Alors que Donald Trump évoque un possible règlement entre la Russie et l’Ukraine, les inquiétudes européennes révèlent un enjeu plus vaste : la guerre pourrait devenir le point de départ d’une renégociation de l’architecture de sécurité du continent. Derrière la perspective d’une paix se dessine une interrogation autrement profonde : qui fixera les règles de l’ordre européen, et quelles garanties permettront de les faire respecter ?
La paix en Ukraine pourrait finir par poser à l’Europe un problème plus vaste que la guerre elle-même. Le 5 novembre 2026, après avoir rencontré à la Maison-Blanche Kirill Dmitriev, émissaire du président russe Vladimir Poutine, Donald Trump a annoncé la perspective d'un accord qui dépasserait les frontières ukrainiennes et pourrait concerner l'ensemble du continent européen. Le lendemain, il affirmait que Moscou et Kyiv souhaitaient désormais, selon lui, parvenir à un règlement. Ces déclarations, accueillies avec inquiétude dans plusieurs capitales européennes, ne constituent pas encore les éléments d'un accord. Elles indiquent néanmoins un possible déplacement du centre de gravité diplomatique : d'une négociation destinée à mettre fin aux combats vers une discussion portant sur les fondements mêmes de la sécurité européenne.
Cette évolution n'est pas anodine. Depuis l'invasion russe de février 2022, les gouvernements occidentaux ont généralement présenté la défense de l'Ukraine comme indissociable de celle des principes qui structurent l'ordre européen : souveraineté des États, inviolabilité des frontières, liberté de choisir ses alliances et refus de modifier les équilibres territoriaux par la force. Or, la perspective d'un arrangement global entre Washington et Moscou soulève une question que les Européens avaient précisément cherché à écarter : la sécurité du continent pourrait-elle redevenir l'objet d'une négociation entre grandes puissances, au risque de limiter la liberté stratégique des États situés entre elles ?
Le retour d'une ancienne négociation
Pour comprendre la portée de l'initiative américaine, il faut revenir à décembre 2021. Deux mois avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, Moscou avait rendu publics deux projets de traités, l'un destiné aux États-Unis, l'autre à l'OTAN. La Russie y demandait notamment des garanties contre de nouveaux élargissements de l'Alliance atlantique, des restrictions sur certains déploiements militaires et une limitation de l'activité militaire occidentale dans plusieurs régions considérées comme sensibles par le Kremlin.
Ces propositions ne concernaient donc pas uniquement l'Ukraine. Elles visaient à réorganiser les rapports de sécurité établis depuis la fin de la guerre froide, en particulier ceux issus de l'élargissement de l'OTAN à l'Europe centrale et orientale. Pour Moscou, il s'agissait de faire reconnaître des intérêts sécuritaires particuliers à proximité de ses frontières. Pour les Européens concernés, ces demandes risquaient au contraire de transformer leur souveraineté en variable d'ajustement des relations russo-américaines.
Les négociations engagées au début de 2022 n'avaient pas permis de résoudre ces contradictions. Les États-Unis et leurs alliés s'étaient déclarés disposés à discuter de maîtrise des armements, de transparence militaire et de réduction des risques, mais avaient refusé de reconnaître à Moscou un droit de veto sur les choix d'alliance des autres États. L'invasion russe avait ensuite profondément modifié le contexte, sans faire disparaître les objectifs stratégiques qui sous-tendaient les demandes du Kremlin.
Près de cinq ans plus tard, la question revient dans des circonstances différentes. La guerre a transformé les capacités militaires russes, accéléré le réarmement européen et provoqué l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN. Elle a également renforcé la dépendance de l'Ukraine à l'égard de l'assistance occidentale, tout en mettant en évidence les limites de la capacité européenne à conduire seule une stratégie militaire et diplomatique durable.
La possibilité d'une nouvelle architecture de sécurité intervient donc dans un continent profondément transformé par le conflit. Elle ne pourrait pas simplement rétablir les équilibres antérieurs : ceux-ci ont précisément été bouleversés par la guerre.
Washington élargit le cadre
Les déclarations américaines des 5 et 6 novembre suggèrent que l'administration Trump cherche à dépasser les discussions strictement territoriales. Jared Kushner, impliqué dans les démarches diplomatiques américaines, a évoqué la recherche d'arrangements pratiques répondant aux préoccupations sécuritaires des différentes parties et susceptibles de créer un cadre durable pour la stabilité européenne.
Dans le même temps, des représentants américains ont participé à Bruxelles à des consultations avec des responsables ukrainiens, européens et de l'OTAN. De nouvelles discussions entre représentants américains, russes et ukrainiens sont envisagées à Abou Dhabi au cours de la semaine suivante.
Ces démarches révèlent une diplomatie conduite sur plusieurs niveaux. Le premier concerne les conditions immédiates d'un arrêt des hostilités : territoires occupés, cessez-le-feu, surveillance des engagements et garanties accordées à l'Ukraine. Le deuxième porte sur les relations entre la Russie et les puissances occidentales : déploiements militaires, sanctions, mécanismes de prévention des incidents et possibilités de coopération économique. Le troisième, plus ambitieux, concerne l'organisation future de la sécurité du continent.
L'intérêt d'un tel élargissement est compréhensible. Un cessez-le-feu qui laisserait intactes les causes politiques et militaires de la confrontation pourrait demeurer fragile. La réduction durable des risques exige des mécanismes de vérification, des canaux de communication et des engagements suffisamment précis pour limiter les possibilités d'escalade.
Mais l'élargissement comporte également un danger. En associant le règlement ukrainien à des concessions sur l'architecture européenne, Washington pourrait ouvrir un espace de négociation dans lequel des questions relevant de la souveraineté d'autres États deviendraient des contreparties diplomatiques. La recherche d'une paix plus générale pourrait alors compliquer la conclusion d'un accord sur la guerre elle-même.
Il existe enfin une dimension propre à la méthode Trump. Le président américain privilégie les accords politiques visibles et les négociations directes, parfois avant que les mécanismes institutionnels et les garanties d'exécution aient été entièrement définis. Cette approche peut débloquer des situations figées, mais elle peut également produire des annonces dont la portée dépasse les engagements effectivement acceptés par les parties.
À ce stade, aucun texte public ne permet de déterminer si Washington envisage un dispositif limité de maîtrise des armements, une nouvelle structure de consultation avec Moscou ou une révision plus substantielle des équilibres militaires européens. Confondre ces hypothèses reviendrait à attribuer aux déclarations américaines une précision qu'elles ne possèdent pas encore.
La Russie et la reconnaissance de sa puissance
Pour Moscou, l'ouverture d'une discussion sur la sécurité européenne représenterait déjà un résultat diplomatique important. Depuis plusieurs années, le Kremlin cherche à convaincre Washington que la stabilité du continent ne peut être organisée sans tenir compte des exigences russes. La guerre en Ukraine a été présentée par les autorités russes comme une conséquence de l'échec de cet objectif, même si cette justification ne modifie en rien la responsabilité de Moscou dans la décision d'envahir un État souverain.
La distinction entre sécurité légitime et sphère d'influence constitue ici le cœur du problème.
Tout État peut rechercher des garanties contre des menaces militaires, proposer des mesures de transparence ou négocier des limitations réciproques de certains armements. Mais la reconnaissance de préoccupations sécuritaires ne signifie pas nécessairement la reconnaissance d'un droit à contrôler les décisions politiques et militaires des pays voisins.
Or, une partie des demandes russes formulées avant la guerre reposait précisément sur cette ambiguïté. En réclamant des restrictions durables à l'élargissement de l'OTAN et à certains déploiements occidentaux, Moscou cherchait non seulement à réduire des risques militaires, mais aussi à obtenir une influence structurelle sur les choix stratégiques d'autres États.
La question devient donc celle de la réciprocité. Un accord prévoyant des notifications d'exercices, des mécanismes de prévention des incidents ou des limitations mutuelles et vérifiables pourrait contribuer à la stabilité. Un arrangement imposant des restrictions unilatérales à l'Ukraine ou à certains membres de l'OTAN, sans garanties équivalentes, risquerait au contraire d'institutionnaliser une asymétrie de souveraineté.
Le Kremlin semble conscient de l'avantage que lui procure l'élargissement du débat. Le 6 novembre, son porte-parole Dmitri Peskov a reconnu que les Européens devraient participer, à un moment donné, aux discussions concernant leur sécurité, tout en soulignant leurs difficultés à définir une représentation commune.
Cette position permet à Moscou de défendre le principe d'une négociation élargie sans abandonner ses exigences territoriales. La Russie continue notamment de réclamer des concessions ukrainiennes dans le Donbass, alors que les frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes demeurent un instrument de pression militaire et économique.
La négociation ne se substitue donc pas à la guerre. Elle peut aussi en devenir un prolongement.
L'Europe face à sa propre contradiction
La réaction européenne a été rapide. Plusieurs responsables ont affirmé que l'avenir de la sécurité continentale ne pouvait être décidé sans les États concernés et qu'aucune remise en cause des engagements de l'OTAN ne saurait être acceptée comme contrepartie d'un accord avec la Russie.
Cette position est cohérente avec les principes défendus depuis 2022. Elle révèle cependant une difficulté plus ancienne : l'Europe revendique une place centrale dans les décisions qui déterminent sa sécurité, mais elle dépend encore largement des capacités américaines pour rendre cette sécurité crédible.
La contradiction est particulièrement visible dans le domaine militaire. Malgré l'augmentation des budgets de défense et le développement de nouvelles initiatives industrielles, les États européens demeurent fortement dépendants des États-Unis pour plusieurs capacités critiques : renseignement stratégique, surveillance spatiale, défense antimissile, ravitaillement en vol, transport stratégique et coordination de certaines opérations de haute intensité.
La dissuasion nucléaire ajoute une autre dimension. La France et le Royaume-Uni disposent de leurs propres forces nucléaires, mais la garantie américaine reste un pilier essentiel de la posture de dissuasion de l'OTAN. Une modification des engagements de Washington ne pourrait donc pas être compensée par une simple augmentation des dépenses européennes.
À cette dépendance matérielle s'ajoute une fragmentation politique. Les pays baltes et la Pologne accordent une priorité absolue à la dissuasion face à la Russie. La France défend depuis longtemps le développement d'une autonomie stratégique européenne. L'Allemagne cherche à renforcer ses capacités tout en préservant les structures transatlantiques. D'autres gouvernements privilégient davantage les possibilités de dialogue ou une sortie négociée du conflit.
Ces différences ne signifient pas nécessairement que les Européens sont incapables de s'accorder. Elles traduisent des situations géographiques, des expériences historiques et des intérêts nationaux distincts. Mais elles compliquent la définition d'un mandat commun lorsque les discussions portent simultanément sur la guerre en Ukraine, l'avenir de l'OTAN et les relations avec Moscou.
Le problème institutionnel est tout aussi important. L'Union européenne ne dispose pas d'une compétence exclusive en matière de défense. L'OTAN réunit des États européens et nord-américains, mais ne représente pas l'ensemble de l'Europe. Le Royaume-Uni joue un rôle militaire majeur sans appartenir à l'Union européenne, tandis que plusieurs États européens conservent des statuts et des engagements de sécurité différents.
La question de savoir qui pourrait négocier au nom de l'Europe n'est donc pas seulement diplomatique. Elle renvoie à l'absence d'une autorité politique unique capable d'engager l'ensemble du continent sur ses équilibres militaires.
C'est précisément cette fragmentation qui pourrait permettre à Washington de conduire une négociation dont les conséquences seraient européennes, mais dont l'impulsion resterait américaine.
L'Ukraine, entre paix et souveraineté
Pour Kyiv, le danger d'un accord élargi réside dans la possibilité que ses intérêts deviennent secondaires au sein d'une négociation entre puissances plus importantes.
L'Ukraine a besoin d'un arrêt des combats, de garanties contre une nouvelle offensive et de moyens suffisants pour assurer sa reconstruction. Mais un cessez-le-feu ne constitue pas automatiquement une paix durable. Si les territoires occupés demeurent sous contrôle russe, si les garanties internationales restent imprécises et si les capacités militaires ukrainiennes sont limitées sans mécanisme crédible de protection, un accord pourrait simplement reporter le conflit.
Volodymyr Zelensky a reconnu que certaines préoccupations sécuritaires russes pourraient être examinées dans le cadre d'un règlement, à condition que les Européens participent aux discussions. Cette ouverture ne doit pas être interprétée comme une acceptation des revendications russes. Elle reflète plutôt la nécessité de distinguer les mesures de stabilisation mutuelle des concessions qui affaibliraient durablement la souveraineté ukrainienne.
Le problème des garanties demeure central. Le mémorandum de Budapest de 1994, dans lequel la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni avaient pris des engagements relatifs à la sécurité et à la souveraineté ukrainiennes après l'abandon par Kyiv de son arsenal nucléaire hérité de l'Union soviétique, n'avait pas instauré de mécanisme de défense collective comparable à celui de l'OTAN.
Cette expérience pèse lourdement sur toute nouvelle négociation. Des assurances politiques dépourvues de moyens d'application risqueraient de ne pas suffire. À l'inverse, des garanties militaires suffisamment fortes pour dissuader une nouvelle offensive pourraient être rejetées par Moscou si elles étaient perçues comme une intégration indirecte de l'Ukraine au dispositif militaire occidental.
L'équation demeure difficile : assurer la sécurité de l'Ukraine sans provoquer une nouvelle confrontation directe entre la Russie et l'OTAN, tout en évitant que la prévention de cette confrontation se traduise par une réduction permanente de la souveraineté ukrainienne.
La situation militaire complique encore davantage les perspectives. La Russie conserve des capacités de pression sur les infrastructures et les territoires ukrainiens. L'Ukraine poursuit ses opérations contre des objectifs militaires et économiques russes. Chaque camp cherche à améliorer sa position avant d'accepter des compromis.
Dans ces conditions, l'annonce d'une volonté de négocier ne démontre pas nécessairement une volonté de consentir aux concessions indispensables à un accord.
Le précédent des équilibres européens
L'histoire européenne offre plusieurs exemples de négociations destinées à stabiliser les rapports entre puissances. Le Congrès de Vienne de 1815 avait cherché à reconstruire un équilibre continental après les guerres napoléoniennes. Les accords d'Helsinki de 1975 avaient établi un ensemble de principes concernant la sécurité, la coopération et les droits fondamentaux dans une Europe divisée par la guerre froide.
Ces précédents sont souvent rapprochés, mais ils reposent sur des logiques différentes.
Le système de Vienne privilégiait l'équilibre entre grandes puissances et la préservation d'un ordre politique. Le processus d'Helsinki associait au contraire la reconnaissance des frontières et la non-ingérence à des engagements sur la souveraineté, les droits humains et la coopération entre États.
L'ordre européen construit après 1991 a tenté de prolonger certains de ces principes dans un contexte où la division du continent semblait pouvoir être surmontée. La Charte de Paris de 1990, les engagements de l'OSCE et les relations institutionnelles entre la Russie et l'OTAN ont constitué différentes tentatives d'organiser une sécurité coopérative.
Leur érosion progressive rappelle qu'aucune architecture ne peut garantir durablement la paix lorsque les principaux acteurs divergent sur ses principes fondamentaux ou refusent de respecter leurs engagements.
Une nouvelle négociation ne pourrait donc pas se limiter à tracer des zones de sécurité sur une carte. Elle devrait répondre à des questions concrètes : quels États seraient juridiquement engagés ? Quelles limitations militaires seraient réciproques ? Quels mécanismes permettraient de vérifier leur application ? Quelles conséquences suivraient une violation ? Et surtout, les États concernés conserveraient-ils le droit de décider librement de leur orientation stratégique ?
Sans réponses à ces questions, une nouvelle architecture risquerait de devenir une formule diplomatique plutôt qu'un système de sécurité.
Trois trajectoires possibles
À court terme, l'hypothèse la plus limitée serait celle d'une négociation centrée sur l'Ukraine, accompagnée de mesures de réduction des risques entre la Russie et l'OTAN. Elle pourrait inclure des mécanismes de surveillance d'un cessez-le-feu, des dispositifs de communication militaire et des engagements de transparence. Cette approche aurait l'avantage de traiter certaines préoccupations sécuritaires sans modifier immédiatement les fondements de l'ordre européen. Elle resterait néanmoins dépendante d'un compromis territorial et politique que les parties n'ont pas encore démontré leur capacité à accepter.
Une deuxième trajectoire consisterait à rechercher un accord plus vaste, associant le règlement ukrainien à des arrangements sur les déploiements militaires, la maîtrise des armements et les relations entre Moscou et les puissances occidentales. Un tel cadre pourrait contribuer à réduire durablement les risques de confrontation, à condition de préserver la souveraineté des États et d'établir des engagements réellement réciproques. Mais il exigerait une négociation longue, complexe et politiquement fragile, dont les participants ne semblent pas encore partager les objectifs.
La troisième possibilité serait celle d'un enlisement diplomatique. Les discussions se poursuivraient sans parvenir à résoudre les contradictions essentielles, tandis que la guerre continuerait sous des formes variables. Les annonces d'accords imminents pourraient alors coexister avec de nouvelles offensives, des frappes sur les infrastructures et une aggravation des coûts économiques et humains. Le dialogue servirait autant à gérer le conflit qu'à préparer sa résolution.
Ces trajectoires ne sont pas nécessairement exclusives. Des mesures humanitaires locales peuvent progresser alors que les négociations territoriales stagnent. Des accords techniques de prévention des incidents peuvent être conclus sans règlement politique global. À l'inverse, un accord de principe spectaculaire peut rester sans effet si ses garanties sont insuffisantes.
La récente trêve locale obtenue à Olechky, en territoire ukrainien occupé, illustre cette distinction. Elle a permis des opérations humanitaires et des évacuations, démontrant que des arrangements ponctuels demeurent possibles entre les parties. Mais leur réussite ne préjuge pas de la capacité à mettre fin à une guerre dont les objectifs territoriaux et stratégiques restent incompatibles.
La paix et le pouvoir de la définir
La véritable nouveauté des déclarations américaines ne réside pas dans l'idée que la sécurité européenne devrait être discutée avec la Russie. Des mécanismes de dialogue ont existé pendant plusieurs décennies, y compris aux périodes les plus tendues de la guerre froide. Elle réside dans la possibilité que le règlement de la guerre en Ukraine devienne le point d'entrée d'une renégociation plus générale, conduite sous l'impulsion de Washington.
Cette perspective place les Européens devant une responsabilité qu'ils ont longtemps pu différer. Refuser un accord jugé défavorable ne suffit pas à définir une alternative. Pour peser sur les négociations, il leur faudrait préciser les garanties qu'ils sont prêts à fournir, les capacités militaires qu'ils peuvent mobiliser, les compromis qu'ils jugent acceptables et les principes sur lesquels ils ne souhaitent pas transiger.
Les États-Unis conservent un rôle déterminant, mais leurs priorités stratégiques ne se confondent pas nécessairement avec celles de tous leurs alliés. La Russie cherche à obtenir une reconnaissance de ses intérêts de sécurité, sans avoir renoncé à ses revendications territoriales. L'Ukraine entend préserver son existence souveraine et obtenir des garanties suffisamment solides pour empêcher la répétition de la guerre.
L'Europe se trouve ainsi au croisement de trois logiques : la recherche américaine d'un règlement, l'ambition russe de redéfinir les équilibres régionaux et la nécessité ukrainienne de transformer un éventuel cessez-le-feu en sécurité durable.
Aucune de ces logiques ne peut être simplement écartée. Mais leur conciliation suppose de distinguer la paix d'un arrangement entre puissances. Un accord peut interrompre les combats sans résoudre les causes du conflit. Il peut stabiliser certaines frontières tout en fragilisant les principes qui protègent les autres. Il peut réduire temporairement les tensions tout en préparant les conditions d'une confrontation future.
Les prochains échanges diplomatiques permettront peut-être de déterminer si Washington dispose d'un projet suffisamment précis pour dépasser les déclarations politiques. Pour l'instant, les exigences russes, les préoccupations ukrainiennes et les réserves européennes demeurent trop éloignées pour conclure à l'émergence d'un nouvel ordre de sécurité.
Mais une question s'est déjà imposée. Pendant plusieurs décennies, les Européens ont débattu des moyens de préserver l'architecture de sécurité héritée de la fin de la guerre froide. Ils doivent désormais envisager qu'elle puisse être renégociée sous la pression d'une guerre qu'ils n'ont pas déclenchée et d'une diplomatie qu'ils ne contrôlent pas entièrement.
La paix en Ukraine pourrait constituer le début d'une stabilisation européenne. Elle pourrait aussi révéler à quel point l'Europe demeure dépendante d'autres puissances pour définir les conditions de sa propre sécurité.
L'enjeu n'est donc pas seulement de savoir si la guerre peut prendre fin. Il est de déterminer quel ordre politique et militaire lui succédera, et si les Européens seront capables d'en être les auteurs plutôt que les sujets.
Sources principales
- Financial Times, 6 novembre 2026 — Europe alarmed by US plans for security deal with Russia.
- Associated Press, 6 novembre 2026 — Rencontre de Donald Trump avec Kirill Dmitriev et perspectives de négociations à Abou Dhabi.
- Reuters, 6 novembre 2026 — Déclarations du Kremlin sur la participation européenne aux futures discussions de sécurité.
- CNN, 6 novembre 2026 — Déclarations américaines concernant un éventuel cadre élargi de sécurité européenne.
- Euronews, 6 novembre 2026 — Réactions européennes aux propositions américaines.
- Ministère russe des Affaires étrangères, 17 décembre 2021 — Projets d'accords sur les garanties de sécurité avec les États-Unis et l'OTAN.
- OSCE, 1990 — Charte de Paris pour une nouvelle Europe.
- CSCE, 1975 — Acte final d'Helsinki.
- Nations unies, 1945 — Charte des Nations unies, principes de souveraineté et de règlement pacifique des différends.
Analyse arrêtée au 7 novembre 2026. Les propositions diplomatiques évoquées ne constituent pas un accord conclu. Les scénarios présentés relèvent de l'analyse prospective et non d'engagements confirmés des parties.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


