En signant deux accords avec le Mali pour cartographier une grande partie de son territoire et développer un système national de gestion des informations minières, le groupe public russe Rosgeologiya s'engage dans une coopération qui dépasse la simple exploration des ressources naturelles. Au-delà de l'or, du lithium et des perspectives de nouveaux gisements, cette opération place la maîtrise des données géologiques au centre des relations économiques entre Moscou et Bamako. Elle soulève une question fondamentale : comment un État peut-il renforcer sa souveraineté sur ses ressources tout en confiant à un partenaire étranger la construction des instruments permettant de les connaître et de les administrer ?
Une coopération qui porte sur les fondements de l'industrie minière
Le 28 octobre 2026, à Moscou, le groupe public russe Rosgeologiya, spécialisé dans les études géologiques et l'exploration des ressources naturelles, a annoncé la signature de deux contrats avec le gouvernement malien.
Les documents ont été conclus par Zarubezhgeologia, sa structure chargée des projets internationaux, et le ministère malien des Mines, en marge du forum Russie–Afrique.
Ils ont été signés par Alexeï Dessiatkine, directeur général de Zarubezhgeologia, et Amadou Keïta, ministre malien des Mines.
Le premier contrat prévoit la réalisation d'une cartographie géologique numérique portant sur deux grandes zones représentant, ensemble, plus de la moitié du territoire malien.
Il s'agit plus précisément d'une cartographie cosmogéologique à moyenne échelle, destinée à identifier des secteurs présentant des perspectives favorables à l'exploration de ressources minérales.
Le second contrat concerne la création d'un système national d'information géologique et de gestion des activités minières.
Cette infrastructure doit permettre de centraliser les données relatives au sous-sol, de faciliter l'administration des licences et de renforcer les capacités de contrôle des activités extractives.
Le dispositif prévoit également la formation de spécialistes maliens.
Les deux projets répondent ainsi à des fonctions complémentaires : améliorer la connaissance des ressources potentielles et moderniser les instruments administratifs permettant d'en organiser l'exploitation.
Leur portée économique dépendra néanmoins de leur mise en œuvre effective.
Aucun montant contractuel, calendrier détaillé ou dispositif complet de gouvernance des données n'a été rendu public dans les annonces examinées.
La signature des contrats constitue donc une avancée formelle de la coopération russo-malienne, mais elle ne permet pas encore de mesurer les engagements financiers, les conditions techniques ni les résultats qui en découleront.
La connaissance du sous-sol, premier actif stratégique d'une économie minière
Dans l'industrie extractive, la valeur économique d'un territoire ne dépend pas uniquement des ressources qu'il contient.
Elle dépend également de la capacité à les identifier, à caractériser leur potentiel, à évaluer les incertitudes géologiques et à organiser les conditions de leur exploration.
Un gisement potentiel dont les caractéristiques restent inconnues ne présente pas les mêmes perspectives d'investissement qu'une zone documentée par des données géologiques fiables.
La cartographie constitue ainsi une infrastructure économique fondamentale.
Elle permet aux autorités publiques d'orienter les programmes d'exploration, de hiérarchiser les zones prioritaires et de disposer d'une base technique pour dialoguer avec les investisseurs.
Pour les entreprises minières, elle contribue à réduire une partie des incertitudes initiales, même si elle ne remplace ni les campagnes géophysiques approfondies, ni les forages, ni les études nécessaires à l'estimation des ressources et des réserves.
Pour les États, elle représente également un instrument de négociation.
Une administration disposant d'informations fiables sur son potentiel minéral peut mieux apprécier les propositions d'investissement, structurer les appels à concurrence et identifier les zones dont l'exploration mérite un financement public.
La connaissance géologique devient alors une composante de la souveraineté économique.
Cette dimension est particulièrement importante pour les pays dont les ressources naturelles occupent une place centrale dans les exportations et les recettes publiques.
Le Mali appartient précisément à cette catégorie.
Le Mali cherche à reprendre la maîtrise de sa richesse minière
Le Mali figure parmi les principaux producteurs d'or du continent africain.
L'industrie aurifère constitue depuis plusieurs décennies un pilier de son économie, de ses exportations et de ses recettes fiscales.
Selon les données présentées par le Fonds monétaire international dans son rapport d'avril 2025, le secteur minier représentait approximativement 10 % de la production économique nationale, plus de 80 % des exportations et environ un quart des recettes fiscales.
Ces proportions illustrent la dépendance structurelle du pays à l'égard des activités extractives.
Elles montrent également pourquoi les conditions de gouvernance de ce secteur occupent une place déterminante dans la stratégie économique de Bamako.
Le gouvernement malien a engagé ces dernières années une révision de son cadre minier afin d'accroître la participation nationale et les retombées budgétaires de l'exploitation des ressources.
Le Code minier de 2023 a notamment renforcé les possibilités de participation de l'État et des acteurs privés maliens dans les nouveaux projets.
Le dispositif prévoit une participation initiale de l'État de 10 %, la possibilité d'acquérir 20 % supplémentaires et une participation pouvant atteindre 5 % pour les investisseurs privés nationaux.
La participation cumulée des acteurs maliens peut ainsi atteindre 35 % dans les projets concernés, sous réserve des modalités juridiques applicables.
Cette évolution traduit une volonté politique de mieux capter la valeur créée par les ressources nationales.
Elle modifie également les conditions dans lesquelles les investisseurs étrangers doivent envisager leurs activités.
La souveraineté minière ne se limite toutefois pas à la détention de participations dans les sociétés exploitantes.
Elle suppose aussi la capacité de l'État à connaître son patrimoine géologique, à administrer les titres miniers, à contrôler les engagements des opérateurs et à disposer des compétences nécessaires pour évaluer les projets.
C'est précisément sur ce terrain que les nouveaux contrats conclus avec Rosgeologiya prennent leur importance.
Ils interviennent au croisement de deux ambitions : renforcer la capacité institutionnelle du Mali et approfondir sa coopération économique avec la Russie.
L'or, le lithium et la diversification du potentiel minéral
La domination historique de l'or dans l'économie minière malienne ne signifie pas que le potentiel du pays se limite à ce métal.
Le développement du lithium a notamment ouvert de nouvelles perspectives industrielles.
Cette ressource occupe une place importante dans les chaînes de valeur des batteries et du stockage de l'énergie, même si son attractivité économique dépend des prix internationaux, des coûts de production, des infrastructures et de l'évolution des technologies.
Le Mali cherche ainsi à diversifier sa base extractive tout en consolidant les revenus issus de l'exploitation aurifère.
Dans cette perspective, l'amélioration des connaissances géologiques pourrait contribuer à identifier de nouveaux secteurs d'exploration et à mieux documenter les ressources déjà connues.
Il serait cependant prématuré d'attribuer aux accords russo-maliens la découverte future de gisements particuliers.
Les zones géographiques exactes couvertes par les travaux n'ont pas été suffisamment détaillées dans les informations publiques disponibles pour établir une correspondance précise avec les principaux bassins aurifères ou les projets de lithium.
De même, une carte géologique à moyenne échelle ne permet pas, à elle seule, de démontrer l'existence de réserves commercialement exploitables.
Elle constitue une étape de connaissance et de présélection.
La transformation de cette information en projets industriels exige ensuite des investissements supplémentaires, des études techniques, des autorisations et des infrastructures adaptées.
L'intérêt de l'accord réside donc moins dans la promesse immédiate de nouvelles découvertes que dans la possibilité d'améliorer durablement la capacité du pays à organiser ses campagnes d'exploration.
Moscou étend son influence vers les infrastructures de connaissance
La coopération entre la Russie et le Mali s'est considérablement développée depuis les changements politiques intervenus à Bamako à partir de 2020.
Les relations bilatérales se sont notamment approfondies dans les domaines sécuritaire, militaire et énergétique.
Le rapprochement économique s'inscrit dans une réorientation plus large des partenariats internationaux du Mali, marquée par une prise de distance avec plusieurs partenaires occidentaux traditionnels.
Les nouveaux contrats géologiques illustrent une autre dimension de cette évolution.
La Russie ne se positionne pas uniquement comme fournisseur d'équipements, partenaire sécuritaire ou acteur potentiel de l'exploitation minière.
Elle intervient désormais dans la construction d'outils susceptibles d'influencer l'organisation même du secteur extractif.
Cette distinction est importante.
L'exploitation d'une mine constitue une activité industrielle localisée, généralement encadrée par un titre minier, un programme d'investissement et des obligations contractuelles.
La construction d'une infrastructure nationale de données peut, en revanche, avoir des effets beaucoup plus transversaux.
Elle peut concerner simultanément plusieurs substances minérales, différents territoires, de nombreux opérateurs et plusieurs administrations.
Si les systèmes développés deviennent des instruments centraux de gestion du secteur, leur conception technique, leur maintenance et leur gouvernance pourront avoir des conséquences institutionnelles durables.
Cela ne signifie pas que Moscou obtiendra automatiquement un droit de regard permanent sur les ressources maliennes.
Aucune information publique examinée ne permet d'établir l'existence d'un transfert de propriété des données, d'une exclusivité d'exploitation ou d'un accès russe illimité aux systèmes.
Mais l'opération illustre une forme de coopération dont les implications potentielles dépassent la prestation géologique initiale.
La capacité à produire, structurer et exploiter l'information stratégique devient elle-même un instrument de présence économique internationale.
Une stratégie russe qui dépasse le seul territoire malien
L'engagement de Rosgeologiya au Mali s'inscrit dans une politique africaine plus étendue.
Le groupe russe revendique une expérience dans plus de quinze pays africains et cherche à développer ses activités sur plusieurs segments de la chaîne géologique.
Ses interventions et projets concernent notamment la cartographie, l'interprétation de données géophysiques, les campagnes de prospection et les études préparatoires à l'exploitation.
En République centrafricaine, le groupe a participé à des travaux d'identification de zones présentant un potentiel minier.
Au Tchad, il a conduit des analyses géologiques et engagé des travaux géophysiques.
Au Bénin, il a annoncé la reprise d'activités d'étude du sous-sol.
Au Niger, des discussions portent également sur de nouvelles coopérations géologiques.
Ces initiatives ne présentent pas toutes le même degré d'avancement.
Certaines correspondent à des travaux réalisés, d'autres à des programmes engagés ou à des négociations.
Elles dessinent néanmoins une orientation commune : développer la présence russe dans les premières étapes de la valorisation des ressources africaines.
Cette stratégie présente plusieurs avantages potentiels pour Moscou.
Elle permet d'entretenir des relations institutionnelles avec les administrations minières, de mobiliser les compétences de ses entreprises publiques et de se positionner sur des projets susceptibles de déboucher ultérieurement sur des investissements industriels.
Elle peut également renforcer les relations économiques avec des gouvernements qui cherchent à diversifier leurs partenariats internationaux.
Il serait toutefois excessif de considérer que ces opérations constituent nécessairement un mécanisme coordonné d'appropriation des ressources africaines.
Les accords connus ne permettent pas de conclure à une stratégie uniforme de contrôle des gisements.
Ils montrent plutôt une extension de la diplomatie économique russe vers des activités techniques situées en amont de l'exploitation.
Or ces activités peuvent avoir une importance stratégique disproportionnée par rapport à leur visibilité politique.
La souveraineté numérique devient une question minière
Le second contrat signé avec le Mali mérite une attention particulière.
La création d'un système national d'information destiné à gérer les données géologiques, les licences et le contrôle des activités extractives introduit une dimension numérique dans la coopération.
Un tel dispositif peut améliorer sensiblement le fonctionnement de l'administration minière.
Il peut faciliter la centralisation des informations, réduire certaines incohérences administratives, améliorer la traçabilité des titres et renforcer les capacités de supervision.
Il peut également contribuer à rendre les données plus accessibles aux investisseurs, sous réserve des règles de confidentialité et de publication retenues.
Mais ces bénéfices dépendent de l'architecture institutionnelle et technique du système.
Plusieurs questions deviennent alors déterminantes.
À qui appartiendront les données produites et intégrées ?
Où seront-elles hébergées ?
Quelles administrations disposeront des droits d'accès et de modification ?
Le Mali pourra-t-il assurer seul la maintenance et l'évolution du dispositif ?
Les technologies utilisées permettront-elles une migration vers d'autres fournisseurs ?
Quelles garanties encadreront l'accès éventuel du prestataire étranger aux informations sensibles ?
Ces questions ne constituent pas des accusations contre Rosgeologiya.
Elles correspondent aux exigences habituelles de gouvernance applicables à toute infrastructure numérique stratégique développée avec un partenaire extérieur.
Le risque de dépendance ne découle pas automatiquement de la nationalité du fournisseur.
Il apparaît lorsque le bénéficiaire ne dispose pas des droits, des compétences ou des moyens nécessaires pour administrer et faire évoluer indépendamment le système.
À l'inverse, un projet conçu autour de standards interopérables, d'une propriété clairement définie des données, de garanties de sécurité et d'un transfert effectif de compétences peut renforcer durablement les capacités nationales.
La formation de spécialistes maliens prévue dans le contrat constitue, à cet égard, un élément positif.
Son efficacité dépendra néanmoins de son contenu, de son ampleur et de la capacité des institutions maliennes à conserver les compétences acquises.
La souveraineté numérique ne se mesure pas seulement à la localisation des serveurs.
Elle repose aussi sur la maîtrise des logiciels, des procédures, des accès, des compétences et des décisions.
Une infrastructure qui pourrait modifier les rapports de force avec les investisseurs
L'amélioration de l'information géologique peut également transformer les relations entre le Mali et les entreprises minières internationales.
Dans les premières phases d'exploration, les investisseurs disposent souvent de compétences techniques et de capacités financières supérieures à celles des administrations publiques.
Cette asymétrie peut affecter la manière dont les projets sont évalués et négociés.
Lorsqu'un État possède une base géologique structurée et actualisée, il peut réduire une partie de ce déséquilibre.
Il devient potentiellement mieux placé pour identifier les zones présentant un intérêt économique, apprécier les programmes proposés et comparer les engagements des opérateurs.
La disponibilité de données fiables peut aussi attirer de nouveaux investisseurs.
Les entreprises spécialisées dans l'exploration recherchent généralement des environnements où les informations initiales permettent de réduire les coûts de prospection et de mieux cibler les campagnes techniques.
Une cartographie nationale modernisée peut donc constituer un instrument de compétitivité territoriale.
Mais cet effet dépend de plusieurs conditions.
La qualité des données doit être suffisante.
Les règles d'accès doivent être prévisibles.
Les procédures d'attribution des titres doivent être transparentes.
Les investisseurs doivent également disposer d'une visibilité raisonnable sur les conditions fiscales, juridiques et opérationnelles.
L'amélioration de l'information géologique ne peut compenser, à elle seule, les risques sécuritaires, les insuffisances d'infrastructures ou les incertitudes réglementaires.
Elle représente un facteur parmi d'autres dans la décision d'investissement.
Pour Bamako, le principal enjeu sera donc de transformer cette nouvelle capacité informationnelle en amélioration effective de la gouvernance et de l'attractivité du secteur.
Le paradoxe des nouvelles politiques de souveraineté économique
L'accord russo-malien met en évidence une tension caractéristique des stratégies contemporaines de souveraineté.
De nombreux États riches en ressources naturelles cherchent à réduire leur dépendance envers les opérateurs étrangers et à accroître la valeur économique qu'ils retirent de leur patrimoine minéral.
Pour atteindre cet objectif, ils doivent cependant mobiliser des technologies, des financements et des compétences qu'ils ne possèdent pas toujours intégralement.
La coopération internationale devient alors un instrument nécessaire du renforcement des capacités nationales.
Mais elle peut également produire de nouvelles dépendances.
Un pays peut reprendre une part plus importante du capital de ses projets miniers tout en restant dépendant de prestataires étrangers pour les études géologiques, les logiciels, les équipements ou la commercialisation des produits.
Il peut renforcer ses recettes fiscales sans développer suffisamment ses capacités industrielles.
Il peut également moderniser ses administrations sans acquérir une autonomie complète dans l'exploitation de ses systèmes numériques.
La souveraineté économique ne peut donc être réduite à une opposition entre contrôle national et participation étrangère.
Elle repose sur une combinaison plus complexe de droits, de compétences, d'institutions et de capacités opérationnelles.
Dans le cas malien, l'enjeu central sera de déterminer si les contrats avec Rosgeologiya permettent de renforcer cette combinaison.
La présence d'un partenaire extérieur n'est pas, en elle-même, contradictoire avec la souveraineté nationale.
Tout dépend des conditions dans lesquelles la coopération est organisée et des capacités que le Mali conservera une fois les projets réalisés.
Des engagements signés, mais des résultats encore à démontrer
Les accords du 28 octobre représentent une étape concrète dans l'approfondissement des relations économiques entre Moscou et Bamako.
Ils s'inscrivent dans une coopération géologique engagée antérieurement et désormais structurée autour de deux projets identifiés.
Cependant, plusieurs éléments essentiels restent inconnus.
Le coût total des opérations n'a pas été communiqué.
Le partage des responsabilités financières n'est pas précisé.
Les modalités de propriété intellectuelle et d'utilisation des données ne sont pas publiquement établies.
Les conditions d'hébergement et de cybersécurité du système d'information restent également à documenter.
Enfin, aucun calendrier suffisamment détaillé ne permet encore d'évaluer les échéances de livraison.
Ces incertitudes limitent toute appréciation définitive de la portée économique des contrats.
Il serait notamment prématuré d'affirmer que la Russie contrôle désormais les informations minières maliennes ou qu'elle bénéficie de droits privilégiés sur les futurs gisements.
Les documents annoncés portent sur des prestations de cartographie et de gestion de l'information.
Ils ne constituent pas, sur la base des éléments publics disponibles, des concessions minières ni des transferts de propriété des ressources naturelles.
La distinction est fondamentale.
Elle n'enlève rien à l'intérêt stratégique de l'opération, mais permet d'en apprécier correctement la nature.
La véritable portée des accords apparaîtra lorsque seront connus leurs modalités d'exécution, les résultats des travaux géologiques et les conditions dans lesquelles le Mali administrera les infrastructures développées.
La prochaine frontière de la puissance minière
L'économie mondiale des ressources naturelles est souvent analysée à travers les réserves, les volumes de production, les capacités de raffinage et les flux commerciaux.
Ces dimensions restent essentielles.
Mais une autre forme de pouvoir se situe en amont de l'exploitation : la capacité à produire et à organiser les connaissances qui rendent les ressources économiquement accessibles.
Les données géologiques orientent les décisions d'exploration.
Les systèmes d'information structurent l'administration des titres.
Les infrastructures numériques influencent la transparence, le contrôle et la circulation des informations entre les acteurs publics et privés.
En intervenant simultanément sur ces deux dimensions, Rosgeologiya participe à la construction d'outils susceptibles de jouer un rôle durable dans l'organisation du secteur minier malien.
Pour Moscou, cette coopération offre une possibilité supplémentaire d'approfondir sa présence économique en Afrique.
Pour Bamako, elle peut constituer une occasion de renforcer la connaissance de son territoire et les capacités de son administration.
Mais la convergence apparente des intérêts ne supprime pas les questions relatives à l'autonomie technologique, à la gouvernance des données et au partage des bénéfices.
L'enjeu ne sera pas seulement de savoir si de nouveaux gisements sont identifiés.
Il sera de déterminer qui maîtrise les informations produites, qui peut les exploiter et dans quelles conditions elles contribuent au développement économique national.
Car la souveraineté minière ne commence pas au moment où un État extrait ses ressources. Elle commence lorsqu'il dispose des moyens de les connaître, d'en évaluer la valeur et de décider librement des conditions de leur exploitation.
Les accords entre la Russie et le Mali posent ainsi une question qui dépasse largement les relations entre Moscou et Bamako : dans l'économie mondiale des ressources stratégiques, la maîtrise du sous-sol dépend de plus en plus de la maîtrise de l'information.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


