Pendant plus de trente ans, le Sahara a été l'un de ces dossiers diplomatiques que les Nations unies administraient sans parvenir à les résoudre. Les résolutions se succédaient, les mandats de la MINURSO étaient renouvelés et les négociations reprenaient périodiquement, avant de retrouver leur immobilité. Le conflit disposait de ses institutions, de ses médiateurs et de son calendrier. Il lui manquait une perspective de règlement.
Washington tente désormais de modifier cette mécanique. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ne se contentent plus de soutenir diplomatiquement le plan marocain d'autonomie. Ils cherchent à en faire le point de départ d'une négociation opérationnelle, à réunir directement les acteurs du conflit et à inscrire les discussions dans une séquence politique susceptible de produire un accord.
Cette évolution n'est pas seulement favorable à Rabat. Elle révèle une transformation plus profonde de la diplomatie américaine : substituer à la gestion prolongée des différends une méthode de négociation concentrée, soutenue par le poids politique des États-Unis et orientée vers des résultats institutionnels précis.
Le Sahara devient ainsi un terrain d'observation de la manière dont Washington entend exercer son influence internationale. Mais les premières négociations de 2026 montrent également les limites de cette approche. Modifier le cadre d'une discussion ne suffit pas à rapprocher les positions de ceux qui doivent parvenir à un accord.
De la reconnaissance à la négociation
Le 10 décembre 2020 constitue le point de départ de la nouvelle politique américaine. À la fin de son premier mandat, Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, rompant avec plusieurs décennies de prudence diplomatique américaine sur le statut définitif du territoire.
Cette décision intervient dans le contexte de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, négociée avec l'appui des États-Unis. Washington associe alors deux dossiers géopolitiques distincts : la recomposition diplomatique du Moyen-Orient et une question territoriale qui structure les rapports de force au Maghreb depuis 1975.
La reconnaissance américaine ne modifie pas à elle seule le statut du territoire au regard des Nations unies. Le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste onusienne des territoires non autonomes, et son règlement reste soumis à un processus politique international. Elle transforme néanmoins la position de Washington : les États-Unis ne considèrent plus la souveraineté marocaine comme une simple issue possible, mais comme le cadre de leur propre politique.
L'administration Biden conserve cette reconnaissance sans engager une offensive diplomatique comparable. Le retour de Trump en janvier 2025 permet à Washington de passer à une deuxième étape. Après avoir reconnu une souveraineté, il s'agit désormais de rechercher les conditions politiques et institutionnelles d'un règlement fondé sur l'autonomie.
La différence est essentielle. Une reconnaissance bilatérale peut être annoncée par une décision présidentielle. Un accord politique durable exige, lui, des négociations, des garanties, des mécanismes de mise en œuvre et une forme d'acceptation par les parties concernées.
Washington découvre ainsi que la traduction diplomatique de sa position de 2020 est autrement plus complexe que sa proclamation.
Le Conseil de sécurité comme instrument diplomatique
Les États-Unis disposent d'un levier institutionnel déterminant : ils sont traditionnellement responsables de la rédaction des projets de résolution du Conseil de sécurité consacrés au Sahara occidental.
Cette fonction, connue dans la pratique onusienne sous le terme de penholder, leur donne une capacité particulière d'initiative. Washington prépare les textes, conduit les consultations et influence les formulations autour desquelles les autres membres du Conseil doivent négocier.
La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, marque un changement important.
Le Conseil de sécurité y appelle à des négociations prenant pour base la proposition marocaine d'autonomie de 2007, en vue d'une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, garantissant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il reconnaît également qu'une autonomie véritable pourrait constituer une issue réalisable.
Le vote révèle à la fois la progression diplomatique de cette approche et les résistances qu'elle rencontre. Onze membres soutiennent la résolution, trois s'abstiennent — la Chine, le Pakistan et la Russie — tandis que l'Algérie ne participe pas au vote.
Le résultat est significatif, mais sa portée doit être correctement mesurée.
Le texte adopté ne reconnaît pas la souveraineté marocaine et ne transforme pas l'autonomie en solution juridiquement imposée. Il fait de la proposition marocaine une base de négociation tout en maintenant l'exigence d'un règlement mutuellement acceptable et conforme au principe d'autodétermination.
Washington défend une interprétation plus restrictive. Lors de l'adoption du texte, le représentant américain Mike Waltz présente le plan marocain comme la seule base crédible et réaliste d'un règlement. Cette formulation correspond à la politique américaine, mais va plus loin que les termes collectivement adoptés par le Conseil.
La distinction est révélatrice de la méthode suivie : utiliser le consensus international disponible pour faire progresser une orientation diplomatique américaine plus affirmée, sans attendre que tous les membres des Nations unies adoptent la même position.
Le texte contient un autre élément important. Il demande une réflexion stratégique sur l'avenir de la MINURSO, dont le mandat est prolongé jusqu'au 31 octobre 2026.
Créée en 1991 pour accompagner le cessez-le-feu et préparer un référendum qui n'a jamais été organisé, la mission pourrait voir ses fonctions réexaminées à la lumière d'un éventuel accord politique. La question n'est donc plus uniquement celle de la reconduction d'une opération de maintien de la paix. Elle devient celle de son adaptation à une architecture de règlement encore hypothétique.
Washington cherche à faire évoluer simultanément le cadre politique des négociations et les instruments internationaux susceptibles d'accompagner leur conclusion.
Une diplomatie qui reprend la main
L'initiative américaine devient plus concrète au début de 2026.
En février, des délégations du Maroc, de l'Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario se retrouvent à Madrid dans un format ministériel. La rencontre associe notamment Mike Waltz, représentant permanent des États-Unis auprès des Nations unies, Massad Boulos, conseiller américain chargé des affaires arabes et africaines, et Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU.
Une nouvelle série de discussions se tient à Washington les 23 et 24 février.
Ces rencontres constituent un événement diplomatique important. Les quatre acteurs ne s'étaient plus retrouvés physiquement dans cette configuration depuis 2019.
Le choix du format révèle plusieurs caractéristiques de l'approche américaine.
Washington ne cherche pas à remplacer officiellement les Nations unies. L'envoyé personnel du secrétaire général reste associé au processus. Mais les États-Unis mettent leur propre capacité de convocation, leur influence bilatérale et leurs responsables diplomatiques au service d'une négociation dont ils veulent accélérer le rythme.
Cette formule permet de réunir deux sources de légitimité différentes. L'ONU apporte le cadre juridique international, la continuité institutionnelle et la fonction de médiation. Les États-Unis apportent leur poids politique, leurs relations avec les capitales concernées et leur capacité à inscrire le dossier dans des échanges diplomatiques plus larges.
L'inclusion de l'Algérie est particulièrement importante.
Alger soutient le Front Polisario et défend le droit à l'autodétermination, tandis que Rabat considère que le rôle régional de l'Algérie rend sa participation indispensable à tout règlement durable. Les deux États ont rompu leurs relations diplomatiques en août 2021, et leur frontière terrestre demeure fermée depuis 1994.
En réunissant les quatre délégations, Washington cherche à traiter le Sahara non seulement comme un différend entre le Maroc et le Polisario, mais aussi comme une question de stabilité régionale impliquant directement les États voisins.
Cette méthode ne signifie pas que les responsabilités ou les statuts juridiques des participants deviennent identiques. Elle traduit plutôt une volonté américaine d'intégrer les acteurs capables de faciliter, de garantir ou de compromettre l'application d'un éventuel accord.
C'est une différence fondamentale avec les phases précédentes du processus : la négociation ne peut plus être isolée des relations entre Rabat et Alger.
Transformer l'autonomie en architecture institutionnelle
La deuxième évolution concerne le contenu même des discussions.
Pendant de nombreuses années, le plan marocain d'autonomie présenté en 2007 a surtout fonctionné comme une proposition politique générale. Rabat y défendait l'exercice de compétences locales étendues dans le cadre de la souveraineté marocaine, avec le maintien des prérogatives régaliennes de l'État central.
Les discussions de 2026 commencent à aborder un niveau de précision différent.
Selon les éléments du rapport du secrétaire général des Nations unies rendus publics début octobre, le Maroc a élaboré un projet de statut d'autonomie approfondissant son initiative de 2007. Ce document aurait été communiqué dès janvier aux interlocuteurs internationaux et régionaux concernés.
L'enjeu n'est plus seulement d'obtenir une adhésion de principe à l'autonomie. Il consiste à déterminer comment celle-ci fonctionnerait réellement.
Quelles compétences appartiendraient aux institutions territoriales ? Comment seraient répartis les pouvoirs législatifs et exécutifs ? Quelle place reviendrait aux représentants locaux ? Comment seraient organisées les élections ? Quelles garanties protégeraient les droits politiques et culturels ? Comment seraient administrées les ressources naturelles et réparties les recettes publiques ?
Derrière chacune de ces questions apparaît une difficulté concrète.
Une autonomie peut être très étendue sur le papier et limitée dans sa mise en œuvre si les ressources financières, la justice, les nominations administratives ou les compétences réglementaires restent entièrement contrôlées par le pouvoir central. À l'inverse, une autonomie dotée de garanties institutionnelles solides peut organiser une décentralisation politique substantielle sans remettre en cause les fonctions régaliennes de l'État.
La crédibilité d'un accord dépendrait donc moins de la seule proclamation d'un statut que de la définition précise des compétences, des mécanismes d'arbitrage et des protections contre leur remise en cause unilatérale.
Pour Washington, cette évolution présente un intérêt diplomatique évident. Plus le débat porte sur des dispositions institutionnelles vérifiables, plus il devient possible de négocier des concessions partielles, des calendriers d'application et des garanties internationales.
L'approche américaine consiste ainsi à faire passer le dossier d'une opposition entre deux principes politiques à une négociation sur les modalités d'un règlement.
Cette transformation ne supprime pourtant pas le désaccord initial. Le Polisario continue de défendre une conception de l'autodétermination qui doit laisser ouverte la possibilité de l'indépendance. Le Maroc considère, au contraire, que l'autonomie sous sa souveraineté constitue le cadre du compromis.
Aucun dispositif institutionnel ne peut résoudre mécaniquement cette contradiction. Il peut seulement créer les conditions d'une négociation susceptible de la dépasser, à condition que les parties acceptent le résultat.
Pourquoi Washington veut accélérer
L'intérêt américain pour le Sahara ne peut être réduit à la relation privilégiée entretenue avec le Maroc.
Le royaume occupe une place importante dans l'architecture stratégique des États-Unis en Afrique du Nord et sur la façade atlantique du continent. Il accueille régulièrement l'exercice militaire African Lion, entretient une coopération sécuritaire ancienne avec Washington et dispose d'accords économiques et commerciaux qui structurent les relations bilatérales.
Le Maroc est également le seul pays africain lié aux États-Unis par un accord de libre-échange entré en vigueur, en 2006, et toujours applicable dans cette forme bilatérale.
Pour Washington, la stabilité du partenaire marocain s'inscrit dans une géographie stratégique plus vaste, reliant la Méditerranée occidentale, l'Atlantique africain et les approches du Sahel.
La question saharienne pèse sur cette architecture de plusieurs manières.
Elle contribue à entretenir la rivalité entre le Maroc et l'Algérie, deux États qui disposent ensemble d'un poids démographique, énergétique, industriel et militaire considérable à l'échelle nord-africaine. Elle empêche une intégration économique maghrébine approfondie. Elle complique également la coordination régionale dans un environnement sahélien marqué par la multiplication des crises sécuritaires.
L'Algérie constitue elle-même un partenaire important pour les équilibres énergétiques méditerranéens et les questions de sécurité régionale. Washington doit donc composer avec une réalité délicate : soutenir explicitement la souveraineté marocaine tout en maintenant les canaux nécessaires à une négociation impliquant Alger.
Un règlement pourrait, dans cette perspective, contribuer à réduire certaines contraintes pesant sur les relations régionales. Mais rien ne garantit qu'un accord sur le Sahara suffirait à normaliser les rapports maroco-algériens, dont les tensions dépassent ce seul dossier.
La dimension économique compte également.
Le territoire dispose de ressources halieutiques, d'activités minières, d'infrastructures portuaires et de possibilités de développement énergétique. Sa position sur l'Atlantique lui confère une importance dans les projets marocains de connectivité avec l'Afrique subsaharienne.
Les États-Unis ont manifesté leur intérêt pour les perspectives d'investissement liées au territoire. Toutefois, la réalisation de projets internationaux demeure exposée aux incertitudes juridiques et politiques entourant son statut.
La Cour de justice de l'Union européenne a notamment rappelé, dans ses décisions d'octobre 2024 relatives aux accords UE-Maroc, l'importance du consentement du peuple du Sahara occidental dans l'application de certains accords au territoire. Le Maroc conteste l'approche juridique retenue par la Cour.
Un règlement internationalement accepté pourrait contribuer à réduire une partie de cette incertitude. Il ne ferait pas disparaître automatiquement toutes les obligations relatives aux droits des populations, à la propriété foncière ou à l'exploitation des ressources.
La politique américaine articule donc plusieurs objectifs potentiels : consolider un partenariat stratégique, réduire un foyer de tension régional, faciliter des investissements et démontrer la capacité de Washington à obtenir un résultat diplomatique sur un conflit ancien.
Il serait néanmoins excessif de présenter chacun de ces objectifs comme un motif officiellement déclaré des négociations. Ils constituent une lecture géopolitique des intérêts américains, distincte des engagements publics de Washington en faveur d'un règlement politique.
La différence entre Washington et l'ONU
La publication, début octobre, d'éléments du rapport du secrétaire général Antonio Guterres permet de mieux comprendre les tensions méthodologiques qui accompagnent cette nouvelle séquence.
Les États-Unis privilégient une approche concentrée sur la négociation politique, le plan marocain d'autonomie et la recherche d'un accord. Les Nations unies doivent, de leur côté, intégrer des exigences plus larges : légalité internationale, autodétermination, sécurité, garanties de mise en œuvre et acceptabilité du règlement.
Il ne s'agit pas nécessairement d'une opposition entre Washington et le secrétariat général. Les deux participent au même processus. Mais leurs responsabilités ne sont pas identiques.
L'administration américaine peut défendre ouvertement une issue correspondant à sa reconnaissance de la souveraineté marocaine. Le secrétaire général et son envoyé personnel doivent préserver un cadre dans lequel les parties peuvent négocier une solution mutuellement acceptable.
La différence devient particulièrement sensible lorsqu'il faut envisager l'après-accord.
La MINURSO, créée en 1991, dispose d'un mandat historiquement associé à l'organisation d'un référendum et à la surveillance du cessez-le-feu. Depuis la reprise des hostilités en novembre 2020, la situation sécuritaire s'est compliquée, tandis que la mission poursuit ses activités dans un environnement politique dégradé.
Les réflexions conduites en 2026 sur son avenir évoquent plusieurs fonctions possibles en cas de règlement : surveillance d'un cessez-le-feu, accompagnement du retour des réfugiés, soutien à des dispositifs de désarmement et de réintégration, ou participation à des mécanismes liés à l'exercice de l'autodétermination.
Ces pistes ne constituent pas des décisions adoptées. Elles montrent cependant que les Nations unies commencent à examiner les implications pratiques d'une éventuelle transition.
Un accord sur l'autonomie ne pourrait pas être traité comme un simple texte diplomatique. Il faudrait définir les autorités chargées de son application, la sécurité des populations, les modalités de retour des réfugiés des camps de Tindouf, les droits des personnes déplacées, la représentation politique et les éventuels mécanismes de supervision internationale.
La question des garanties serait centrale.
Pour Rabat, un règlement devrait préserver l'intégrité territoriale et les prérogatives essentielles de l'État marocain. Pour le Polisario, il devrait assurer l'exercice effectif de l'autodétermination et empêcher qu'une autonomie annoncée ne demeure sans garanties suffisantes. Pour Alger, les conditions de légitimité du processus et la sécurité régionale resteraient déterminantes.
L'ONU doit composer avec ces exigences parfois contradictoires. Washington peut chercher à accélérer les arbitrages, mais ne peut supprimer les conditions politiques nécessaires à leur application.
Les limites de la pression américaine
La principale difficulté de la stratégie américaine apparaît dans le bilan des négociations engagées depuis le début de 2026.
Malgré la reprise des rencontres et la centralité nouvelle du plan d'autonomie, les divergences fondamentales n'ont pas été résorbées.
C'est le constat présenté par Security Council Report dans son analyse d'octobre : les discussions n'ont pas encore permis de rapprocher substantiellement les positions des parties.
Cette situation révèle les limites d'une diplomatie fondée sur l'accélération du calendrier.
Washington dispose de plusieurs instruments d'influence. Il entretient des relations bilatérales importantes avec le Maroc et l'Algérie, joue un rôle majeur au Conseil de sécurité et peut mobiliser ses capacités diplomatiques pour maintenir les négociations. Il peut également contribuer à la construction de garanties politiques et économiques autour d'un éventuel accord.
Mais ces instruments ne donnent pas aux États-Unis le pouvoir d'imposer une acceptation durable.
Une négociation territoriale engage des questions de souveraineté, de légitimité politique, de représentation des populations et de sécurité. Les concessions qui peuvent sembler techniquement envisageables à une puissance extérieure peuvent représenter, pour les acteurs directement concernés, des décisions fondamentales difficilement réversibles.
La position du Polisario constitue ainsi un obstacle substantiel à la méthode américaine. Son opposition à une autonomie qui exclurait l'indépendance ne relève pas seulement d'un désaccord sur les compétences institutionnelles. Elle porte sur la définition même du droit à l'autodétermination.
L'Algérie, de son côté, ne peut être considérée comme un simple acteur susceptible d'avaliser une formule négociée ailleurs. Son soutien au Polisario s'inscrit dans une politique régionale ancienne et dans une conception déclarée du règlement des questions de décolonisation.
Enfin, la position internationale reste hétérogène. Plusieurs États soutiennent désormais explicitement la souveraineté marocaine ou considèrent son plan d'autonomie comme la base la plus crédible d'un règlement. D'autres continuent d'insister sur la possibilité d'une autodétermination incluant l'indépendance.
La résolution 2797 a modifié le langage du Conseil de sécurité. Elle n'a pas supprimé ces divergences.
Le 31 octobre, une échéance politique
La prochaine étape se situe au Conseil de sécurité.
Le mandat actuel de la MINURSO expire le 31 octobre 2026. Les consultations engagées le 8 octobre et la préparation d'une nouvelle résolution doivent permettre aux membres du Conseil d'évaluer la situation politique, les perspectives de négociation et l'avenir de la mission.
Pour Washington, cette échéance représente un levier diplomatique supplémentaire.
Les États-Unis peuvent chercher à consolider la place du plan marocain d'autonomie dans les formulations du Conseil, à encourager la poursuite des discussions et à préciser les attentes adressées aux parties. Ils peuvent également favoriser une réflexion sur les fonctions futures de la MINURSO.
Mais la rédaction d'une résolution reste soumise à la négociation entre les quinze membres du Conseil, et particulièrement aux positions des autres membres permanents.
La Chine et la Russie, qui s'étaient abstenues en octobre 2025, conservent une capacité d'influence sur les formulations et les équilibres diplomatiques. Les États favorables à une lecture plus large de l'autodétermination peuvent également chercher à préserver certaines garanties.
L'enjeu de la fin octobre ne se résume donc pas à savoir si le mandat de la MINURSO sera renouvelé. Il concerne la place que le Conseil acceptera d'accorder à la nouvelle dynamique de négociation, les éventuelles orientations relatives à la mission et les conditions politiques entourant la poursuite du processus.
Une résolution plus précise pourrait renforcer l'impulsion diplomatique. Elle ne constituerait pas, à elle seule, un accord de règlement.
Une nouvelle manière d'exercer la puissance
Le dossier saharien révèle finalement une évolution plus générale de la politique étrangère américaine.
Washington ne cherche pas seulement à défendre une position nationale. Il tente de convertir cette position en cadre de négociation internationale, puis de mobiliser les institutions multilatérales pour accompagner le règlement envisagé.
Cette méthode combine reconnaissance bilatérale, initiative diplomatique, influence au Conseil de sécurité et négociation directe avec les acteurs régionaux.
Elle ne correspond ni à une médiation parfaitement neutre ni à une décision unilatérale capable de régler le conflit. Elle se situe entre les deux : les États-Unis assument une préférence politique tout en recherchant un accord suffisamment accepté pour devenir applicable.
Le Maroc bénéficie d'un environnement diplomatique plus favorable qu'au cours des décennies précédentes. Son plan d'autonomie occupe désormais une place centrale dans les discussions internationales, et Washington s'emploie activement à transformer cet avantage politique en processus de règlement.
Mais la réussite de cette démarche ne dépendra pas uniquement du soutien américain. Elle exigera de préciser la substance de l'autonomie, de construire des garanties crédibles, de traiter les questions sécuritaires et humanitaires et de parvenir à une formule politique acceptable par les parties.
Après trente-cinq années de présence de la MINURSO, la diplomatie internationale ne manque plus de textes ni de procédures. Elle doit encore résoudre la contradiction entre un cadre de négociation qui évolue et des positions politiques qui demeurent éloignées.
C'est là que se jouera la portée réelle de l'initiative américaine.
Washington a commencé à changer les termes et le rythme de la négociation. Il lui reste à démontrer que cette accélération peut produire autre chose qu'une nouvelle manière d'administrer le désaccord.
Sources principales
- Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025.
- Conseil de sécurité des Nations unies, compte rendu de la 10030e séance, 31 octobre 2025, déclarations des États-Unis et des autres membres.
- Security Council Report, Western Sahara — October 2026 Monthly Forecast, 1er octobre 2026.
- Nations unies, documents et débats du Comité spécial de la décolonisation, session 2026.
- RFI, « Les premières conclusions de la fuite du rapport de l'ONU sur le Sahara occidental », 7 octobre 2026.
- RFI, entretien avec Riccardo Fabiani, International Crisis Group, « Les États-Unis et l'ONU essaient de passer à la vitesse supérieure », 8 octobre 2026.
- Cour de justice de l'Union européenne, arrêts du 4 octobre 2024 relatifs aux accords UE-Maroc.
- Human Rights Watch, UN: Western Sahara Peoples’ Self-Determination at Risk, 25 mars 2026.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


