Les Israéliens ont voté, mais le pouvoir reste à construire. Au terme des élections législatives du 27 octobre 2026, Benjamin Netanyahu conserve la direction du premier parti du pays, tandis que ses adversaires disposent, avec les formations arabes, d'un nombre de sièges suffisant pour envisager une alternative parlementaire. Pourtant, aucune majorité gouvernementale ne se dessine clairement. Le scrutin a sanctionné l'équilibre politique sortant sans résoudre la question de sa succession.

Cette contradiction résume une grande partie de la situation israélienne. Après plusieurs années marquées par les attaques du 7 octobre 2023, les guerres à Gaza et au Liban, les confrontations régionales, les mobilisations sociales et les controverses institutionnelles, les électeurs ont profondément modifié la composition de la Knesset. Mais les divisions qui traversent la société israélienne continuent de limiter les possibilités de coalition.

La nouvelle législature s'ouvre ainsi sur une question plus fondamentale que le maintien ou le départ de Benjamin Netanyahu : Israël peut-il produire une majorité politique capable de gouverner durablement sans résoudre les contradictions qui fragmentent son système partisan ?

Un scrutin qui ne désigne pas de majorité

Les résultats du 27 octobre donnent 27 sièges au Likud de Benjamin Netanyahu, qui demeure la première formation de la Knesset. Le parti Yashar de Gadi Eisenkot arrive en deuxième position avec 21 sièges, devant B'Yachad, la formation conduite par Naftali Bennett, qui en obtient 12.

Les autres sièges se répartissent entre la Liste commune, avec 11 élus, les Démocrates et Ra'am, avec 8 sièges chacun, puis Yisrael Beiteinu, Judaïsme unifié de la Torah et Otzma Yehudit, avec 7 sièges chacun. Le Shas et le Sionisme religieux obtiennent chacun 6 représentants.

Au total, le bloc des formations soutenant Netanyahu rassemble 53 sièges, contre 48 pour les partis de l'opposition juive organisés autour d'Eisenkot. Les deux principales formations représentant l'électorat arabe israélien disposent ensemble de 19 sièges.

Dans une assemblée de 120 députés, la majorité absolue se situe à 61 sièges. Aucun des deux blocs gouvernementaux déclarés n'atteint ce seuil.

La participation, proche de 78 %, constitue un autre élément significatif du scrutin. Elle traduit une forte mobilisation électorale dans une société profondément traversée par les débats sur la sécurité nationale, la responsabilité des dirigeants et l'avenir des institutions.

Ces résultats, publiés par la Commission électorale centrale le 30 octobre, doivent encore suivre les dernières procédures de vérification avant leur transmission au président Isaac Herzog, prévue le 4 novembre.

La fragmentation parlementaire n'est pas nouvelle en Israël. Le système proportionnel national, assorti d'un seuil électoral de 3,25 %, favorise la représentation de sensibilités politiques, religieuses et communautaires diverses. Depuis plusieurs décennies, aucun grand parti ne peut raisonnablement envisager de gouverner seul.

Mais le scrutin de 2026 introduit une difficulté supplémentaire. Il ne s'agit plus seulement de réunir plusieurs partis autour d'un programme commun. Il faut également surmonter des incompatibilités politiques qui se sont durcies au cours des années de guerre et de confrontation institutionnelle.

Netanyahu : le premier parti, mais une coalition affaiblie

Benjamin Netanyahu conserve une position importante dans le système politique israélien. Son parti reste le premier du pays, et son bloc demeure plus important que celui constitué autour de Gadi Eisenkot si l'on considère uniquement les alliances gouvernementales déclarées.

Pourtant, le résultat constitue un recul parlementaire considérable pour la coalition sortante. Les formations qui disposaient ensemble de 68 sièges dans la précédente Knesset n'en détiennent plus que 53.

La différence est politiquement décisive. Netanyahu ne peut plus s'appuyer sur une majorité préexistante pour poursuivre son gouvernement. Il doit convaincre de nouveaux partenaires ou obtenir des formes de soutien qui dépassent les alliances traditionnelles.

La difficulté tient à la composition même de son bloc. Le Likud gouvernait avec des formations ultraorthodoxes et des partis nationalistes situés à sa droite, notamment Otzma Yehudit d'Itamar Ben-Gvir et le Sionisme religieux de Bezalel Smotrich. Ces partenaires ont défendu des positions particulièrement affirmées sur la sécurité, les territoires palestiniens, les questions religieuses et l'organisation institutionnelle de l'État.

L'élargissement de cette coalition supposerait donc des compromis sur des sujets qui ont précisément contribué à polariser le débat politique.

Le 2 novembre, Netanyahu a proposé la constitution d'un gouvernement national élargi sous sa direction. Cette ouverture ne signifie cependant pas que ses adversaires soient disposés à rejoindre un tel arrangement. Plusieurs formations de l'opposition ont explicitement refusé de participer à un gouvernement qu'il continuerait de diriger.

À cette difficulté parlementaire s'ajoutent les controverses autour de la régularité du scrutin. Netanyahu et certains de ses alliés ont soulevé des accusations d'irrégularités et d'ingérence. La Commission électorale centrale a toutefois indiqué que les élections s'étaient déroulées légalement et qu'aucun élément ne permettait, à ce stade, d'établir une atteinte systématique à l'intégrité du vote.

Il convient de distinguer les allégations politiques, les vérifications engagées par les autorités et les faits effectivement établis.

Le Premier ministre demeure en fonction pendant la transition. Mais son maintien à la tête de l'exécutif ne préjuge pas de sa capacité à former le prochain gouvernement.

Eisenkot : une alternative confrontée à ses propres contradictions

La progression de Gadi Eisenkot constitue l'une des évolutions majeures de cette élection.

Ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, il s'est imposé à la tête de Yashar comme une figure centrale de l'opposition. Son positionnement repose notamment sur les questions de sécurité, de responsabilité gouvernementale et de réforme des institutions.

Cette trajectoire présente une particularité importante. Eisenkot ne représente pas une rupture générale avec les grandes orientations sécuritaires de l'État israélien. Il propose plutôt une autre manière de conduire les affaires publiques, de répartir les responsabilités et de rétablir la confiance entre le gouvernement, l'armée et les institutions.

Sa difficulté principale réside dans la diversité des formations susceptibles de soutenir son accession au pouvoir.

L'opposition comprend des courants centristes, libéraux, sociaux-démocrates et nationalistes. Elle rassemble des responsables qui partagent leur volonté de remplacer Netanyahu, mais dont les positions divergent sur les questions religieuses, la politique palestinienne, les relations entre les institutions et la place des citoyens arabes dans le système politique.

Naftali Bennett, lui-même ancien Premier ministre, a exprimé son soutien à une démarche de formation gouvernementale conduite par Eisenkot. Mais une telle convergence ne suffit pas à constituer une majorité.

Les 48 sièges du bloc d'opposition restent inférieurs de 13 unités au seuil nécessaire. Même une entente complète entre ces partis ne permettrait donc pas, à elle seule, de former un gouvernement majoritaire.

La question devient alors celle des 19 députés des formations arabes.

Le poids nouveau des partis arabes

Le résultat des partis arabes constitue l'un des changements les plus importants du scrutin.

La Liste commune obtient 11 sièges et Ra'am, conduite par Mansour Abbas, en remporte 8. Ensemble, ces formations disposent de 19 élus, un niveau historique dans la représentation parlementaire des citoyens arabes d'Israël.

Leur progression modifie les rapports de force à la Knesset. Additionnés aux 48 sièges de l'opposition juive, leurs mandats portent à 67 le nombre de députés appartenant à des formations qui ne soutiennent pas le bloc Netanyahu.

Cette majorité arithmétique ne constitue pourtant pas une coalition politique.

Les différences entre les formations arabes elles-mêmes, les positions de leurs dirigeants sur la question palestinienne et les refus exprimés par plusieurs responsables de l'opposition juive limitent les possibilités d'accord.

Avigdor Lieberman, notamment, s'oppose à une formule gouvernementale qui dépendrait du soutien des partis arabes. Cette position illustre les tensions entre la volonté de remplacer Netanyahu et les conceptions divergentes de l'identité politique de l'État.

L'expérience gouvernementale précédente montre néanmoins que la participation ou le soutien d'une formation arabe ne constitue plus une hypothèse purement théorique. Ra'am avait participé à la coalition conduite par Naftali Bennett et Yair Lapid en 2021.

Le contexte de 2026 est cependant différent. Les conséquences de la guerre à Gaza, les tensions entre communautés et les débats sur la citoyenneté ont profondément transformé les conditions politiques dans lesquelles une telle coopération pourrait être envisagée.

La représentation arabe occupe ainsi une place paradoxale : elle est numériquement déterminante, mais son intégration dans les mécanismes de formation gouvernementale demeure contestée.

Au-delà des négociations immédiates, cette situation pose une question durable sur le fonctionnement de la démocratie parlementaire israélienne et sur la place des citoyens arabes dans les équilibres nationaux.

Le 7 octobre et les guerres régionales au cœur du débat

Le scrutin ne peut être compris indépendamment des événements qui ont bouleversé Israël depuis octobre 2023.

Les attaques du Hamas du 7 octobre, la guerre menée ensuite dans la bande de Gaza, les affrontements avec le Hezbollah au Liban et les tensions militaires avec l'Iran ont placé les questions de sécurité au centre de la vie politique.

Ces événements ont également soulevé des interrogations sur les responsabilités des autorités politiques et militaires, les défaillances du renseignement, les choix stratégiques du gouvernement et les conséquences humaines des opérations militaires.

Les opposants à Netanyahu réclament notamment une enquête approfondie sur les défaillances ayant précédé les attaques du 7 octobre. Ses partisans mettent davantage l'accent sur les décisions prises pendant les conflits et sur la nécessité de préserver une ligne sécuritaire ferme.

Ces lectures concurrentes influencent les négociations de coalition.

Pour Eisenkot, ancien responsable militaire, la crédibilité en matière de sécurité constitue un élément central de son positionnement. Il cherche à démontrer qu'une alternance gouvernementale ne signifierait pas un affaiblissement de la posture stratégique israélienne.

Cette dimension explique aussi pourquoi un éventuel changement de Premier ministre ne permettrait pas, à lui seul, de déduire une transformation radicale de la politique extérieure du pays.

Les divergences entre responsables israéliens portent souvent autant sur les méthodes, les responsabilités et les priorités que sur les objectifs fondamentaux de sécurité.

La question palestinienne demeure néanmoins un point de fracture majeur. L'avenir de Gaza, la gouvernance du territoire, la situation en Cisjordanie, les colonies israéliennes et les perspectives d'un règlement politique continuent de diviser les partis, tandis que les positions de plusieurs formations limitent les possibilités d'une relance rapide du processus de paix.

Les conséquences de ces orientations dépassent Israël. Elles concernent directement les Palestiniens, les États voisins, les partenaires occidentaux et les équilibres diplomatiques régionaux.

L'État, la justice et la question religieuse

Les guerres régionales ont parfois relégué au second plan des conflits institutionnels qui n'ont pourtant pas disparu.

Avant le 7 octobre 2023, les projets de réforme judiciaire défendus par le gouvernement Netanyahu avaient provoqué des mobilisations considérables. Les débats portaient notamment sur les pouvoirs de la Cour suprême, le contrôle juridictionnel des décisions gouvernementales et l'équilibre entre les différentes institutions.

Ces controverses continuent de structurer les rapports entre les formations politiques.

Le procès pour corruption de Netanyahu constitue un autre élément de ce contexte institutionnel. Les procédures judiciaires engagées contre lui, dans lesquelles il conteste les accusations, entretiennent des désaccords sur les rapports entre responsabilité politique, fonctionnement de la justice et exercice du pouvoir.

À ces tensions s'ajoute la question du service militaire des hommes ultraorthodoxes.

Dans un pays où la conscription occupe une place majeure dans l'organisation sociale et sécuritaire, les exemptions accordées à certaines catégories de population sont devenues particulièrement controversées.

Les partis ultraorthodoxes souhaitent préserver des arrangements spécifiques liés à l'étude religieuse. Plusieurs formations d'opposition réclament au contraire une répartition plus générale des obligations militaires ou civiles.

Le sujet dépasse la seule question religieuse. Il touche à la répartition des charges collectives, aux besoins en personnel de l'armée, aux finances publiques et à la conception de l'égalité devant les obligations nationales.

Pour une future coalition, il pourrait devenir aussi déterminant que les désaccords sur Gaza ou les réformes judiciaires.

Un gouvernement qui parviendrait à réunir une majorité sur la seule question du départ de Netanyahu pourrait rapidement se heurter à ces contradictions une fois confronté aux décisions concrètes.

Une économie confrontée aux coûts de l'incertitude

Les conséquences économiques des élections méritent également d'être prises en compte.

L'économie israélienne dispose d'atouts structurels importants, notamment dans les technologies avancées, les logiciels, la cybersécurité, les services à forte valeur ajoutée et certaines industries de défense. Elle bénéficie aussi de relations financières et commerciales internationales étendues.

Mais les années de conflit ont accentué plusieurs contraintes : dépenses militaires élevées, mobilisation prolongée de réservistes, perturbations sectorielles, pressions budgétaires et incertitudes sur l'investissement.

Dans ce contexte, la formation du prochain gouvernement déterminera une partie des arbitrages économiques à venir.

Les choix budgétaires devront concilier les dépenses de sécurité, les besoins de reconstruction, les engagements sociaux et la soutenabilité des finances publiques. Les débats sur la conscription pourraient également avoir des conséquences sur l'activité économique et la participation au marché du travail.

La fragmentation parlementaire complique ces arbitrages. Les partenaires d'une coalition peuvent conditionner leur soutien à des engagements budgétaires particuliers, notamment dans les domaines de l'éducation religieuse, des transferts sociaux ou des infrastructures.

Il serait toutefois excessif de déduire des seuls résultats électoraux une dégradation économique déterminée. Les effets dépendront de la durée des négociations, des politiques effectivement adoptées et, surtout, de l'évolution de l'environnement sécuritaire.

L'enjeu principal est celui de la visibilité institutionnelle. Une coalition durable peut faciliter les décisions budgétaires et les engagements de long terme, tandis qu'une succession de gouvernements fragiles peut compliquer leur mise en œuvre.

Washington et les équilibres régionaux

La formation du prochain gouvernement israélien sera également suivie de près par les États-Unis.

La relation entre Washington et Israël repose sur des dimensions militaires, technologiques, diplomatiques et politiques qui dépassent les personnalités des dirigeants. Elle demeure un élément structurant de la sécurité régionale.

Cependant, la composition de la coalition peut influer sur la gestion des différends bilatéraux, la conduite des opérations militaires, les négociations relatives à Gaza et les perspectives de normalisation avec certains États arabes.

Pour les pays du Golfe, l'Égypte et la Jordanie, les choix du futur gouvernement israélien auront des conséquences directes sur les questions de sécurité, de frontières, de médiation et de stabilité régionale.

La question palestinienne reste particulièrement sensible dans ce cadre. Les relations diplomatiques existantes entre Israël et plusieurs pays arabes n'ont pas supprimé les divergences concernant les territoires palestiniens, le statut de Jérusalem et les conditions d'un règlement politique.

L'Iran constitue un autre facteur majeur. Quelle que soit la coalition issue du scrutin, les questions liées aux capacités militaires iraniennes, aux réseaux régionaux alliés à Téhéran et aux risques d'escalade continueront de peser sur la doctrine sécuritaire israélienne.

L'élection peut donc modifier les interlocuteurs et les modalités de la diplomatie israélienne sans nécessairement transformer l'ensemble des contraintes stratégiques auxquelles le pays est confronté.

La formation du gouvernement : une procédure encore ouverte

La prochaine étape institutionnelle sera la transmission des résultats au président Isaac Herzog, prévue le 4 novembre, puis l'ouverture des consultations avec les représentants des partis élus.

Le président devra désigner un parlementaire chargé de tenter de former le prochain gouvernement. Ce choix ne dépend pas automatiquement du classement des partis : il repose notamment sur les recommandations des formations parlementaires et sur les possibilités de constitution d'une coalition.

Le candidat désigné disposera initialement de 28 jours, avec une prolongation possible de 14 jours.

Si cette tentative échoue, d'autres procédures pourront être engagées conformément aux règles institutionnelles israéliennes. L'échec de l'ensemble du processus pourrait conduire à de nouvelles élections.

L'installation de la 26e Knesset est prévue le 10 novembre.

Pendant cette période, Netanyahu continue d'exercer les fonctions de Premier ministre à titre transitoire. La durée de cette situation dépendra de la capacité des partis à conclure un accord parlementaire.

Le calendrier politique pourrait ainsi s'étendre sur plusieurs semaines, voire davantage si les premières négociations échouent.

Les scénarios de sortie de crise

Quatre configurations principales permettent de comprendre les possibilités institutionnelles ouvertes par le scrutin.

La première serait la constitution d'un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot. Une telle formule nécessiterait une entente entre les formations de l'opposition et une solution à la question du soutien des partis arabes. Elle pourrait prendre la forme d'une coalition élargie ou d'arrangements parlementaires plus limités. Les désaccords sur la sécurité, la conscription et l'identité de l'État constitueraient toutefois des obstacles importants.

La deuxième configuration serait le maintien de Netanyahu à la tête d'une coalition élargie. Cette solution supposerait le ralliement de formations qui ont jusqu'à présent refusé de gouverner sous sa direction, ou une modification des accords entre partis. Elle exigerait également des compromis entre des partenaires aux positions parfois difficilement conciliables.

La troisième possibilité serait un gouvernement minoritaire bénéficiant de soutiens parlementaires variables. Un tel arrangement pourrait permettre certaines décisions sans garantir une majorité stable sur l'ensemble du programme gouvernemental. Sa continuité dépendrait des votes de confiance, des textes budgétaires et des compromis négociés au cas par cas.

Enfin, l'impossibilité de former un gouvernement pourrait déboucher sur une nouvelle dissolution et un retour aux urnes en 2027. Cette perspective s'inscrirait dans la continuité de l'instabilité électorale observée depuis 2019, sans constituer à ce stade une issue certaine.

Aucun de ces scénarios ne peut être considéré comme acquis au 2 novembre. Leur réalisation dépendra des décisions prises par les dirigeants des partis et des engagements qu'ils accepteront de formaliser au cours des prochaines semaines.

Conclusion — Le pouvoir au-delà des urnes

Les élections du 27 octobre 2026 ont profondément modifié les équilibres parlementaires israéliens sans produire de solution gouvernementale immédiate.

Benjamin Netanyahu conserve le premier parti de la Knesset, mais ne dispose plus de la majorité qui soutenait son gouvernement. Gadi Eisenkot incarne une alternative parlementaire structurée, mais ses alliés ne réunissent pas seuls les sièges nécessaires pour gouverner. Les formations arabes détiennent un poids inédit, alors même que leur participation aux arrangements gouvernementaux demeure l'un des sujets les plus controversés du débat politique.

La situation ne se résume donc pas à une compétition entre deux dirigeants. Elle révèle les limites d'un système dans lequel les majorités arithmétiques ne correspondent pas nécessairement à des majorités politiques.

Les prochaines semaines permettront d'observer si les partis peuvent dépasser leurs refus réciproques pour conclure un accord, ou si les divergences sur la sécurité, la justice, la religion et la représentation politique empêchent une nouvelle fois la formation d'un gouvernement durable.

Les perspectives de politique étrangère dépendront également de ces compromis. Un changement de coalition pourrait modifier les méthodes diplomatiques, les priorités institutionnelles et certains arbitrages régionaux, sans effacer les contraintes sécuritaires héritées des années précédentes.

À plus long terme, trois questions demeureront centrales : la capacité des institutions à fonctionner malgré la fragmentation partisane, la place des différentes composantes de la société dans la représentation politique, et les conditions d'une stratégie de sécurité compatible avec une stabilité régionale durable.

Le scrutin a redistribué le pouvoir de négociation. Il n'a pas encore redistribué le pouvoir de gouverner.

Israël entre ainsi dans une phase où l'enjeu ne sera pas seulement de réunir 61 députés, mais de déterminer ce qu'une telle majorité serait réellement capable de faire une fois constituée.


Sources principales

  • Commission électorale centrale israélienne — Résultats des élections législatives du 27 octobre 2026, publiés le 30 octobre.
  • Congressional Research Service — Israel: 2026 Elections and Government Formation, 30 octobre 2026.
  • Associated Press — Analyse des résultats et des possibilités de coalition, 28 octobre 2026.
  • Reuters — Situation gouvernementale et négociations après le scrutin, 28 octobre 2026.
  • The Times of Israel — Résultats détaillés, composition des blocs et calendrier parlementaire, 29–30 octobre 2026.
  • The Jerusalem Post — Déclarations des responsables politiques et négociations de coalition, 2 novembre 2026.
  • Al Jazeera — Procédure de formation du gouvernement et scénarios parlementaires, 1er novembre 2026.