Le projet américain de résolution présenté au Conseil de sécurité des Nations unies ouvre une perspective inédite dans le dossier du Sahara. En proposant de faire de l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule issue politique réalisable et de transformer la MINURSO en mission politique, les États-Unis cherchent à modifier simultanément les termes du règlement et les instruments chargés de l’accompagner. Derrière cette initiative se dessine une question plus profonde : le Conseil de sécurité est-il prêt à refermer une séquence diplomatique ouverte en 1991 pour engager celle d’un statut négocié à l’intérieur de la souveraineté marocaine ?
Une rupture préparée à New York
Le 22 octobre 2026, à New York, les membres du Conseil de sécurité prennent connaissance d’un document américain de deux pages dont les conséquences potentielles dépassent largement les termes habituels d’un renouvellement de mandat. Intitulé Western Sahara — Zero Draft et daté du 20 octobre, le texte propose de redéfinir la solution politique au dossier du Sahara occidental, de rebaptiser la mission des Nations unies déployée sur le territoire et de programmer sa transformation institutionnelle.
Depuis trente-cinq ans, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO, incarne la permanence d’un processus dont l’objectif initial n’a jamais été réalisé. Créée en avril 1991 par la résolution 690, elle devait accompagner un cessez-le-feu et préparer une consultation d’autodétermination. Le référendum n’a jamais eu lieu, les désaccords sur le corps électoral et les modalités du scrutin ayant progressivement paralysé cette perspective.
Le dispositif est pourtant demeuré en place, survivant à la transformation des rapports de force régionaux, aux changements de gouvernements, aux initiatives diplomatiques successives et à la rupture du cessez-le-feu annoncée par le Front Polisario en novembre 2020.
Washington propose désormais d'aller plus loin que la gestion de cette situation. Selon l'avant-projet consulté et authentifié par Le Desk, la mission serait rebaptisée MINUSO, sans référence au référendum, et sa composante de maintien de la paix prendrait fin le 30 avril 2027. Une mission politique spéciale lui succéderait pour une période initiale allant du 1er mai au 31 octobre 2027.
La portée de cette proposition ne réside pas seulement dans le changement d'acronyme. Elle traduit la volonté américaine de mettre l'architecture des Nations unies en cohérence avec une orientation politique désormais centrée sur l'autonomie sous souveraineté marocaine.
Il s'agit encore d'un texte de négociation, non d'une décision du Conseil. Mais sa formulation révèle une évolution substantielle de la diplomatie américaine : Washington ne cherche plus uniquement à promouvoir une solution privilégiée. Il propose de réorganiser le processus international autour de cette solution.
De 1991 à 2025, le déplacement progressif du cadre politique
Pour mesurer l'importance de cette initiative, il faut revenir à la trajectoire du dossier.
Le retrait espagnol de 1975, la Marche verte organisée par le Maroc et les accords de Madrid ont ouvert une période de recomposition territoriale et de confrontation armée. Le Maroc a progressivement établi son administration sur la majeure partie du Sahara, tandis que le Front Polisario, soutenu principalement par l'Algérie, revendiquait l'indépendance du territoire.
La Mauritanie, initialement partie aux arrangements de 1975, s'est retirée du conflit en 1979. Le Maroc a alors étendu son contrôle à la zone précédemment administrée par Nouakchott.
Le cessez-le-feu de 1991 devait permettre de transformer cette confrontation militaire en processus politique. Mais les divergences sur l'identification des électeurs, le statut des populations concernées et les options soumises au vote ont progressivement empêché la mise en œuvre du référendum.
Le Maroc a présenté en avril 2007 une initiative d'autonomie prévoyant l'exercice de compétences régionales dans le cadre de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Le Polisario a maintenu une proposition fondée sur l'autodétermination incluant l'indépendance.
La résolution 1754 du Conseil de sécurité, adoptée la même année, a engagé une nouvelle phase de négociations. Sans consacrer juridiquement une solution définitive, elle a déplacé l'attention diplomatique vers la recherche d'un compromis politique.
Ce mouvement s'est renforcé au fil des années. Les résolutions successives ont privilégié une solution politique réaliste, pragmatique, durable et fondée sur le compromis, sans parvenir à éliminer les désaccords fondamentaux entre les parties.
Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 a marqué une étape supplémentaire. Adoptée par onze voix favorables, aucune voix contre et trois abstentions, elle a expressément retenu la proposition marocaine d'autonomie comme base des négociations. Elle a également reconnu qu'une véritable autonomie pouvait représenter l'issue la plus réalisable, tout en maintenant l'objectif d'une solution mutuellement acceptable permettant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental.
Cette articulation était essentielle. Le Conseil donnait une place centrale à l'initiative marocaine, mais ne supprimait pas les exigences de négociation, de consentement politique et de conformité à la Charte des Nations unies.
Le projet américain d'octobre 2026 franchirait un seuil supplémentaire : il ne se contenterait plus de présenter l'autonomie comme l'option la plus praticable, mais chercherait à l'établir comme l'unique issue politique réalisable.
Entre les deux formulations se trouve toute la différence entre une préférence diplomatique et une tentative de délimitation du résultat final.
L'autonomie sous souveraineté marocaine comme horizon exclusif
La disposition la plus déterminante du projet concerne le cadre des négociations.
Selon le document reproduit par la presse, Washington propose d'affirmer explicitement que l'autonomie sous souveraineté marocaine constitue la seule solution réalisable. La proposition marocaine actualisée deviendrait la base exclusive des discussions politiques.
Cette orientation transformerait profondément la nature du processus.
Dans le cadre traditionnel des Nations unies, les négociations visaient à rechercher une solution acceptable par les parties, en préservant différentes interprétations possibles de l'autodétermination. Le nouveau dispositif proposé chercherait à circonscrire l'issue territoriale tout en laissant ouvertes les modalités institutionnelles de l'autonomie.
Les discussions pourraient alors porter principalement sur la répartition des compétences, les garanties constitutionnelles, la représentation démocratique, la gestion des ressources, la sécurité, la justice, la fiscalité et les mécanismes internationaux d'accompagnement.
Pour Rabat, une telle évolution constituerait une avancée diplomatique considérable. Le Maroc défend depuis près de deux décennies l'idée qu'un statut d'autonomie avancée représente la voie permettant de concilier la préservation de sa souveraineté et l'exercice de responsabilités politiques locales.
L'intérêt stratégique marocain serait de transformer cette position en cadre international de négociation, puis en architecture institutionnelle durable.
Mais une autonomie politiquement reconnue et une autonomie effectivement organisée ne sont pas deux réalités identiques.
La première peut résulter d'une résolution internationale et d'un accord diplomatique. La seconde suppose un ensemble précis de garanties juridiques, de compétences transférées, de mécanismes de représentation et de procédures de règlement des différends.
Une autonomie limitée à une déclaration de principe ne suffirait pas à résoudre les interrogations institutionnelles accumulées depuis plusieurs décennies.
La question centrale deviendrait donc celle de son contenu : quelles compétences seraient exercées localement, lesquelles resteraient réservées à l'État marocain, comment les institutions seraient-elles désignées et quelles garanties assureraient la stabilité du dispositif ?
C'est dans cette dimension concrète que se mesurerait la portée réelle d'un éventuel accord. 
La fin programmée d'une architecture héritée du référendum
La seconde innovation majeure concerne la MINURSO elle-même.
Depuis 1991, cette mission constitue l'un des éléments les plus visibles de l'engagement des Nations unies au Sahara. Sa présence est liée à un dispositif initialement conçu autour d'un cessez-le-feu et d'une consultation politique.
Au fil des années, ses fonctions opérationnelles se sont concentrées sur la surveillance de la situation militaire, les liaisons avec les parties et la remontée d'informations vers le Secrétariat des Nations unies.
L'avant-projet américain prévoit une réduction d'au moins 50 % des effectifs en uniforme avant le 31 janvier 2027, accompagnée d'une rationalisation des implantations et d'une réorganisation des moyens.
Le mandat de maintien de la paix prendrait fin le 30 avril 2027. Une mission politique spéciale lui succéderait pendant six mois, jusqu'au 31 octobre, selon une architecture qui resterait à préciser.
Le Secrétaire général serait invité à présenter, avant le 15 décembre 2026, des propositions détaillées concernant les fonctions, les ressources et l'organisation du nouveau dispositif.
Ces échéances dessinent un calendrier de transition particulièrement resserré.
Une réduction aussi importante de la présence militaire internationale poserait néanmoins plusieurs questions. La surveillance de la situation sécuritaire, les risques d'incidents à proximité du dispositif de défense marocain, les mouvements dans les zones situées à l'est et au sud de celui-ci et les mécanismes de communication entre les parties devraient être réévalués.
La rupture du cessez-le-feu annoncée en 2020 rend cette dimension particulièrement sensible. La transformation institutionnelle de la mission ne ferait pas disparaître mécaniquement les risques sécuritaires.
Il faudrait également distinguer la réduction des moyens militaires de la disparition de toute présence internationale. Une mission politique spéciale pourrait conserver des fonctions de liaison, de facilitation, de suivi et de soutien à un éventuel processus négocié.
La portée de la réforme dépendrait donc de son mandat effectif, de ses ressources et de la coopération des parties.
Le changement de nom aurait une signification politique évidente. Mais la véritable rupture se situerait dans les fonctions confiées à l'ONU : passer de la gestion prolongée d'un processus référendaire inachevé à l'accompagnement d'un règlement institutionnel.
Washington assume un rôle plus direct
Cette initiative confirme la place particulière des États-Unis dans le dossier.
Washington occupe traditionnellement la fonction de rédacteur principal, ou penholder, des résolutions du Conseil de sécurité concernant le Sahara. Cette responsabilité lui donne un rôle déterminant dans la préparation des textes, la circulation des projets et la recherche de compromis entre les membres.
Elle ne lui permet toutefois pas d'imposer unilatéralement une résolution.
L'influence américaine repose sur la combinaison de plusieurs facteurs : son statut de membre permanent, son poids diplomatique, ses relations stratégiques avec le Maroc et sa capacité à engager des discussions avec les autres acteurs régionaux.
En décembre 2020, l'administration de Donald Trump avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette décision avait marqué une inflexion majeure de la position américaine, sans modifier à elle seule le statut du territoire au regard des Nations unies.
Le projet d'octobre 2026 s'inscrit dans la continuité de cette reconnaissance, mais avec une ambition différente.
Il ne s'agit plus seulement d'une position nationale américaine. Washington cherche à inscrire les conséquences politiques de cette position dans une résolution du Conseil de sécurité, c'est-à-dire dans un instrument multilatéral susceptible d'orienter l'action de l'ONU.
Cette différence est fondamentale.
Une reconnaissance bilatérale modifie les relations entre États. Une résolution du Conseil de sécurité peut, selon ses termes et sa portée juridique, transformer le mandat d'une opération internationale et fixer un cadre collectif de négociation.
L'administration américaine semble également chercher à réduire la durée d'un processus qui, depuis plusieurs décennies, n'a produit ni règlement définitif ni normalisation régionale.
Cette approche privilégie une solution institutionnelle jugée praticable plutôt que le maintien indéfini d'options diplomatiques devenues difficiles à mettre en œuvre.
Elle comporte néanmoins un risque : une accélération imposée par le calendrier international pourrait se heurter à l'absence de consentement des acteurs directement concernés.
La réussite d'une telle stratégie dépendrait moins de la fermeté du texte initial que de sa capacité à produire un règlement applicable.
Le Polisario face à une remise en cause de sa stratégie historique
La réaction du Front Polisario a été immédiate.
Dans une lettre adressée le 22 octobre à la présidence du Conseil de sécurité, son représentant auprès des Nations unies, Sidi Mohamed Omar, a rejeté le projet américain et averti qu'une adoption sans modifications substantielles pourrait entraîner le retrait du mouvement de l'ensemble du processus de paix.
Cette menace demeure conditionnelle. Elle ne signifie pas que le Polisario a déjà quitté les mécanismes diplomatiques des Nations unies.
Elle révèle néanmoins l'ampleur du désaccord.
Depuis sa création, le mouvement fonde sa légitimité politique sur la revendication de l'autodétermination, qu'il associe à la possibilité de l'indépendance. Une résolution qui présenterait l'autonomie sous souveraineté marocaine comme l'unique issue réalisable réduirait considérablement l'espace diplomatique dans lequel cette revendication peut être défendue.
Le Polisario serait alors confronté à une alternative difficile.
Participer à des négociations exclusivement centrées sur l'autonomie reviendrait à accepter un cadre politique éloigné de son objectif historique. Refuser les discussions pourrait, inversement, réduire son influence sur les modalités d'un éventuel règlement et renforcer son isolement diplomatique.
Il pourrait également chercher à obtenir des modifications du projet, notamment sur la référence à l'autodétermination, les garanties internationales, la participation des populations et la nature du consentement requis.
La question des réfugiés installés dans les camps de Tindouf prend ici une importance particulière.
L'avant-projet américain comprend une demande relative à leur enregistrement par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Une telle opération pourrait améliorer la connaissance statistique des populations concernées, faciliter l'organisation de l'assistance humanitaire et fournir des éléments utiles à un éventuel processus de règlement.
Elle soulèverait toutefois des questions de coopération avec les autorités algériennes, de protection des données individuelles et de garanties offertes aux personnes enregistrées.
L'enregistrement humanitaire ne saurait, à lui seul, régler la question de la représentation politique ou déterminer les modalités d'exercice de l'autodétermination.
L'Algérie au centre de l'équation régionale
La transformation envisagée du processus onusien aurait également des conséquences directes pour l'Algérie.
Depuis plusieurs décennies, Alger soutient politiquement et diplomatiquement le Front Polisario, accueille les camps de réfugiés de Tindouf et défend une lecture du dossier fondée sur la décolonisation et l'autodétermination.
Le Maroc considère pour sa part l'Algérie comme un acteur central du conflit, compte tenu de son soutien au Polisario et de son influence régionale.
Ces positions contradictoires ont contribué à installer le Sahara au cœur de la rivalité stratégique entre les deux principales puissances du Maghreb.
Les relations diplomatiques entre Rabat et Alger sont rompues depuis août 2021. La frontière terrestre demeure fermée depuis 1994, tandis que les tensions politiques et sécuritaires entravent les perspectives d'intégration régionale.
Le coût de cette division dépasse largement le dossier territorial.
Le Maghreb reste l'une des régions les moins intégrées économiquement, malgré la complémentarité de ses marchés, ses ressources énergétiques, ses infrastructures potentielles et sa proximité avec l'Europe.
Un règlement durable du Sahara pourrait ouvrir des possibilités nouvelles en matière de commerce, de transport, d'énergie et de coopération sécuritaire. Mais une résolution diplomatique favorable au Maroc ne suffirait pas nécessairement à normaliser les relations avec Alger.
L'Algérie pourrait considérer une restriction du cadre des négociations comme une remise en cause de principes qu'elle défend depuis plusieurs décennies.
Son influence s'exercerait alors par plusieurs canaux : relations avec les membres du Conseil de sécurité, diplomatie africaine, coopération avec le Polisario et mobilisation des arguments juridiques relatifs à l'autodétermination.
La question n'est donc pas seulement de savoir si le Conseil adoptera une nouvelle formulation. Elle est aussi de déterminer si cette formulation pourra contribuer à réduire les tensions régionales ou si elle provoquera une nouvelle phase de confrontation diplomatique.
Paris, Londres, Moscou et Pékin : l'épreuve du Conseil de sécurité
L'issue du projet américain dépendra largement des négociations entre les membres permanents du Conseil.
La France soutient désormais explicitement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et considère que l'avenir du territoire s'inscrit dans ce cadre. Cette orientation renforce la convergence entre Paris, Washington et Rabat.
Le Royaume-Uni a également exprimé son soutien au plan marocain d'autonomie comme base crédible et pragmatique d'un règlement.
L'Espagne, ancienne puissance administrante, a opéré en 2022 un rapprochement significatif avec la position marocaine en considérant l'initiative d'autonomie comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour résoudre le différend.
Ces évolutions ont progressivement modifié l'environnement diplomatique du dossier.
Elles ne garantissent cependant pas l'adoption du projet américain dans sa rédaction initiale.
La Russie et la Chine disposent chacune d'un droit de veto. Leurs positions seront déterminantes, particulièrement si le texte est perçu comme réduisant excessivement les options politiques ou comme imposant une transformation institutionnelle avant la conclusion d'un accord entre les parties.
En octobre 2025, Moscou et Pékin s'étaient abstenus lors du vote de la résolution 2797, permettant son adoption sans en approuver toutes les orientations.
Cette distinction pourrait redevenir centrale.
Une abstention permettrait à Washington d'obtenir une nouvelle résolution si le nombre de voix favorables est suffisant. Un veto empêcherait son adoption.
Les négociations pourraient donc porter sur les formulations les plus sensibles : caractère exclusif de l'autonomie, références à l'autodétermination, calendrier de transformation de la mission et conditions d'un règlement mutuellement acceptable.
Le texte finalement adopté, s'il l'est, pourrait être sensiblement différent de l'avant-projet.
La diplomatie du Conseil de sécurité repose précisément sur cette succession d'ajustements, de compromis et de concessions.
Le droit international face au déplacement du processus politique
La dimension juridique demeure essentielle.
Le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Son statut international ne peut être considéré comme définitivement réglé par la seule reconnaissance de la souveraineté marocaine par plusieurs États.
L'avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice en octobre 1975 avait reconnu l'existence de certains liens juridiques d'allégeance entre le sultan du Maroc et des tribus du territoire, sans établir de liens de souveraineté territoriale susceptibles d'écarter l'application du principe d'autodétermination.
Depuis lors, le Maroc a consolidé son administration et ses infrastructures dans la majeure partie du Sahara, tandis que les Nations unies ont maintenu le dossier dans leur agenda politique et juridique.
L'autonomie sous souveraineté marocaine pourrait constituer une forme d'exercice de l'autodétermination dans le cadre d'un règlement négocié. Mais les conditions de sa légitimité internationale dépendraient notamment de la formulation de l'accord, des garanties accordées aux populations et du processus par lequel celui-ci serait accepté.
La distinction entre souveraineté revendiquée, contrôle territorial effectif, reconnaissance diplomatique et règlement international demeure donc indispensable.
Le projet américain pourrait faire évoluer la position du Conseil de sécurité sur la solution politique privilégiée. Il ne transformerait pas automatiquement l'ensemble de ces dimensions juridiques en une seule décision définitive.
La force du dispositif envisagé dépendrait de sa capacité à articuler la souveraineté marocaine, une autonomie institutionnellement substantielle et les principes de la Charte des Nations unies.
Le Sahara, territoire d'infrastructures et d'enjeux économiques
Derrière les négociations diplomatiques se trouve également un territoire dont l'importance économique et stratégique s'est accrue.
Le Sahara constitue une façade atlantique majeure, à proximité des routes maritimes reliant l'Europe, l'Afrique occidentale et les Amériques. Il dispose de ressources halieutiques, de perspectives énergétiques importantes et d'une position géographique qui intéresse les stratégies marocaines de développement vers l'Afrique subsaharienne.
Depuis plusieurs années, Rabat y engage des investissements dans les routes, les ports, l'énergie, les équipements urbains et les infrastructures de communication.
Le projet du port de Dakhla Atlantique illustre cette orientation. Conçu comme une plateforme maritime et logistique destinée à renforcer les échanges avec l'Afrique de l'Ouest, il participe à une stratégie plus large de projection économique vers l'Atlantique.
Les projets solaires et éoliens s'inscrivent également dans cette transformation, favorisée par des conditions naturelles propices au développement des énergies renouvelables.
Mais l'exploitation économique du territoire reste liée à des interrogations juridiques et politiques, notamment sur le consentement des populations concernées et les conditions d'application des accords commerciaux internationaux.
La jurisprudence européenne a régulièrement souligné l'importance de distinguer le territoire du Sahara occidental de celui du Maroc dans l'application de certains accords.
Un règlement politique internationalement accepté pourrait réduire une partie de ces incertitudes, améliorer la visibilité des investisseurs et faciliter la planification de projets de long terme.
Il ne supprimerait pas nécessairement toutes les questions relatives aux ressources naturelles, à leur gouvernance et à la représentation des populations.
L'enjeu économique d'un éventuel règlement dépasserait ainsi la sécurisation des investissements existants. Il concernerait la possibilité de faire du Sahara une interface commerciale, énergétique et logistique entre le Maroc, l'Afrique occidentale et l'espace atlantique.
Le calendrier de 2027, entre accélération et incertitude
L'un des aspects les plus remarquables de l'avant-projet américain réside dans la précision de son calendrier.
Une réduction d'au moins la moitié des effectifs en uniforme serait engagée avant le 31 janvier 2027. La composante de maintien de la paix prendrait fin le 30 avril. Une mission politique spéciale fonctionnerait ensuite du 1er mai au 31 octobre.
Cette programmation traduit la volonté de rompre avec la succession des renouvellements annuels qui a caractérisé la gestion du dossier.
Elle pourrait créer une pression diplomatique nouvelle sur les parties, en liant la transformation de la présence internationale à l'avancement des négociations.
Mais elle comporte aussi une contradiction potentielle.
La transformation d'une mission peut être décidée par le Conseil de sécurité selon un calendrier relativement court. La négociation d'un statut politique durable, la définition des compétences d'autonomie, la recherche de garanties et la construction d'un mécanisme d'application nécessitent généralement beaucoup plus de temps.
Une réforme institutionnelle trop rapide pourrait ainsi précéder les conditions politiques de sa réussite.
Le Secrétaire général et son envoyé personnel devraient alors gérer une transition délicate entre les impératifs de sécurité, les exigences de négociation et les attentes contradictoires des acteurs régionaux.
Il existe également une différence entre un calendrier inscrit dans une résolution et sa mise en œuvre effective. Le Conseil pourrait être amené à ajuster les échéances en fonction de l'évolution des discussions et de la situation sur le terrain.
L'année 2027 pourrait donc devenir celle d'une transition majeure, sans nécessairement être celle d'un règlement définitif.
Une victoire diplomatique possible, un règlement encore à construire
Pour le Maroc, l'adoption d'un texte reprenant les principales dispositions américaines constituerait un succès diplomatique d'une portée exceptionnelle.
Rabat obtiendrait non seulement une confirmation du rôle central de son initiative d'autonomie, mais également une transformation de l'architecture onusienne correspondant à cette orientation.
Le passage d'une mission historiquement associée à un référendum à une mission politique chargée d'accompagner une solution négociée pourrait consacrer un changement de paradigme.
Il serait néanmoins prématuré d'assimiler cette évolution à la clôture définitive du dossier.
Une résolution du Conseil de sécurité peut redéfinir les paramètres de négociation. Elle ne garantit ni l'adhésion des parties, ni la stabilité régionale, ni la mise en œuvre d'un statut institutionnel complexe.
Le Maroc devrait notamment préciser les contours d'une autonomie suffisamment substantielle pour être politiquement crédible, juridiquement organisée et administrativement viable.
La question des institutions locales serait déterminante. Un dispositif durable devrait clarifier les compétences législatives et exécutives, les ressources budgétaires, les modalités de contrôle démocratique, la participation politique et les garanties constitutionnelles.
La répartition des responsabilités entre les autorités centrales et les institutions autonomes devrait également être suffisamment explicite pour éviter que les désaccords futurs ne reproduisent les blocages du processus actuel.
Le défi ne serait donc plus seulement d'obtenir un soutien international à une proposition. Il serait de transformer cette proposition en un système politique opérationnel.
C'est précisément ce passage de la diplomatie à l'institutionnel qui distinguerait un règlement durable d'une avancée essentiellement déclaratoire.
Le véritable tournant
Le dossier du Sahara a longtemps été caractérisé par un décalage entre les principes diplomatiques, les réalités territoriales et les possibilités effectives de règlement.
Le Maroc a consolidé son contrôle et son administration sur la majeure partie du territoire. Le Polisario a maintenu sa revendication d'indépendance. L'Algérie a poursuivi son soutien au mouvement. Les Nations unies ont conservé une mission conçue pour un référendum qui n'a jamais pu être organisé.
Pendant plus de trois décennies, ces réalités ont coexisté sans produire de solution définitive.
L'initiative américaine d'octobre 2026 cherche à réduire cet écart. Elle propose d'adapter le cadre des négociations et la présence internationale à une issue politique déterminée : l'autonomie sous souveraineté marocaine.
Son adoption, même partielle, pourrait constituer l'une des transformations les plus importantes du processus onusien depuis le cessez-le-feu de 1991.
Mais le Conseil de sécurité n'a pas encore tranché. Les négociations peuvent modifier substantiellement le texte, et les résistances politiques demeurent réelles.
Le vote attendu avant le 31 octobre sera donc décisif, non parce qu'il réglerait nécessairement le conflit, mais parce qu'il pourrait définir les conditions dans lesquelles les prochaines années de négociation se dérouleront.
La question centrale n'est plus uniquement de savoir si le plan marocain d'autonomie peut servir de base à un règlement. La résolution 2797 a déjà consacré cette orientation.
Elle est désormais de déterminer si les Nations unies sont prêtes à organiser leur propre présence autour de cette perspective et à faire du statut d'autonomie le cadre exclusif de la négociation.
Si tel était le cas, le Sahara entrerait dans une nouvelle phase de son histoire diplomatique.
Après trente-cinq années consacrées à maintenir ouvert un processus référendaire inachevé, les Nations unies pourraient commencer à préparer les institutions d'un règlement encore à négocier.
Le changement serait considérable. Il ne signifierait pas que le conflit est terminé, mais que la communauté internationale aurait choisi de ne plus chercher sa solution dans les mêmes termes.
Sources principales
- Conseil de sécurité des Nations unies — Résolution 2797 (2025), S/RES/2797, adoptée le 31 octobre 2025. Texte officiel relatif au mandat de la MINURSO et au cadre des négociations.
- Le Desk — « Sahara : Washington propose de convertir la Minurso en mission politique », 22 octobre 2026. Analyse de l'avant-projet américain daté du 20 octobre, dont la provenance a été authentifiée par la rédaction.
- Front Polisario — Lettre de Sidi Mohamed Omar à la présidence du Conseil de sécurité, 22 octobre 2026, concernant le projet américain et les conséquences envisagées pour le processus de paix.
- Cour internationale de Justice — Sahara occidental, avis consultatif du 16 octobre 1975. Fondements juridiques historiques du dossier.
- Nations unies — Résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité, portant création de la MINURSO et définissant le dispositif initial de règlement.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


