Dans un ministère des Finances d'un pays à faible revenu, la soutenabilité de la dette ne se résume plus depuis longtemps à une colonne de chiffres indiquant ce qui doit être remboursé à l'étranger. Il faut refinancer des obligations détenues par des banques locales, préserver des fonds pour construire des routes ou des centrales, absorber une hausse des taux, parfois réparer les dégâts d'une sécheresse ou d'une inondation. Et chaque nouvel emprunt rapproche un peu plus une question de développement d'une question de solvabilité.

À plusieurs milliers de kilomètres de là, à Washington, cette frontière est en partie dessinée par un modèle.

Le 21 septembre 2026, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont approuvé une refonte de leur Cadre conjoint de viabilité de la dette pour les pays à faible revenu. L'instrument est peu connu en dehors des ministères, des institutions financières et des marchés de dette souveraine. Il joue pourtant un rôle considérable. Il sert à déterminer les vulnérabilités d'un État, à apprécier sa capacité d'endettement et à orienter les décisions de financement des deux institutions. Ses analyses sont également utilisées par des gouvernements et des créanciers pour apprécier le risque souverain.

La réforme doit devenir opérationnelle au second semestre 2027. Elle constitue la modification la plus importante du dispositif depuis la précédente grande révision de 2017.

Ce qui change n'est pourtant pas seulement le modèle.

C'est le monde que le modèle essaie de mesurer.

Un cadre construit pour une autre dette

Lorsque le dispositif actuel a été conçu, la dette des économies les plus pauvres était encore largement appréhendée à travers une relation relativement familière : des États aux marchés financiers peu développés empruntaient principalement auprès de gouvernements, d'institutions multilatérales ou d'autres créanciers extérieurs, souvent à des conditions concessionnelles.

Cette architecture n'a pas disparu. Mais elle n'est plus suffisante pour décrire ce qui se trouve désormais dans les bilans souverains.

Les sources de financement se sont multipliées. Certains États ont accédé aux marchés internationaux. D'autres ont davantage emprunté auprès de leurs propres banques, fonds de pension et investisseurs institutionnels. Les financements commerciaux ont pris davantage de place, tandis que les entreprises publiques, les garanties et différentes formes d'engagements contingents ont rendu plus difficile la mesure de l'exposition réelle de l'État.

Le FMI et la Banque mondiale reconnaissent eux-mêmes cette transformation. Leur révision intervient dans un environnement caractérisé par des vulnérabilités d'endettement élevées, une composition plus diversifiée des créanciers et un recours accru aux financements domestiques comme extérieurs à des conditions commerciales.

La dette n'a donc pas seulement augmenté. Elle a changé de géographie.

Et cette évolution modifie profondément la nature d'une crise souveraine.

Quand le créancier se trouve à l'intérieur

Une restructuration de dette extérieure peut imposer des pertes à des banques internationales, des fonds ou des États créanciers. Une restructuration de dette intérieure produit une mécanique différente : ceux qui détiennent les titres peuvent être les mêmes institutions qui conservent les dépôts des ménages, financent les entreprises et assurent une partie de l'épargne nationale.

Réduire le poids de la dette publique peut alors fragiliser ceux qui financent l'économie.

C'est l'une des raisons pour lesquelles la dette intérieure prend une place beaucoup plus importante dans le nouveau cadre. Le FMI et la Banque mondiale veulent analyser plus systématiquement les risques qu'elle fait peser sur la soutenabilité souveraine et sur le système financier domestique.

La distinction est essentielle.

Un État peut sembler relativement protégé d'un choc extérieur parce qu'une grande partie de sa dette est libellée dans sa propre monnaie et détenue dans son pays. Mais cette apparente protection peut simplement avoir déplacé le risque. Si les banques nationales accumulent les obligations souveraines, les finances publiques et le système bancaire deviennent plus étroitement liés. Une crise de l'État détériore les bilans bancaires ; un système bancaire affaibli réduit à son tour la capacité de l'économie à financer l'État.

La frontière entre crise souveraine et crise financière devient alors beaucoup moins nette.

Le nouveau dispositif tente de mieux voir cette zone intermédiaire.

Mesurer ce que l'État doit vraiment

Une autre difficulté apparaît avant même de déterminer si une dette est soutenable : savoir exactement ce qui constitue cette dette.

La comptabilité souveraine ne s'arrête pas nécessairement aux obligations émises par le Trésor. Une entreprise publique peut emprunter en supposant qu'en cas de difficulté l'État interviendra. Un gouvernement peut garantir un financement sans décaisser immédiatement un centime. Certains engagements peuvent rester longtemps hors du périmètre budgétaire avant de réapparaître brutalement dans les comptes publics.

Le cadre révisé doit donc élargir l'attention portée aux entreprises publiques, aux garanties et aux engagements insuffisamment documentés.

Cette évolution paraît technique. Elle touche pourtant au cœur de la mesure du risque souverain.

Une dette publique peut sembler maîtrisée jusqu'au moment où des engagements qui n'apparaissaient pas clairement dans les comptes deviennent des obligations effectives. L'histoire récente des crises de dette a montré à plusieurs reprises que la différence entre dette déclarée et exposition réelle pouvait devenir considérable précisément au moment où un pays disposait du moins de marge pour l'absorber.

La réforme introduit ainsi un indicateur destiné à apprécier la confiance que l'on peut accorder aux données utilisées. Elle renforce également les tests de réalisme et les scénarios de résistance afin de confronter davantage les trajectoires budgétaires annoncées à ce qu'une économie peut effectivement supporter.

Mais cette volonté de mieux mesurer la dette conduit à une question plus difficile encore : mesurer la dette suffit-il lorsque les besoins futurs diffèrent radicalement d'un pays à l'autre ?

Tout ce qu'il reste à construire

Pour de nombreuses économies à faible revenu, l'équation budgétaire possède une particularité que les ratios de dette capturent imparfaitement : une grande partie du capital dont les économies développées disposent déjà reste à construire.

Réseaux électriques, routes, ports, systèmes d'irrigation, hôpitaux, écoles, infrastructures numériques doivent être financés alors même que les coûts de refinancement augmentent. À ces besoins s'ajoutent désormais ceux liés à l'adaptation climatique.

La contradiction est profonde.

Limiter l'endettement peut protéger un État contre une future crise financière. Mais réduire excessivement l'investissement peut également affaiblir la croissance qui lui permettrait précisément de supporter cette dette.

Le cadre révisé introduira pour cette raison une analyse de plus long terme destinée notamment à mieux apprécier les conséquences des besoins de développement et d'adaptation climatique sur la dette publique. Il ne s'agit pas de considérer automatiquement qu'une dette contractée pour une infrastructure est soutenable. Une centrale inutile reste une dette ; une route qui ne produit pas les gains économiques attendus doit toujours être remboursée.

La question devient plus subtile : combien un pays peut-il investir aujourd'hui sans compromettre sa capacité à financer demain ce qu'il lui reste encore à construire ?

Cette interrogation déplace progressivement la notion même de soutenabilité.

La frontière n'est pas un chiffre

Depuis sa création en 2005, le cadre conjoint du FMI et de la Banque mondiale cherche à résoudre un problème difficile : transformer des trajectoires économiques incertaines en catégories suffisamment lisibles pour guider des décisions financières.

Le système combine capacité d'endettement, indicateurs de dette, seuils, projections, scénarios de stress et jugement des équipes. Les analyses qui en résultent peuvent classer un pays selon son niveau de risque de surendettement ou conclure que sa dette est devenue insoutenable.

Ces mots ont des conséquences.

Ils influencent la manière dont le FMI et la Banque mondiale prêtent. Ils peuvent affecter les conditions auxquelles un gouvernement est autorisé ou encouragé à contracter de nouvelles dettes. Ils sont lus par d'autres créanciers qui doivent décider s'ils continueront à financer le pays. Et lorsque la situation se détériore suffisamment, l'évaluation de soutenabilité devient une pièce essentielle de la discussion sur une éventuelle restructuration.

La réforme cherche désormais à distinguer plus précisément plusieurs formes de vulnérabilité et à mieux individualiser l'analyse des économies. Le taux d'actualisation harmonisé utilisé par les deux institutions restera, lui, fixé à 5 %.

Mais plus la mesure devient précise, plus une autre question apparaît : qui peut vérifier la frontière qu'elle dessine ?

Le paradoxe de la précision

Une partie des paramètres du nouveau dispositif ne sera pas immédiatement publique.

Les seuils de probabilité utilisés pour alimenter le signal mécanique d'insoutenabilité doivent, au moins dans un premier temps, rester confidentiels, de même que certains éléments de ce signal dans les analyses nationales. La majorité des administrateurs du FMI a accepté cette solution pendant la transition vers le nouveau cadre.

Il existe des arguments techniques pour éviter qu'un indicateur mécanique soit interprété comme un verdict autonome. Une analyse de soutenabilité n'est pas un algorithme capable de prédire précisément une crise. Les projections dépendent d'hypothèses sur la croissance, les taux d'intérêt, les recettes publiques, les taux de change et de nombreux événements qui restent incertains.

Mais le choix crée une tension.

Les institutions veulent produire une évaluation plus fine, mieux adaptée aux particularités de chaque économie, tout en conservant temporairement hors du domaine public certains paramètres qui contribuent à cette évaluation. Gouvernements, créanciers, chercheurs et société civile pourront observer le résultat sans nécessairement pouvoir reconstruire entièrement le chemin quantitatif qui y conduit.

La sophistication améliore potentiellement le diagnostic. Elle peut aussi rendre celui-ci plus difficile à reproduire.

Cette question prendra toute son importance lorsque le nouveau cadre entrera en vigueur en 2027. C'est alors que l'on pourra observer quels pays changent de catégorie, comment la dette intérieure modifie les diagnostics et si l'intégration des besoins de développement crée réellement davantage de différenciation entre des économies jusque-là évaluées à travers des seuils plus uniformes.

Car derrière les modèles se trouve une décision beaucoup plus concrète.

Un pays à faible revenu doit parfois emprunter parce qu'il a trop de dette. Il doit aussi parfois emprunter parce qu'il n'a pas encore suffisamment de routes, d'électricité, d'eau, de logements ou de protections contre un climat qui change. Entre ces deux réalités se trouve une frontière que les économistes appellent soutenabilité.

À partir de 2027, le FMI et la Banque mondiale la traceront autrement.

Et pour des dizaines d'États, déplacer cette ligne de quelques centimètres sur un modèle pourra déplacer des milliards dans le monde réel.

Sources principales

Fonds monétaire international — 2026 Review of IMF and World Bank Debt Sustainability Framework for Low Income Countries ; documents de consultation et documentation technique de la réforme.

Banque mondiale — 2026 Review of IMF and WBG Debt Sustainability Framework for Low Income Countries ; documentation du Debt Sustainability Framework et des Debt Sustainability Analyses.

FMI — Macroeconomic Developments and Prospects in Low-Income Countries — 2026.

FMI — déclaration de la directrice générale à l'issue de la réunion des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G20, 1er septembre 2026.

Reuters — couverture de l'approbation de la réforme par les conseils du FMI et de la Banque mondiale, 21 septembre 2026.