Pendant plus de trois décennies, la diplomatie internationale a administré le conflit du Sahara sans parvenir à lui donner une issue politique. Les Nations unies ont maintenu une mission sur le terrain, renouvelé ses mandats, multiplié les consultations et recherché une formule susceptible de rapprocher des positions fondamentalement opposées. Le Maroc défendait sa souveraineté et proposait une autonomie territoriale. Le Front Polisario revendiquait l'exercice du droit à l'autodétermination, y compris la possibilité de l'indépendance. L'Algérie soutenait cette dernière position, tandis que la Mauritanie cherchait à préserver sa stabilité et ses relations régionales. Le processus disposait de mécanismes diplomatiques, mais il demeurait privé d'un cadre de règlement accepté.
Le rapport du secrétaire général des Nations unies daté du 1er octobre 2026, enregistré sous la référence S/2026/781, révèle une évolution importante. Les discussions engagées sous impulsion américaine ne portent plus uniquement sur les principes généraux d'une solution. Elles ont commencé à examiner les institutions, les garanties, les ressources, les dispositifs de sécurité et les mécanismes de transition qui pourraient accompagner un éventuel accord.
Trois cycles de négociations ont réuni le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie entre janvier et février 2026, successivement à Washington, Madrid et Washington. Le Maroc a présenté une version développée de son projet d'autonomie. Les participants ont étudié la possibilité d'un conseil de transition et plusieurs dispositions relatives à la réconciliation, aux élections et à la réintégration des combattants. Des équipes américaines et onusiennes ont également travaillé sur un projet d'accord-cadre destiné à organiser une éventuelle période transitoire.
Aucun accord définitif n'a été conclu. Les divergences sur la souveraineté et l'autodétermination persistent. Mais la nature des discussions a changé : après des décennies de négociations essentiellement consacrées au statut du territoire, les acteurs commencent à examiner les conditions concrètes dans lesquelles un règlement pourrait fonctionner.
Cette évolution éclaire la stratégie de Washington. Les États-Unis ne se contentent plus de reconnaître la souveraineté marocaine ni de soutenir son plan d'autonomie. Ils tentent de transformer cette position en processus diplomatique, de mobiliser les acteurs régionaux et de construire, avec les Nations unies, les instruments institutionnels d'un éventuel règlement.
Le Sahara devient ainsi un laboratoire de la diplomatie américaine : une méthode qui associe préférence politique assumée, négociations directes, influence multilatérale et recherche d'arrangements opérationnels. Son efficacité reste toutefois confrontée à une difficulté fondamentale : élaborer les mécanismes d'une transition ne signifie pas que les parties ont accepté le principe politique sur lequel elle reposerait.
De la reconnaissance américaine au changement de cadre international
Le tournant initial remonte au 10 décembre 2020. À la fin de son premier mandat, Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, rompant avec la prudence qui caractérisait jusque-là la politique américaine sur le statut définitif du territoire.
Cette décision intervient dans le cadre de la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. Washington associe alors deux dossiers distincts : la recomposition des relations israélo-arabes et une question territoriale qui structure les rapports de force au Maghreb depuis le retrait espagnol de 1975.
La reconnaissance américaine modifie profondément la relation diplomatique entre Washington et Rabat. Elle ne modifie cependant pas, à elle seule, le statut du Sahara occidental dans le système des Nations unies. Le territoire demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes, et son règlement reste lié au principe d'autodétermination.
L'administration Biden conserve la reconnaissance américaine sans engager de négociations d'une ampleur comparable. Le retour de Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, ouvre une deuxième phase : celle de la traduction politique de la décision de 2020.
L'objectif américain ne consiste plus seulement à défendre une position sur la souveraineté. Il s'agit de créer les conditions permettant à cette position de devenir le cadre d'un accord négocié.
Cette transformation passe d'abord par le Conseil de sécurité.
Les États-Unis exercent traditionnellement la fonction de rédacteur principal des résolutions consacrées au Sahara, une responsabilité désignée dans la pratique onusienne par le terme de penholder. Ils disposent ainsi d'une capacité d'initiative particulière dans la préparation des textes, l'organisation des consultations et la définition des compromis soumis aux quinze membres du Conseil.
Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 marque une évolution importante. Adoptée par onze voix favorables, trois abstentions — Chine, Pakistan et Russie — et sans participation de l'Algérie au vote, elle appelle à des négociations prenant pour base la proposition marocaine d'autonomie de 2007.
Le Conseil considère qu'une autonomie véritable pourrait représenter une issue réalisable, tout en maintenant l'objectif d'une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable permettant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental.
Cette formulation crée une situation nouvelle. La proposition marocaine, longtemps défendue comme une option parmi les solutions envisagées, devient explicitement la base du processus de négociation soutenu par le Conseil.
La portée juridique du changement doit néanmoins être distinguée de sa portée politique. La résolution ne reconnaît pas la souveraineté marocaine, n'impose pas l'autonomie comme résultat définitif et ne supprime pas le principe d'autodétermination. Elle modifie le point de départ des discussions sans préjuger formellement de leur conclusion.
Washington défend une interprétation plus affirmée. Son représentant permanent auprès des Nations unies, Mike Waltz, présente le plan marocain comme le cadre crédible et réaliste d'un règlement. La position américaine va ainsi au-delà du consensus strictement exprimé dans le texte adopté.
La méthode apparaît déjà : faire progresser la politique américaine à travers les instruments multilatéraux, sans attendre une convergence complète des positions internationales.
Trois cycles de négociations et une diplomatie américaine directement engagée
Le rapport S/2026/781 permet de reconstituer une séquence diplomatique demeurée largement confidentielle.
Un premier cycle de négociations se tient les 18 et 19 janvier 2026 à Washington. Les quatre participants — Maroc, Front Polisario, Algérie et Mauritanie — sont associés à des discussions prenant pour référence le nouveau cadre établi par la résolution 2797.
Les 8 et 9 février, un deuxième cycle est organisé à Madrid. Cette rencontre attire davantage l'attention internationale, notamment en raison du niveau de représentation et de la présence simultanée de responsables américains et onusiens.
Mike Waltz et Massad Boulos, conseiller américain chargé des affaires arabes et africaines, participent à cette séquence aux côtés de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies.
Un troisième cycle se déroule les 23 et 24 février à Washington.
La succession de ces rencontres révèle un changement de rythme. Les quatre acteurs n'avaient plus été réunis physiquement dans un format comparable depuis les tables rondes de 2018 et 2019.
Surtout, Washington ne se limite plus à soutenir les initiatives conduites par l'ONU. Les États-Unis mettent directement leurs responsables diplomatiques, leurs relations bilatérales et leur capacité de convocation au service du processus.
Le déplacement de Massad Boulos à Alger, où il rencontre le président Abdelmadjid Tebboune à la fin de janvier, illustre cette stratégie. Washington cherche à maintenir un dialogue avec l'Algérie malgré son opposition à la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine.
Cette démarche répond à une contrainte structurelle. Le Sahara ne peut être traité uniquement comme un différend entre Rabat et le Polisario. Les relations entre le Maroc et l'Algérie, rompues diplomatiquement depuis août 2021, pèsent directement sur les conditions de sécurité et sur les perspectives d'application d'un éventuel règlement.
En associant Alger aux discussions, les États-Unis reconnaissent de fait qu'un accord durable devrait tenir compte des équilibres régionaux.
La Mauritanie occupe une place différente, mais également importante. Sa proximité géographique avec le territoire, ses relations avec les différents acteurs et son exposition aux risques sécuritaires du Sahel rendent sa participation pertinente pour les questions de circulation, de frontières et de stabilité régionale.
Washington construit donc un format qui ne se limite pas aux deux protagonistes directs du conflit. Il intègre les États voisins dont les décisions pourraient influencer la mise en œuvre d'un accord.
Cette diplomatie repose sur une répartition particulière des rôles. Les Nations unies conservent la légitimité du processus politique international et la responsabilité de la médiation. Les États-Unis fournissent une impulsion politique, des moyens de négociation et une capacité d'intervention diplomatique auprès des capitales concernées.
L'association des deux dispositifs constitue l'une des caractéristiques majeures de la nouvelle séquence.
Le projet marocain d'autonomie entre dans sa phase institutionnelle
Le rapport révèle un autre développement déterminant : le Maroc a élaboré, en janvier 2026, un projet détaillé de statut d'autonomie approfondissant son initiative présentée aux Nations unies en avril 2007.
Le document aurait été communiqué à l'envoyé personnel du secrétaire général, aux États-Unis et aux participants aux discussions.
Il n'a pas été rendu public et ne constitue pas un accord accepté.
Son existence indique néanmoins que Rabat cherche à transformer une proposition politique générale en dispositif institutionnel susceptible de faire l'objet de négociations détaillées.
Le plan de 2007 reposait sur un principe central : l'exercice de compétences territoriales étendues dans le cadre de la souveraineté marocaine, l'État central conservant les principales fonctions régaliennes, notamment la défense, les relations extérieures et les attributs essentiels de la souveraineté.
Un statut détaillé doit nécessairement aller plus loin.
Il doit préciser la composition des institutions territoriales, les modalités de désignation de leurs responsables, l'étendue de leurs compétences législatives et exécutives, leur autonomie budgétaire et les mécanismes permettant de résoudre les différends avec les autorités centrales.
La question des ressources est particulièrement sensible. Une autonomie politique dont les institutions ne disposent pas de moyens financiers propres risque de rester dépendante des décisions de l'État central. À l'inverse, une répartition définie des recettes fiscales, des revenus issus des ressources naturelles et des dépenses publiques pourrait constituer l'un des fondements matériels de l'autonomie.
Les garanties institutionnelles seraient tout aussi importantes.
Un accord devrait déterminer si les compétences accordées au territoire pourraient être modifiées unilatéralement, quelles juridictions seraient compétentes pour arbitrer les conflits et dans quelle mesure les dispositions du statut bénéficieraient d'une protection constitutionnelle.
Le rapport ne permet pas de conclure que ces questions ont trouvé une solution. Il établit, selon les éléments reproduits publiquement, qu'un projet plus développé a été introduit dans les discussions.
La différence est considérable.
Tant que l'autonomie demeure un principe politique général, les parties peuvent défendre des positions difficilement conciliables sans avoir à se prononcer sur leurs conséquences institutionnelles. Lorsqu'un projet détaillé apparaît, les négociations peuvent porter sur des compétences, des garanties, des financements et des procédures.
Washington semble précisément chercher à provoquer ce déplacement : faire passer le conflit d'une confrontation entre positions de principe à une discussion sur les conditions concrètes d'un règlement.
Cette méthode ne résout cependant pas la question centrale. Pour le Maroc, l'autonomie doit s'exercer sous souveraineté marocaine. Pour le Polisario, l'autodétermination doit conserver une signification permettant au peuple sahraoui de décider librement de son statut politique.
L'élaboration d'un statut peut réduire certaines incertitudes techniques. Elle ne supprime pas cette divergence fondamentale.
Le conseil de transition : une architecture politique encore hypothétique
L'une des révélations les plus importantes du rapport concerne l'examen d'un éventuel conseil de transition.
Les participants auraient discuté de la création d'une structure chargée de gérer différents aspects d'une période transitoire et de fournir un espace de négociation sur les modalités d'une solution politique.
Cette proposition mérite une attention particulière.
Une transition suppose qu'un accord ne serait pas nécessairement appliqué en une seule étape. Certaines dispositions pourraient entrer en vigueur progressivement, tandis que d'autres nécessiteraient des mécanismes de supervision, des arrangements de sécurité ou des garanties internationales.
Un conseil de transition pourrait, selon sa composition et ses compétences futures, remplir plusieurs fonctions : coordonner les mesures convenues, suivre leur application, traiter les différends institutionnels et accompagner l'installation de nouvelles autorités.
Mais ces fonctions demeurent hypothétiques. Aucun mandat définitif, aucune composition institutionnelle et aucun calendrier contraignant n'ont été publiquement adoptés.
Le rapport indique également que les équipes américaines et onusiennes ont travaillé sur un projet d'accord-cadre pour une éventuelle période transitoire, puis sur une version révisée.
L'existence de ce travail conjoint est politiquement significative.
Elle montre que Washington ne cherche pas seulement à obtenir une déclaration d'intention. Les États-Unis participent à la préparation d'un instrument susceptible d'organiser la séquence qui suivrait un accord.
Un accord-cadre ne serait pas nécessairement un traité de paix complet. Il pourrait définir des principes, un calendrier, des étapes de mise en œuvre et les responsabilités respectives des acteurs concernés.
Dans de nombreux processus de règlement, la phase transitoire est particulièrement délicate. Elle se situe entre l'engagement politique initial et l'établissement d'institutions permanentes. Les garanties doivent être suffisamment solides pour permettre aux parties de respecter leurs engagements, sans créer un système provisoire incapable de déboucher sur une organisation politique durable.
La question du Sahara présente une difficulté supplémentaire : la transition envisagée dépendrait d'un accord préalable sur la nature et la légitimité du règlement.
Il serait donc prématuré de considérer le conseil de transition comme une institution en voie de création. À ce stade, il constitue une option discutée, non une décision.
Son examen révèle toutefois le niveau de précision auquel les négociations sont parvenues.
Ressources, sécurité et réconciliation : les véritables difficultés de l'après-accord
Le rapport évoque plusieurs domaines de négociation qui, pris ensemble, dessinent les principaux défis d'une éventuelle transition.
Le partage des ressources constitue l'un des premiers.
Le Sahara dispose de ressources halieutiques importantes, d'activités minières autour des phosphates, d'infrastructures portuaires et de perspectives de développement énergétique. La gestion de ces actifs soulève des questions économiques, politiques et juridiques.
Un règlement devrait déterminer qui administre les ressources, comment les revenus sont répartis, quels mécanismes de contrôle sont institués et comment les intérêts des populations concernées sont protégés.
Ces questions ne peuvent être dissociées du statut international du territoire. Les décisions de la Cour de justice de l'Union européenne du 4 octobre 2024 ont rappelé les exigences juridiques relatives au consentement du peuple du Sahara occidental dans l'application de certains accords internationaux au territoire.
Un éventuel accord politique pourrait modifier l'environnement juridique des investissements, mais il ne ferait pas disparaître automatiquement les obligations relatives aux droits des populations et à l'exploitation des ressources.
La sécurité représente un deuxième ensemble de difficultés.
Depuis novembre 2020, le cessez-le-feu de 1991 ne fonctionne plus dans les conditions qui avaient présidé à sa mise en place. Des hostilités de faible intensité persistent entre le Maroc et le Polisario, et les Nations unies continuent de signaler un environnement sécuritaire dégradé.
Le rapport mentionne l'examen de mesures concernant le désarmement, la démobilisation et la réintégration des combattants.
Ces mécanismes, généralement regroupés sous l'acronyme DDR, sont fréquents dans les processus de sortie de conflit. Ils visent à organiser la réduction ou la transformation des structures armées, la réinsertion des anciens combattants et la prévention d'une reprise des hostilités.
Dans le cas saharien, leur application soulèverait des questions particulièrement sensibles. Qui contrôlerait les dispositifs de sécurité pendant la transition ? Comment les combattants seraient-ils réintégrés ? Quelles garanties seraient accordées aux personnes concernées ? Quel rôle pourrait jouer une présence internationale ?
Aucune réponse définitive n'a été annoncée.
Le troisième domaine concerne l'amnistie et la réconciliation.
Un règlement durable devrait prendre en compte les conséquences humaines de plusieurs décennies de conflit : déplacements de populations, séparation de familles, détentions, disparitions alléguées, restrictions de libertés et difficultés de retour.
Les réfugiés vivant dans les camps de Tindouf constituent une dimension majeure de cette question. Leur éventuel retour nécessiterait des garanties de sécurité, des conditions matérielles d'installation et des dispositifs permettant de traiter les droits individuels.
Une politique d'amnistie pourrait contribuer à certaines formes de réconciliation, mais elle devrait également être articulée avec les obligations internationales relatives aux violations graves des droits humains.
Enfin, les systèmes électoraux figurent parmi les sujets examinés.
L'organisation d'institutions autonomes supposerait de déterminer les règles de représentation, le corps électoral, les conditions de participation et les garanties entourant les consultations politiques.
La définition du corps électoral pourrait devenir particulièrement complexe dans un territoire marqué par les déplacements, les migrations et les transformations démographiques intervenues depuis 1975.
Ces questions montrent que l'éventuel règlement du Sahara ne peut être réduit à une formule diplomatique sur la souveraineté. Il implique une réorganisation institutionnelle, sécuritaire et sociale dont les modalités restent largement ouvertes.
La question décisive de l'autodétermination
Le passage à des discussions techniques ne doit pas masquer la persistance du désaccord politique fondamental.
Le rapport du secrétaire général souligne que la souveraineté et l'autodétermination demeurent parmi les questions les plus controversées.
Cette observation constitue une limite essentielle à l'interprétation des avancées de 2026.
Le fait que les parties examinent des mécanismes de transition ne signifie pas qu'elles acceptent toutes l'autonomie comme résultat définitif.
Pour Rabat, le cadre de négociation doit conduire à une autonomie exercée sous souveraineté marocaine. Le Front Polisario continue de considérer que l'autodétermination doit inclure la possibilité de l'indépendance. L'Algérie défend officiellement cette conception du droit à l'autodétermination.
La résolution 2797 a modifié le point de départ des négociations, mais elle n'a pas aboli cette contradiction.
Le secrétaire général insiste, selon la reproduction du rapport, sur la nécessité d'une consultation significative des populations concernées, leur permettant d'accepter ou de rejeter librement une éventuelle proposition de règlement.
La formulation est importante.
Elle ne signifie pas nécessairement le retour au référendum initialement envisagé en 1991, dont les modalités et le corps électoral ont longtemps constitué des obstacles majeurs. Elle rappelle cependant qu'un règlement ne peut être considéré comme pleinement légitime sans mécanisme crédible permettant l'expression de la volonté des populations concernées.
Plusieurs questions restent ouvertes.
Qui serait consulté ? Selon quelles règles ? Sur quel texte ? Comment seraient pris en compte les réfugiés ? Quelle serait la portée juridique du résultat ? Quel rôle joueraient les Nations unies dans l'organisation ou la supervision du processus ?
Aucune de ces questions ne peut être considérée comme définitivement réglée.
Pour Washington, l'enjeu est particulièrement délicat. Les États-Unis défendent une solution fondée sur la souveraineté marocaine, tout en participant à un processus onusien qui maintient l'exigence d'autodétermination et d'acceptation mutuelle.
La diplomatie américaine doit donc construire un compromis entre une orientation politique déjà affirmée et des conditions de légitimité internationale qui ne peuvent être entièrement écartées.
C'est probablement dans cette articulation que se trouve la difficulté centrale des prochaines négociations.
L'Algérie au centre de l'équation régionale
La stratégie américaine ne peut être comprise sans examiner le rôle de l'Algérie.
Depuis plusieurs décennies, Alger soutient le Front Polisario et considère le Sahara comme une question de décolonisation. Le Maroc estime pour sa part que l'implication politique, diplomatique et matérielle de l'Algérie rend sa participation indispensable à un règlement.
La rivalité entre les deux États dépasse largement le dossier saharien. Elle concerne les équilibres militaires, les relations avec les puissances extérieures, les ambitions régionales et les modèles de sécurité en Afrique du Nord.
La frontière terrestre demeure fermée depuis 1994. Les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021.
Cette situation limite les échanges économiques, complique les projets d'intégration régionale et entretient une méfiance structurelle.
Pour Washington, le défi consiste à maintenir simultanément deux relations importantes.
Le Maroc est un partenaire militaire et diplomatique ancien des États-Unis. Il accueille l'exercice African Lion, dispose d'un accord de libre-échange avec Washington et occupe une position stratégique entre l'Atlantique, la Méditerranée et l'Afrique subsaharienne.
L'Algérie représente de son côté une puissance énergétique et militaire majeure, dont le rôle demeure important pour les équilibres méditerranéens et sahéliens.
Une stratégie qui ignorerait Alger risquerait de limiter les possibilités d'application d'un règlement. Une stratégie qui chercherait à obtenir son adhésion sans tenir compte de ses positions politiques rencontrerait également des résistances.
Les contacts engagés par Massad Boulos avec les autorités algériennes montrent que Washington cherche à maintenir un canal direct.
Il serait cependant excessif d'en conclure que l'Algérie aurait accepté le principe d'une autonomie sous souveraineté marocaine. Aucun engagement public de cette nature n'a été établi.
La participation à une négociation ne vaut pas approbation de son résultat.
L'intérêt américain pourrait également dépasser le seul Sahara. Une réduction des tensions entre Rabat et Alger ouvrirait théoriquement des perspectives de coopération économique, énergétique et sécuritaire à l'échelle du Maghreb.
Mais il serait imprudent de considérer qu'un règlement du Sahara entraînerait automatiquement une normalisation des relations bilatérales. Les divergences accumulées entre les deux États possèdent leur propre dynamique.
Washington tente donc de traiter simultanément un conflit territorial et les conditions régionales de sa stabilisation, sans disposer d'une garantie de convergence entre ces deux objectifs.
Pourquoi les États-Unis investissent autant dans ce dossier
L'engagement américain répond à plusieurs intérêts stratégiques qui se superposent.
Le premier concerne la crédibilité de la politique engagée en 2020.
En reconnaissant la souveraineté marocaine, Washington a pris une position diplomatique explicite. Le maintien indéfini d'un processus sans règlement limiterait la portée pratique de cette reconnaissance. La recherche d'un accord permettrait de tenter de transformer une décision bilatérale en arrangement politique bénéficiant d'un cadre international.
Le deuxième intérêt concerne la stabilité du Maghreb.
Le Maroc et l'Algérie représentent deux pôles majeurs de l'Afrique du Nord. Leur rivalité pèse sur la coopération régionale, la circulation des marchandises, les projets d'infrastructures et les politiques de sécurité.
Dans un contexte marqué par les crises sahéliennes, les tensions méditerranéennes et la compétition entre puissances, Washington dispose d'un intérêt stratégique à réduire les foyers de confrontation régionale.
Le troisième intérêt est économique.
Le territoire se trouve à l'intersection de plusieurs projets de développement : infrastructures atlantiques, activités portuaires, exploitation des ressources, production d'énergie renouvelable et connexions avec l'Afrique subsaharienne.
Un environnement politique plus stable pourrait faciliter certaines décisions d'investissement et améliorer la prévisibilité des projets.
Il ne faut cependant pas confondre intérêt potentiel et engagement économique déjà réalisé. Les possibilités d'investissement demeurent conditionnées par les contraintes juridiques, la sécurité, la rentabilité et les décisions des acteurs concernés.
Le quatrième intérêt relève de la méthode diplomatique de l'administration Trump.
Washington privilégie, dans plusieurs dossiers internationaux, des négociations concentrées autour d'un nombre limité d'acteurs, avec une implication directe de responsables américains et une attention particulière portée à la production d'accords.
Dans le cas saharien, cette approche rencontre une structure institutionnelle particulière : un conflit ancien, un cadre juridique onusien, des positions territoriales incompatibles et une mission internationale présente depuis 1991.
La méthode américaine consiste à utiliser les instruments existants tout en cherchant à en modifier le fonctionnement.
Le Conseil de sécurité fournit la base politique. Les négociations directes permettent d'aborder les divergences. Le projet d'accord-cadre pourrait structurer une transition. La MINURSO resterait un instrument potentiel de stabilisation.
Ces éléments ne constituent pas encore un règlement. Ils dessinent néanmoins une tentative d'articulation entre influence américaine et mécanismes multilatéraux.
Washington et l'ONU : une coopération aux objectifs distincts
La coopération entre les États-Unis et les Nations unies constitue l'une des caractéristiques les plus intéressantes du processus.
Washington assume une préférence politique claire pour l'autonomie sous souveraineté marocaine. Le secrétariat général des Nations unies doit préserver les conditions d'un règlement juste, durable et mutuellement acceptable, conforme au principe d'autodétermination.
Ces positions ne sont pas nécessairement incompatibles, mais elles ne sont pas identiques.
Les États-Unis peuvent chercher à accélérer les négociations en privilégiant une issue déjà définie dans leur politique nationale. L'ONU doit s'assurer que le processus conserve une légitimité suffisante pour permettre l'acceptation et l'application d'un éventuel accord.
La préparation conjointe d'un projet d'accord-cadre illustre cette complémentarité autant que ses limites.
Washington apporte sa capacité d'initiative et son poids diplomatique. L'ONU fournit une continuité institutionnelle et un cadre susceptible de garantir que les arrangements discutés ne se réduisent pas à une transaction bilatérale.
La question des garanties internationales devient alors centrale.
Un accord sur l'autonomie pourrait nécessiter des mécanismes de supervision, des engagements relatifs aux droits politiques, des procédures d'arbitrage et des dispositifs permettant de vérifier l'application des mesures convenues.
Les acteurs internationaux pourraient jouer un rôle dans ces mécanismes, mais aucune architecture définitive n'a été arrêtée.
Cette coopération reflète une tension permanente entre efficacité diplomatique et légitimité politique.
Un accord négocié rapidement peut perdre sa crédibilité s'il ne bénéficie pas d'une acceptation suffisante. À l'inverse, un processus exclusivement fondé sur la recherche d'un consensus complet peut rester paralysé pendant des décennies.
L'enjeu pour Washington et l'ONU consiste à trouver une méthode capable de produire des compromis sans contourner les questions qui déterminent leur durabilité.
La MINURSO face à une possible transformation
Le rapport du secrétaire général recommande de prolonger le mandat de la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2027.
Cette recommandation ne constitue pas une décision du Conseil de sécurité. Elle traduit néanmoins une approche prudente : préserver la mission pendant la poursuite des négociations, plutôt que modifier prématurément son mandat.
Créée en 1991, la MINURSO avait pour mission initiale d'accompagner le cessez-le-feu et de préparer un référendum d'autodétermination.
Trente-cinq ans plus tard, le référendum n'a pas eu lieu, le cessez-le-feu s'est dégradé et le processus politique repose sur un cadre de négociation différent.
Cette situation pose une question institutionnelle majeure : quelle devrait être la fonction d'une mission conçue pour accompagner un mécanisme de règlement qui n'a jamais été appliqué ?
Plusieurs options peuvent être envisagées.
La MINURSO pourrait conserver ses fonctions actuelles pendant que les négociations se poursuivent. Son mandat pourrait être réexaminé si un accord politique crée de nouvelles responsabilités. Elle pourrait également être appelée, sous réserve d'une décision du Conseil, à accompagner certains dispositifs de sécurité ou de transition.
Mais aucune transformation n'est arrêtée.
Les responsables onusiens ont mis en garde contre une modification prématurée de la mission en l'absence de résultat politique. Réduire ou restructurer sa présence avant l'établissement d'un dispositif alternatif pourrait accroître les incertitudes sécuritaires.
Le Conseil de sécurité doit donc arbitrer entre deux impératifs : préserver les capacités nécessaires à la stabilité et adapter progressivement les instruments internationaux à l'évolution du processus diplomatique.
L'échéance du 31 octobre 2026 constituera un moment important de cet arbitrage.
Les consultations d'octobre et les limites de la nouvelle dynamique
Les consultations du Conseil de sécurité des 7 et 8 octobre interviennent dans un contexte diplomatique contrasté.
D'un côté, les négociations ont repris, le plan marocain d'autonomie constitue désormais leur base explicite et des mécanismes de transition ont été examinés.
De l'autre, aucun accord politique n'a été annoncé et les divergences fondamentales persistent.
Selon un compte rendu attribuant ses informations à une source onusienne, Staffan de Mistura aurait souligné devant le Conseil deux obstacles principaux : la poursuite des hostilités et la profondeur de la méfiance entre les parties.
Ces difficultés ne sont pas secondaires.
Un processus de négociation peut progresser dans la rédaction de documents sans que les acteurs soient prêts à accepter les concessions nécessaires à leur adoption.
Le rapport S/2026/781 montre précisément cette différence entre l'approfondissement technique des discussions et l'absence de convergence politique définitive.
Le projet d'accord-cadre constitue une avancée dans la préparation d'un règlement. Il ne démontre pas que les participants se sont entendus sur la souveraineté, l'autodétermination ou les garanties finales.
Le conseil de transition représente une possibilité institutionnelle. Il ne constitue pas une autorité déjà décidée.
Le projet marocain de statut d'autonomie fournit une matière de négociation plus détaillée. Il ne signifie pas que le Polisario et l'Algérie en acceptent les dispositions.
La prudence du secrétaire général sur l'avenir de la MINURSO reflète cette réalité.
Le Conseil de sécurité devra également composer avec les positions de ses membres permanents. La Chine et la Russie, qui se sont abstenues lors du vote de la résolution 2797, peuvent influencer les formulations et les orientations de la prochaine résolution.
Washington dispose d'une capacité d'initiative importante, mais ne contrôle pas à lui seul le processus multilatéral.
Le 31 octobre pourrait donc confirmer la poursuite du cadre actuel, préciser certaines attentes ou ouvrir une nouvelle étape de réflexion sur la mission. Il ne saurait être considéré, à ce stade, comme la date annoncée d'un règlement définitif.
Le Maroc face à une nouvelle responsabilité diplomatique
La transformation du cadre international place le Maroc dans une situation particulière.
Depuis 2007, Rabat défend l'autonomie comme solution politique au conflit. La résolution 2797 et les négociations de 2026 donnent à cette proposition une centralité diplomatique qu'elle ne possédait pas auparavant dans les mêmes termes.
Cette évolution est favorable à la position marocaine dans la mesure où elle déplace les discussions vers une proposition conçue et soutenue par Rabat.
Mais elle entraîne également des exigences nouvelles.
Plus l'autonomie devient le cadre concret d'une négociation, plus ses dispositions doivent être précises, crédibles et susceptibles de faire l'objet de garanties.
Le Maroc ne peut plus seulement défendre le principe d'une autonomie étendue. Il doit être en mesure d'en définir les institutions, les compétences, les ressources et les mécanismes de protection.
La question des droits politiques et de la représentation des populations deviendrait particulièrement importante dans une éventuelle phase de mise en œuvre.
La crédibilité du projet dépendrait notamment de la capacité des institutions territoriales à exercer effectivement les compétences qui leur seraient attribuées, ainsi que de l'existence de mécanismes permettant d'arbitrer les conflits avec le pouvoir central.
Les modalités de participation des réfugiés et des populations concernées représenteraient également un enjeu majeur.
Ces exigences ne signifient pas que le Maroc devrait nécessairement accepter toutes les demandes de ses interlocuteurs. Elles découlent du passage d'une proposition diplomatique à un projet de règlement dont les conséquences devraient être juridiquement et institutionnellement définies.
La progression diplomatique du plan d'autonomie s'accompagne donc d'une responsabilité accrue concernant sa substance.
Le changement de méthode ne garantit pas encore le règlement
L'évolution du dossier saharien depuis octobre 2025 peut être résumée par trois transformations successives.
La première est politique. La résolution 2797 fait du plan marocain d'autonomie la base des négociations soutenues par le Conseil de sécurité.
La deuxième est diplomatique. Les États-Unis réunissent directement les quatre acteurs concernés et donnent au processus une impulsion qui n'avait plus été observée depuis plusieurs années.
La troisième est institutionnelle. Les discussions commencent à examiner les mécanismes concrets d'un éventuel règlement : statut d'autonomie, période transitoire, garanties internationales, ressources, sécurité, réconciliation et systèmes électoraux.
C'est cette troisième transformation que le rapport du 1er octobre 2026 permet de mieux comprendre.
Elle ne doit être ni minimisée ni exagérée.
Le fait de discuter des conditions de mise en œuvre d'un accord représente une évolution substantielle par rapport à un processus limité à la confrontation de positions générales. Mais l'existence de projets techniques ne permet pas de conclure qu'un compromis politique a été trouvé.
Washington tente de franchir une étape que la diplomatie internationale n'avait pas réussi à accomplir : transformer une orientation politique en architecture négociable.
La difficulté est que cette architecture demeure suspendue à des décisions que les parties n'ont pas prises.
Le Maroc considère que sa souveraineté doit constituer le cadre du règlement. Le Polisario continue de défendre une autodétermination incluant l'indépendance. L'Algérie maintient son soutien à cette position. L'ONU insiste sur la nécessité d'un règlement accepté et sur des garanties crédibles.
Les États-Unis peuvent rapprocher les acteurs, proposer des textes, mobiliser le Conseil de sécurité et soutenir la préparation d'une transition. Ils ne peuvent pas remplacer le consentement politique nécessaire à l'application durable d'un accord.
Le véritable changement de 2026 réside donc moins dans la proximité démontrée d'une solution que dans la transformation de la méthode utilisée pour la rechercher.
Pendant des décennies, le Sahara a été un conflit administré par les mécanismes internationaux. Washington cherche désormais à en faire un conflit négocié autour d'un dispositif institutionnel concret.
L'échéance du 31 octobre permettra de mesurer la capacité du Conseil de sécurité à accompagner cette dynamique. Elle ne suffira pas à établir si les divergences fondamentales peuvent être surmontées.
La diplomatie américaine a réussi à déplacer le centre des discussions, du statut abstrait du territoire vers les conditions pratiques d'un éventuel règlement. Elle doit encore démontrer que cette évolution peut produire une convergence politique.
C'est désormais toute la question du Sahara : non plus seulement définir une solution possible, mais déterminer si les acteurs concernés peuvent accepter les institutions, les garanties et les obligations qui permettraient de la rendre effective.
Sources principales
- Nations unies, Conseil de sécurité, La situation concernant le Sahara occidental, rapport du secrétaire général S/2026/781, 1er octobre 2026. Existence et enregistrement confirmés par le registre officiel. Les passages détaillés utilisés dans cette analyse proviennent d'une reproduction provisoire en traduction non officielle.
- Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025, et compte rendu S/PV.10030.
- Security Council Report, Western Sahara — October 2026 Monthly Forecast, octobre 2026.
- Médias24, Sahara : le rapport Guterres 2026 acte le basculement, 5 octobre 2026, reproduction provisoire du rapport.
- Médias24, Sahara : ce que révèle Guterres sur un an de tractations secrètes, 5 octobre 2026.
- Médias24, Sahara : le Conseil de sécurité se penche sur l'avenir de la MINURSO, 7 octobre 2026.
- Le Monde, Sahara occidental : les États-Unis parviennent à réunir tous les acteurs du conflit, 9 février 2026.
- Cour de justice de l'Union européenne, arrêts du 4 octobre 2024 relatifs aux accords UE-Maroc.
- Hespress English, UN source: Two familiar obstacles weigh on de Mistura's Sahara push ahead of Oct. 31, 9 octobre 2026.
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