécurité collective.

Une région qui cherche à sortir de la gestion permanente des crises

Le Moyen-Orient traverse une transformation profonde de son environnement stratégique. Pendant plusieurs décennies, les équilibres militaires régionaux ont reposé sur une combinaison de garanties américaines, d'alliances bilatérales, de capacités nationales de défense et de rapports de force entre puissances rivales.

Ce système n'a jamais constitué une véritable architecture de sécurité collective. Il a plutôt produit une juxtaposition de dispositifs militaires, de partenariats stratégiques et de mécanismes de dissuasion, souvent construits les uns contre les autres.

Les conflits successifs ont mis en évidence les limites de cette organisation. Les installations énergétiques, les voies maritimes, les bases militaires, les infrastructures civiles et les grandes métropoles économiques demeurent exposées aux conséquences d'une escalade qui peut dépasser rapidement les frontières nationales.

Dans ce contexte, plusieurs États cherchent à renforcer les mécanismes de consultation politique et militaire afin de réduire le risque qu'un incident localisé débouche sur une confrontation régionale.

L'objectif n'est pas nécessairement de remplacer les alliances existantes. Il consiste d'abord à créer des canaux de communication capables de fonctionner même entre des gouvernements dont les intérêts stratégiques restent divergents.

Cette évolution traduit une prise de conscience : la supériorité militaire, les garanties d'une puissance extérieure et les capacités de dissuasion ne suffisent pas toujours à prévenir une crise.

La sécurité dépend également de la capacité des adversaires potentiels à communiquer, à identifier leurs lignes rouges et à contenir les conséquences de leurs désaccords.

De Téhéran au Golfe : la consultation comme instrument stratégique

Les consultations régionales signalées à la fin d'octobre 2026 illustrent cette évolution.

Les échanges impliquant l'Iran, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan s'inscrivent dans un environnement marqué par les tensions autour du détroit d'Ormuz, la sécurité des infrastructures énergétiques et les risques de confrontation impliquant des acteurs étatiques et non étatiques.

La portée politique de ces échanges ne doit toutefois pas être confondue avec la création d'une alliance.

Une réunion diplomatique, même entre plusieurs puissances importantes, ne constitue ni un traité de défense collective, ni un mécanisme opérationnel de prévention des conflits.

Elle peut néanmoins représenter une première étape vers des procédures plus institutionnalisées.

La distinction est fondamentale.

Un dialogue ponctuel permet aux États de communiquer leurs positions. Un mécanisme permanent leur permettrait de maintenir cette communication pendant les crises, de transmettre des alertes et éventuellement de coordonner certaines mesures de désescalade.

C'est précisément dans cet espace intermédiaire que pourrait se jouer une partie de la transformation sécuritaire du Moyen-Orient.

Les États concernés n'ont pas besoin de partager une vision politique commune pour reconnaître leur intérêt à empêcher une guerre régionale.

Ils peuvent conserver des rivalités militaires, des divergences idéologiques et des alliances internationales différentes tout en cherchant à limiter les risques d'affrontement direct.

Cette logique ne supprime pas les conflits. Elle tente d'en réduire la probabilité et, lorsqu'ils surviennent, d'en limiter l'extension.

L'Arabie saoudite : protéger la transformation économique par la stabilité

Pour l'Arabie saoudite, la question sécuritaire possède une dimension économique particulièrement importante.

Le royaume poursuit une transformation destinée à diversifier ses sources de croissance, à attirer des investissements internationaux et à développer de nouvelles industries, infrastructures et activités de services.

Ces ambitions reposent sur une condition essentielle : la prévisibilité de l'environnement régional.

Les investissements industriels, les plateformes logistiques, les infrastructures touristiques et les projets urbains de grande ampleur nécessitent des horizons de financement et d'exploitation relativement stables.

Une crise militaire prolongée peut affecter ces projets par plusieurs canaux : augmentation des primes d'assurance, perturbation des chaînes d'approvisionnement, volatilité énergétique, révision des décisions d'investissement et renchérissement du coût du capital.

La politique saoudienne de désescalade doit donc être examinée à la lumière de cette interdépendance entre sécurité nationale et stratégie de développement.

Le rétablissement des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran, annoncé en mars 2023 sous médiation chinoise, avait déjà montré qu'une réduction des tensions pouvait répondre à des intérêts pragmatiques, sans nécessiter de convergence stratégique complète.

Pour Riyad, le dialogue avec l'Iran ne signifie pas l'abandon de ses partenariats militaires avec les États-Unis ou d'autres puissances.

Il offre plutôt un instrument supplémentaire pour gérer les risques.

Le royaume cherche ainsi à préserver plusieurs options simultanément : maintenir des capacités de défense crédibles, consolider ses relations internationales et éviter que les rivalités régionales ne compromettent ses objectifs économiques.

Cette approche illustre une caractéristique croissante des stratégies moyen-orientales : la diversification des partenariats n'implique pas nécessairement une rupture avec les alliances traditionnelles.

L'Iran : entre dissuasion, reconnaissance régionale et contraintes économiques

Pour l'Iran, les mécanismes de consultation peuvent répondre à des objectifs différents, mais potentiellement compatibles avec ceux de ses voisins.

Téhéran cherche depuis longtemps à faire reconnaître son rôle dans les équilibres de sécurité du Golfe.

Les autorités iraniennes ont régulièrement défendu l'idée selon laquelle la sécurité régionale devrait être organisée prioritairement par les États riverains, plutôt que dépendre des dispositifs militaires extérieurs.

Cette position correspond à une conception de la sécurité qui met l'accent sur la souveraineté régionale et sur la réduction de la présence militaire étrangère.

Elle rencontre toutefois plusieurs obstacles.

Les inquiétudes concernant le programme nucléaire iranien, les capacités balistiques du pays et ses relations avec différents groupes armés constituent des sources majeures de méfiance pour plusieurs gouvernements de la région.

Les États du Golfe peuvent donc considérer le dialogue avec Téhéran comme nécessaire sans pour autant accepter la conception iranienne de la sécurité collective.

Pour l'Iran, la participation à des consultations régionales peut également contribuer à limiter les risques d'isolement diplomatique et à réduire les conséquences économiques d'une confrontation prolongée.

Mais une véritable architecture de sécurité supposerait des engagements vérifiables, notamment concernant la prévention des attaques transfrontalières, la protection de la navigation et le traitement des incidents militaires.

Le défi consiste à transformer des déclarations de principe en obligations mutuelles suffisamment précises pour produire des effets.

La Turquie : une puissance militaire qui élargit son rôle diplomatique

La Turquie occupe une position particulière dans cette recomposition.

Membre de l'OTAN, elle dispose d'une industrie de défense importante, d'une expérience opérationnelle sur plusieurs théâtres et de relations diplomatiques avec des acteurs dont les intérêts peuvent être opposés.

Ankara entretient des liens économiques et stratégiques avec les monarchies du Golfe, tout en maintenant des canaux de dialogue avec l'Iran.

Cette configuration lui permet de participer à différentes initiatives sans appartenir exclusivement à un seul ensemble régional.

La Turquie cherche également à développer ses exportations de défense, ses coopérations industrielles et son influence dans les systèmes de sécurité de son environnement géographique.

Ces objectifs peuvent se renforcer mutuellement.

Une coopération militaire peut créer des relations industrielles durables, tandis que des consultations diplomatiques peuvent faciliter l'accès à de nouveaux partenariats.

Il existe néanmoins une différence entre la multiplication des coopérations bilatérales et la construction d'un dispositif multilatéral.

Les relations turques avec les différents acteurs régionaux demeurent traversées par des divergences sur plusieurs dossiers, notamment en Syrie et dans les équilibres politiques du Moyen-Orient.

La Turquie peut donc contribuer à certains mécanismes de désescalade sans nécessairement devenir le garant d'un système régional unifié.

Le Pakistan : un acteur extérieur au monde arabe, mais central dans certains équilibres

Le Pakistan ajoute une dimension supplémentaire à ces initiatives.

Puissance nucléaire, doté de forces armées importantes et entretenant des relations historiques avec l'Arabie saoudite, Islamabad occupe une place singulière dans les équilibres de sécurité reliant l'Asie du Sud au Moyen-Orient.

Ses relations avec l'Iran sont également importantes en raison de leur frontière commune, des enjeux sécuritaires transfrontaliers et des intérêts économiques qui relient les deux pays.

Le Pakistan dispose donc de canaux diplomatiques vers plusieurs acteurs régionaux.

Cette position peut favoriser certaines consultations, notamment lorsque les tensions exigent des échanges entre gouvernements qui disposent de peu de relations directes.

Cependant, le rôle potentiel du Pakistan ne doit pas être assimilé à l'existence d'une garantie nucléaire ou militaire automatiquement applicable aux États du Golfe.

De tels engagements exigeraient des dispositions explicites, dont la portée juridique et opérationnelle devrait être établie.

L'intérêt stratégique d'Islamabad réside avant tout dans sa capacité à entretenir plusieurs partenariats et à participer à des dispositifs de dialogue.

Il reflète également l'élargissement géographique des questions de sécurité moyen-orientales.

La stabilité du Golfe ne concerne pas uniquement les États arabes et l'Iran. Elle affecte directement les économies, les approvisionnements énergétiques et les intérêts stratégiques de l'Asie du Sud.

Oman : vers un pacte de non-agression entre les huit États du Golfe ?

Parallèlement aux consultations de Téhéran, Oman défend une approche plus inclusive de la sécurité régionale.

Le 26 octobre 2026, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, a appelé à la création d'un cadre de sécurité réunissant les six membres du Conseil de coopération du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman — ainsi que l'Iran et l'Irak.

Lors d'une intervention à l'université de Cambridge, le ministre a défendu l'objectif d'un pacte de non-agression entre ces huit États, considérant qu'un dispositif excluant l'Iran serait structurellement fragile.

Il s'agit d'une proposition diplomatique, et non d'un accord déjà négocié ou signé.

L'initiative omanaise est particulièrement significative parce qu'elle repose sur une conception différente de la sécurité.

Plutôt que de construire une coalition contre un adversaire désigné, Mascate propose d'associer les puissances susceptibles d'entrer en confrontation à un ensemble commun d'engagements.

Une telle démarche pourrait, à terme, porter sur plusieurs domaines : la non-agression, la sécurité maritime, la prévention des incidents militaires et l'établissement de canaux permanents de consultation.

Son efficacité dépendrait toutefois de la précision des obligations acceptées par les participants.

Un pacte de non-agression sans procédures de vérification, sans mécanismes de traitement des violations et sans engagements concernant les acteurs armés non étatiques risquerait de conserver une portée essentiellement déclaratoire.

Oman possède néanmoins une expérience diplomatique particulière. Le sultanat a régulièrement facilité les échanges entre l'Iran et les États-Unis, tout en conservant des relations avec les différentes monarchies du Golfe.

Cette capacité de dialogue lui permet de proposer une architecture régionale qui ne suppose pas, dès son origine, la disparition des rivalités existantes.

Le pacte de La Mecque : la sécurité collective prend une dimension militaire

Une autre évolution importante concerne l'accord de défense annoncé en août 2026 entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.

Présenté comme le pacte de La Mecque, cet accord prévoit notamment qu'une attaque armée contre l'un des trois signataires soit considérée comme une attaque contre l'ensemble des partenaires.

Il comprend également des dispositions relatives à la coopération militaire, au renseignement, à la production d'armements et aux transferts de technologies.

Le 27 octobre, une commission parlementaire turque aurait approuvé l'accord, ouvrant la voie à son examen par l'assemblée plénière. Sa ratification turque n'était donc pas encore achevée à ce stade.

Ce pacte représente une logique différente de celle proposée par Oman.

Il s'agit d'un mécanisme de défense entre partenaires, alors que l'initiative omanaise cherche à réunir des États entre lesquels subsistent des différends majeurs.

Ces deux démarches ne sont pas nécessairement incompatibles.

Une architecture régionale pourrait théoriquement combiner des alliances de défense limitées à certains pays et des engagements de non-agression plus larges.

Mais leur coexistence soulève une difficulté fondamentale : comment garantir qu'un engagement de défense collective ne transforme pas automatiquement un affrontement bilatéral en conflit impliquant plusieurs États ?

La question est particulièrement sensible lorsque les partenaires disposent de capacités militaires importantes et d'intérêts divergents sur des théâtres extérieurs.

La valeur d'un pacte de défense ne dépend donc pas seulement de la puissance cumulée de ses signataires. Elle dépend également de la définition des circonstances dans lesquelles l'assistance militaire peut être déclenchée.

Le détroit d'Ormuz : au centre de la sécurité régionale et de l'économie mondiale

Le détroit d'Ormuz constitue l'un des points où les enjeux militaires et économiques se rejoignent le plus directement.

Ce passage maritime relie le golfe Persique au golfe d'Oman et à l'océan Indien. Il joue un rôle majeur dans les exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié.

La confrontation déclenchée par les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran en février 2026 a profondément perturbé les conditions de navigation dans la zone.

Malgré le cessez-le-feu d'avril, Washington et Téhéran ont continué de s'opposer sur le contrôle des flux maritimes. Les restrictions imposées à la navigation, les mesures américaines contre les ports iraniens et les tensions militaires ont contribué à déstabiliser les marchés énergétiques.

Le détroit d'Ormuz présente une particularité stratégique : aucun État riverain ne peut maîtriser seul l'ensemble des conséquences économiques d'une perturbation durable.

Les pays exportateurs risquent de perdre des recettes, les importateurs subissent des difficultés d'approvisionnement et les compagnies maritimes doivent intégrer des risques opérationnels et assurantiels supplémentaires.

Les effets se transmettent ensuite aux marchés financiers, aux industries consommatrices d'énergie et aux chaînes logistiques internationales.

Cette interdépendance crée un intérêt collectif à la stabilité, même lorsque les États restent profondément divisés sur les questions politiques et militaires.

Un mécanisme régional de consultation pourrait donc commencer par des objectifs relativement limités : prévenir les incidents navals, organiser des communications d'urgence, clarifier les procédures de navigation et faciliter le traitement des situations susceptibles de provoquer une escalade.

De telles mesures ne régleraient pas les différends stratégiques fondamentaux.

Elles pourraient néanmoins réduire le risque qu'une erreur d'appréciation, une interception maritime ou un incident militaire déclenche une confrontation plus large.

Le rôle des États-Unis : une puissance extérieure toujours incontournable

L'émergence d'initiatives régionales ne signifie pas que les États-Unis seraient sur le point de disparaître de l'équation sécuritaire moyen-orientale.

Washington conserve des partenariats militaires importants, des capacités de projection et des intérêts stratégiques majeurs dans la région.

Les États du Golfe continuent, à des degrés différents, de dépendre de systèmes d'armement, de capacités de renseignement, de dispositifs antimissiles et de coopérations militaires liés aux États-Unis.

Cette dépendance ne peut être effacée par la seule création d'un mécanisme diplomatique.

Cependant, les crises de 2026 soulèvent une question nouvelle concernant les conséquences de l'engagement militaire américain.

Les garanties extérieures peuvent contribuer à dissuader une attaque. Mais la présence de puissances extérieures dans une confrontation régionale peut également augmenter le nombre d'acteurs impliqués et compliquer les conditions d'un règlement.

Pour les gouvernements du Golfe, l'enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre protection militaire et autonomie diplomatique.

Une stratégie régionale plus autonome pourrait leur permettre de maintenir des alliances extérieures tout en développant des procédures directes de gestion des tensions avec leurs voisins.

Cela supposerait toutefois que les principaux acteurs acceptent de distinguer la sécurité collective de leurs rivalités géopolitiques.

Les divergences entre Washington et Téhéran demeurent particulièrement importantes.

Selon les informations rapportées le 27 octobre, l'Iran conditionne la reprise des discussions sur son programme nucléaire à la levée de certaines mesures américaines, notamment celles visant ses ports et ses exportations pétrolières. Washington demande pour sa part une réduction de l'enrichissement nucléaire iranien.

Ces désaccords montrent que les consultations régionales ne peuvent être analysées indépendamment des négociations entre les États-Unis et l'Iran.

La sécurité du Moyen-Orient se construit désormais à plusieurs niveaux, dont aucun ne peut entièrement remplacer les autres.

Israël, le Liban, la Palestine et le Yémen : les conflits qui compliquent toute architecture commune

La principale difficulté d'un dispositif régional tient à la multiplicité des conflits et à leur interdépendance.

La question israélo-iranienne, les tensions au Liban, la situation palestinienne et la guerre au Yémen ne relèvent pas des mêmes configurations politiques.

Elles peuvent pourtant produire des conséquences militaires communes.

Une opération dans un territoire peut provoquer des représailles dans un autre. Une attaque contre une installation énergétique peut modifier les calculs stratégiques d'États qui ne participent pas directement aux hostilités.

Les discussions de Téhéran ont notamment abordé les développements en Palestine et au Liban, ainsi que les activités militaires israéliennes dans la région.

Le Yémen représente un défi particulièrement concret.

Les attaques revendiquées par les Houthis contre des installations saoudiennes, notamment des infrastructures pétrolières, illustrent la difficulté de contenir un conflit lorsque les acteurs armés non étatiques disposent de capacités de frappe à longue distance.

Les tensions entre l'Arabie saoudite et les Houthis ont continué de s'aggraver en octobre, malgré les efforts diplomatiques destinés à empêcher une nouvelle extension de la confrontation régionale.

La question dépasse donc les relations entre gouvernements.

Un accord entre États ne suffit pas nécessairement à faire cesser les opérations de groupes armés qui possèdent leurs propres structures de commandement, objectifs politiques et capacités militaires.

Toute architecture régionale crédible devrait traiter cette difficulté.

Elle devrait également déterminer si les engagements de non-agression concernent uniquement les attaques directement conduites par les forces nationales ou s'ils s'étendent à certaines formes de soutien apporté à des acteurs extérieurs.

Cette distinction pourrait devenir l'un des principaux points de blocage d'une future négociation.

De la consultation diplomatique à la prévention opérationnelle des conflits

La véritable mesure d'une architecture de sécurité ne réside pas dans le nombre de réunions organisées, mais dans sa capacité à modifier le comportement des acteurs pendant une crise.

Les États peuvent multiplier les déclarations favorables à la paix tout en conservant des doctrines militaires, des dispositifs de mobilisation et des objectifs stratégiques incompatibles.

Pour produire des résultats durables, un mécanisme de consultation devrait progressivement acquérir plusieurs fonctions.

La première serait la communication permanente.

Des canaux directs entre autorités militaires et politiques permettraient de transmettre rapidement des informations lors d'un incident maritime, aérien ou frontalier.

La deuxième serait la prévention des erreurs d'interprétation.

Certaines activités militaires peuvent être perçues comme préparatoires à une attaque alors qu'elles répondent à d'autres objectifs. Des procédures de notification pourraient réduire ces risques.

La troisième serait la gestion coordonnée des crises.

Lorsqu'un incident survient, les États concernés devraient pouvoir engager des consultations avant que les décisions militaires ne deviennent irréversibles.

La quatrième serait la protection des infrastructures critiques.

Les installations pétrolières, les ports, les réseaux électriques, les câbles de télécommunications et les systèmes d'approvisionnement en eau représentent des actifs dont la destruction pourrait produire des conséquences dépassant largement les objectifs militaires immédiats.

Enfin, un dispositif régional pourrait prévoir des procédures d'enquête et de règlement des différends.

Ces mécanismes nécessiteraient une volonté politique soutenue et des engagements réciproques.

Ils impliqueraient également de traiter une difficulté centrale : certains États pourraient considérer la transparence militaire comme une vulnérabilité plutôt que comme une garantie de sécurité.

L'institutionnalisation du dialogue dépendrait donc de la capacité des participants à établir un minimum de confiance, sans exiger au préalable la résolution de tous leurs différends.

L'enjeu économique : la sécurité devient une condition de compétitivité

La transformation des stratégies de sécurité au Moyen-Orient doit également être replacée dans le contexte des mutations économiques de la région.

Les monarchies du Golfe cherchent à renforcer leur position dans les chaînes de valeur mondiales.

Elles investissent dans les infrastructures logistiques, l'industrie, les technologies numériques, l'intelligence artificielle, les centres de données, le tourisme et les services financiers.

Ces secteurs présentent une caractéristique commune : leur développement repose sur la continuité des opérations.

Une installation pétrolière peut parfois être réparée après une attaque. Mais une perception durable d'instabilité peut affecter pendant plusieurs années les décisions des investisseurs, les conditions d'assurance et la localisation des activités économiques.

La sécurité devient ainsi un élément de compétitivité territoriale.

Les États capables de garantir un environnement relativement prévisible peuvent attirer davantage de capitaux et développer des infrastructures à longue durée de vie.

À l'inverse, une région confrontée à des perturbations militaires répétées risque de supporter une prime de risque structurelle.

Cette logique concerne également les pays importateurs d'énergie.

Les économies asiatiques, notamment la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud, possèdent des intérêts majeurs dans la stabilité des routes maritimes du Golfe.

Les conséquences d'une crise ne s'arrêtent donc pas aux frontières du Moyen-Orient.

Elles se répercutent sur les coûts de production, les échanges internationaux et les décisions monétaires et budgétaires de nombreux pays.

Une architecture régionale de sécurité pourrait ainsi produire des bénéfices économiques au-delà de ses participants directs.

Mais ces bénéfices resteraient conditionnés à l'efficacité réelle des engagements conclus.

Une nouvelle diplomatie régionale, mais pas encore un nouvel ordre sécuritaire

La réunion quadripartite du 26 octobre à Téhéran se serait achevée sur un engagement à poursuivre les consultations entre l'Iran, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.

Les éléments communiqués ne permettent pas d'établir la création d'une institution permanente, d'un commandement militaire conjoint ou d'un traité de sécurité collective réunissant les quatre pays.

Cette précision est essentielle pour apprécier la portée des développements actuels.

Trois dynamiques distinctes coexistent désormais.

D'une part, certains États renforcent leurs engagements de défense mutuelle, comme l'illustrent les dispositions annoncées du pacte de La Mecque.

D'autre part, des puissances rivales rétablissent ou développent des canaux de consultation afin de réduire les risques d'affrontement.

Enfin, des acteurs diplomatiques comme Oman proposent des cadres de non-agression plus inclusifs, susceptibles de réunir des États qui ne partagent ni les mêmes alliances ni les mêmes perceptions des menaces.

Ces démarches peuvent se compléter, mais elles peuvent aussi entrer en contradiction.

Un pacte de défense peut renforcer la dissuasion tout en augmentant le risque d'élargissement d'un conflit. Un accord de non-agression peut faciliter la désescalade sans offrir de garanties suffisantes contre les violations.

La construction d'une architecture régionale exigerait donc de concilier deux impératifs : préserver la capacité des États à assurer leur défense et réduire la probabilité que cette défense débouche sur une confrontation générale.

La question de la participation d'Israël constituerait également un enjeu majeur pour toute architecture prétendant couvrir l'ensemble du Moyen-Orient. Les propositions actuellement examinées concernent principalement le Golfe et certains partenaires régionaux, sans constituer un dispositif de sécurité inclusif à l'échelle de toute la région.

La puissance militaire ne suffit plus à garantir la sécurité

Les initiatives diplomatiques d'octobre 2026 révèlent une évolution dans la manière dont plusieurs puissances du Moyen-Orient abordent leur sécurité.

La dissuasion militaire demeure centrale. Les alliances extérieures restent importantes. Les rivalités géopolitiques et les conflits armés continuent de structurer les rapports de force.

Mais les gouvernements concernés semblent également reconnaître que l'accumulation de capacités militaires ne garantit pas, à elle seule, la maîtrise des crises.

L'interdépendance énergétique, financière, industrielle et logistique transforme les conséquences d'une confrontation.

Un conflit peut affecter simultanément les capacités militaires d'un État, ses recettes d'exportation, ses investissements, ses infrastructures et ses relations commerciales.

Dans ce contexte, la consultation devient elle-même un instrument de puissance.

Elle permet de préserver des marges de manœuvre, d'éviter certaines erreurs de calcul et de maintenir des possibilités de négociation lorsque les tensions s'intensifient.

Le Moyen-Orient n'a pas encore construit de système de sécurité collective comparable à une organisation régionale intégrée.

Les discussions de Téhéran, le pacte de La Mecque et les propositions omanaises ne constituent pas les éléments d'un accord unique. Ils représentent des réponses différentes à une même difficulté : comment organiser la sécurité dans une région où les puissances sont fortement interdépendantes, mais profondément divisées ?

La transformation décisive ne sera pas nécessairement la disparition des rivalités.

Elle pourrait résider dans la création de mécanismes permettant aux États de les gérer sans recourir systématiquement à la confrontation militaire.

L'enjeu stratégique dépasse ainsi la prévention d'une nouvelle guerre. Il concerne la capacité des puissances régionales à transformer leur interdépendance en un système de sécurité suffisamment crédible pour résister aux crises futures.